Sommes-nous devenus obsédés par notre santé?

Les appels à faire davantage d'exercices partent d'une bonne intention, mais ils ont aussi un caractère normatif et mettent trop l'accent sur la santé individuelle. ©Photo News

Revue de presse du quotidien néerlandais Volkskrant.

Dans le contexte de la pandémie, le conseil le plus évident semble être de vivre sainement et de ne pas prendre trop de poids. Ce n'est pas nouveau. Depuis les années 1960, le gouvernement nous incite à faire davantage d'exercices. Ces appels partent d'une bonne intention, mais ils ont un caractère normatif et mettent trop l'accent sur la santé individuelle. Et c'est là que réside un danger.

Pendant ce temps, l'industrie de la santé tourne à plein régime comme en témoigne l’explosion des abonnements aux applications de yoga, pleine conscience et exercices physiques. On doit bien dormir, bien manger et nous détendre. Et il existe désormais d'innombrables instruments de mesure et de suivi pour nous soutenir dans cette démarche, nous permettant de nous fixer des objectifs toujours plus ambitieux.

"Nous sommes engagés dans un concours de mesure obsessionnel avec nous-mêmes. Si nous ne faisons pas attention, nous nous mesurerons constamment et ne ferons jamais assez bien."

Cependant, cet idéal de santé de plus en plus dogmatique nous joue des tours en tant que société. Si vous n'avez pas un IMC inférieur à 25, si vous ne mangez pas 200 grammes de légumes par jour, si vous ne faites pas 20 minutes d'exercice par jour, il vous est apparemment impossible d'être en bonne santé.

En réalité, nous sommes engagés dans un concours de mesure obsessionnel avec nous-mêmes. Si nous ne faisons pas attention, nous nous mesurerons constamment et ne ferons jamais assez bien.

Surtout, tous ces chiffres ne disent finalement pas grand-chose de la valeur bien plus grande de la santé collective : une société détendue et généreuse.

Contrôler notre égo

La focalisation compulsive sur notre propre santé individuelle a un aspect dangereusement minant car elle se fait au détriment de notre solidarité et notre bienveillance, dont nous avons tant besoin.

Or, il faut se rappeler que ces exercices spirituels et physiques ne sont pas, à l’origine, utilisés pour contrôler nos corps et nos vies. Ils sont au contraire destinés à contrôler notre ego, à faire plus de place au monde.

Le véritable danger est que nous abusions de ces exercices physiques et mentaux uniquement pour nous mesurer et nous améliorer. Or en tant qu'humains, nous serons toujours faillibles dans ce domaine. Et lorsque l'inévitable échec surviendra, nous nous replierons sur nous-mêmes, laissant moins de place aux autres. Au final, personne n’est plus heureux en étant obsédé par la santé. Personne.

Ce commentaire publié dans Volkskrant a été traduit et résumé par nos soins.

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