Levée des brevets sur les vaccins: remède miracle ou mirage?

Le brevet n'apparaît pas comme un facteur limitant, à la différence de la production des matières premières et de l'enflaconnage. ©Photo News

Revue de presse du quotidien français La Tribune

Mercredi 5 mai, Joe Biden, annonçait à la surprise générale que l'administration américaine soutenait désormais la levée provisoire des brevets sur les vaccins contre la Covid pour accélérer la lutte contre la pandémie.

Mais cette démarche serait-elle vraiment efficace pour favoriser l'égal accès de tous aux doses de vaccin ? La solution, justifiée au nom de l'éthique et du bien commun, s'avère en réalité discutable. En effet, le brevet n'apparaît pas comme un facteur limitant, à la différence de la production des matières premières (substances actives et excipients) et de l'enflaconnage de ces produits nécessaires à la réalisation du vaccin.

Pour que cette levée des brevets soit efficace, des laboratoires façonniers devraient déjà être dans les starting-blocks à travers le monde et donc prêts à produire les vaccins. Cela aurait peut-être pu être le cas avec des technologies classiques - et encore - mais pas avec des technologies disruptives comme celle de l'ARN messager. En d'autres termes, détruire le monopole d'exploitation dont jouit le titulaire du brevet ne permettrait pas l'acquisition de la technologie.

Les cas où une invention est susceptible d'être exploitée à la seule lecture du brevet restent en réalité exceptionnels : le brevet ne contient que très peu de détails techniques et le savoir-faire s'adapte en fonction des circonstances particulières de son exploitation. Il faudrait ainsi des mois de rétro-ingénierie ou alors il faudrait forcer les laboratoires à faire un véritable transfert de technologie. Quand bien même, cela prendrait encore une fois des mois pour reconvertir des usines pour produire l'ARN messager et les excipients.

Pour des vaccins comme ceux de Pfizer ou de Moderna, il pourrait se produire une course aux matières premières, ce qui impacterait très négativement la production globale.

Quant aux usines d'enflaconnages, beaucoup sont déjà sous tension ou produisent déjà des vaccins sous licence. Pourrait-on en trouver d'autres?

De surcroît, un autre problème surviendrait si les brevets étaient levés et si quelques hypothétiques laboratoires étaient prêts : les laboratoires façonniers disposeraient-ils, dans le cas des vaccins d'AstraZeneca et Janssen, des mêmes vecteurs viraux qui permettent de faire entrer un fragment du matériel génétique du virus SARS-CoV-2 dans une cellule pour déclencher in fine une réponse immunitaire ? Si cela n'était pas le cas, de nouveaux essais cliniques seraient nécessaires...

Autre problème, pour des vaccins comme ceux de Pfizer ou de Moderna, il pourrait se produire une course aux matières premières, ce qui impacterait très négativement la production globale.

Mais ce problème inquiète désormais peu les États-Unis alors que presque 50 % des Américains ont reçu au moins une dose de vaccins... Cela pourrait d'ailleurs expliquer le revirement de position outre-Atlantique sur la levée des brevets.

Ce commentaire publié dans La Tribune a été résumé par nos soins.

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