tribune

Le Japon gâche ses talents sportifs féminins

Revue de presse du quotidien américain The New York Times.

Les Jeux Olympiques de Tokyo seront l’occasion pour le Japon de couronner une nouvelle galerie d’héroïnes susceptibles d’inspirer les athlètes féminines en herbe. Mais une fois que la flamme olympique prendra la direction de Paris, les normes sociales rigides du pays continueront à limiter les possibilités d’éclosion de nouvelles championnes.

Prenez Kurumi Mochizuki, jeune footballeuse très douée dans un club près de Tokyo. Son entraîneur la gratifie d’un "régime de faveur". Comprenez: des exercices physiques moins lourds que ceux des garçons de son équipe. Parce qu’il ne faudrait pas qu’elle se "masculinise" et perde ainsi ses chances de trouver un mari. Elle est d’ailleurs la seule fille dans son équipe. Parce que, dans sa région, seule une école éloignée a composé une équipe féminine. En revanche, les équipes de football masculines sont très nombreuses dans le coin. "Pourquoi c’est toujours plus facile pour les garçons?", regrette Kurumi.

C’est le lot des filles et des femmes sportives au Japon. Les athlètes féminines doivent surmonter de nombreux obstacles pour réaliser leurs rêves dans une société qui préfère encore aujourd’hui leur assigner un rôle discret sur tous les terrains, y compris à la maison et au travail.

Les femmes japonaises offrent pourtant à leur pays, tous les quatre ans, une moisson de médailles olympiques bien plus fournie que celle de leurs collègues masculins

Les femmes japonaises offrent pourtant à leur pays, tous les quatre ans, une moisson de médailles olympiques bien plus fournie que celle de leurs collègues masculins. La seule star sportive japonaise de stature mondiale est d’ailleurs une femme, Naomi Osaka, qui brille sur les courts de tennis.

Après la victoire des Japonaises à la coupe du monde de football il y a dix ans, un espoir était né. Un peu comme aux États-Unis quand les filles avaient rejoint en masse des équipes de "soccer" après la victoire des Américaines à la coupe du monde de 1999. Mais il n’en fut rien. Et les Japonais, du bas au plus haut de la hiérarchie sociale, ne semblent pas avoir pris conscience de ce gâchis. Au Japon, la définition de la féminité exclut toujours l’excellence sportive. Et les athlètes féminines sont quasiment toujours coachées par des hommes.

Kurumi déclare avoir tenté de comprendre les raisons du traitement inégal que lui réserve son entraîneur qui lui interdit de porter du matériel lourd. "Je suis sûre que les entraîneurs pensent qu’ils le font pour notre bien. Mais, en mon for intérieur, je sais que j’en serais capable."

Cet article, publié dans The New York Times, a été traduit et résumé par nos soins.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés