tribune

Talleyrand avait prédit la crise des sous-marins

Revue de presse du quotidien français Le Figaro.

La diplomatie française est en échec depuis la signature à ses dépens d'un accord entre l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni. Cette alliance du monde anglo-saxon au détriment de la relation franco-américaine avait été prédite par Talleyrand.

La France et les États-Unis ne pourront jamais former qu'une alliance de circonstance. L'allié naturel de l'Amérique restera toujours le Royaume-Uni.

De 1794 à 1796, Charles Maurice de Talleyrand-Périgord passe trente mois en exil en Amérique. Il en retire une conviction: malgré les liens qui unissent ces deux nations, malgré la dette morale de la guerre d'indépendance, la France et les États-Unis ne pourront jamais former qu'une alliance de circonstance. L'allié naturel de l'Amérique restera toujours le Royaume-Uni.

La proximité culturelle et linguistique, la dépendance commerciale et financière, l'éthique protestante partagée par les deux peuples, l'obsession de la responsabilité individuelle donneront toujours à l'axe anglo-saxon une force contre laquelle la France ne pourra jamais rivaliser, affirme Talleyrand.

Les mots de Talleyrand offrent un éclairage sur la longue série de malentendus qui a émaillé les relations franco-américaines. La brouille au sujet de l'Irak en 2003 (Londres soutenait Washington), la volte-face de Barack Obama en Syrie en 2013 (avec l'accord du gouvernement britannique) ou encore la "trahison" dans l'affaire des sous-marins australiens (avec l'aide du Premier ministre britannique). À chaque fois, l'Angleterre et les États-Unis ont fait cause commune.

Plus encore depuis sa sortie de l'Union européenne, le Royaume-Uni reste le point d'appui de la projection de puissance américaine. Le Général de Gaulle l'avait déjà bien compris.

Dans l'affaire des sous-marins australiens, Britanniques et Américains discutaient depuis de longs mois de manière confidentielle. La pratique n'est pas nouvelle. Déjà en 1794, les États-Unis avaient négocié en secret un traité avec l'Angleterre, dans le dos de Paris. Ce traité annulait les accords d'alliance signés avec la France. Le Directoire s'était senti trahi et avait expulsé l'ambassadeur américain. Quand l'histoire se répète!

Les écrits de Talleyrand nous éclairent aussi sur le besoin pour Paris de repenser ses alliances. Est-il alors si étonnant que Talleyrand fut un avocat infatigable d'un rapprochement de la France avec les grandes puissances de l'Europe continentale?

Cette tribune, publiée dans Le Figaro sous la plume de Guillaume Debré, chef du Pôle News à TF1, a été résumée par nos soins.

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