Le temps est désormais la valeur suprême

Sommes-nous en train de fabriquer une société de gens libres parce que maitres de leur temps ? ©AFP

Revue du blog de Jacques Attali.

Beaucoup de jeunes n’écoutent presque plus jamais une station de radio en direct : ils écoutent, à leur heure, des podcasts ou des chansons ; ils ne regardent plus jamais (sauf pour le sport) la télévision : ils la regardent quand ils décident de voir des vidéos, des clips, des programmes ou des films sur une plateforme. Chacun d’eux maitrise ainsi beaucoup mieux son accès aux médias.

C’est moins anecdotique qu’il n’y parait. Cela signifie sans doute qu’une partie de la jeunesse a compris que le temps est la valeur suprême et qu’un des plus grands combats d’aujourd’hui est de choisir ceux avec qui on veut le partager ; et quand on veut le partager. Cela annonce une société où on ne se laissera plus envahir par les autres ; où on gardera la maitrise de son temps autant qu’on pourra ; où on résistera à l’accélération du temps et de l’information ; où on choisira à quel rythme on souhaitera vivre ; une société où on n’envahira plus le temps des autres.

La définition du chef, c’est celui qui peut envahir le temps des autres.

Pour autant, il est encore bien des gens avec qui on ne peut refuser d’échanger : ceux qui ont sur nous un pouvoir hiérarchique, les seuls dont on est tenus de prendre les appels. On peut même dire que la définition du chef, c’est celui qui peut envahir le temps des autres.

Le grand combat du jour est de faire reculer ces contraintes ; de réduire le nombre de chefs à qui on est tenu d’obéir. Au travail, de plus en plus de gens refusent l’aliénation fondée sur l’expropriation du produit de son temps et sur le droit d’un chef à définir des horaires et à obliger à rendre des comptes dans l’instant ; le télétravail favorise cette libération du temps, en rendant plus facile de ne pas répondre dans l’instant à son chef.

Et ce n’est pas fini. Le désir de maitrise de son temps par chacun va bientôt prendre des proportions plus grandes encore. Dans d’innombrables domaines.

Sera-ce toujours libérateur ? Sommes-nous vraiment en train de fabriquer une société de gens libres parce que maitres de leur temps ? Ou au contraire une société d’égoïstes juxtaposés indépendants, de solitaires indisciplinés ?

De plus même : peut-on vraiment imaginer « faire société » si on n’accepte pas de donner aux autres accès à une partie de son propre temps ? Si on refuse ce qui constitue l’essentiel de la vie, c’est-à-dire la conversation ?

Ce commentaire publié sur le blog de l'écrivain et économiste Jacques Attali a été résumé par nos soins.

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