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Quel impact des décisions européennes en matière de durabilité, pour nos PME wallonnes?

©DOC

Jusqu’à présent, si on met de côté les directives européennes en termes d’eau, de bruit, d’emballage, etc., l’impact des décisions européennes sur les entreprises wallonnes impacte peu leurs relations commerciales.

A travers cet article, nous souhaiterions mettre en avant deux vagues de fonds qui pourraient modifier l’activité quotidienne de certaines entreprises.

Pour faire simple, actuellement, seules 11.000 entreprises européennes soumises à la Non Financial Reporting Directive  (N.F.R.D.) ont une obligation de publication d’informations extra financières les invitant à présenter une image plus durable de leur activité. Par ailleurs, seules les industries les plus consommatrices d’énergie (secteurs du ciment, de la papèterie, etc.) ont, via le mécanisme de Emission Trading System (ETS), l’obligation d’acheter des quotas sur le marché Européen du Carbone en fonction de leurs émissions de CO2.  Bref, ces considérations sont bien lointaines pour la plupart de nos PME wallonnes.

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Du changement dans l’air

En effet, fin 2022, l’Europe a validé la mise en place d’une nouvelle directive modifiant les exigences en matière de reporting extra financier. Cette directive, la Corporate Sustainable Reporting Directive qui détermine précisément les points sur lesquels communiquer (on parle de plus ou moins 2100 indicateurs), élargit le nombre d’entreprises ciblées à 55.000 et exige que les rapports soient audités. Encore une fois, on pourrait se dire que ces considérations ne toucheront pas les PME wallonnes. Pourtant, ce sera le cas et ça commence déjà.

Clairement, aujourd’hui les entreprises qui travaillent pour des grands comptes reçoivent de plus en plus souvent, accompagnant un bon de commande, un questionnaire sur leurs démarches en terme de durabilité.

Pour ne citer que deux exemples illustrant cette situation: Une petite entreprise de logistique travaillant pour un gros groupe international qui devait déjà réaliser un reporting extra financier, se voyait historiquement interrogée uniquement sur le nombre de kilomètres parcourus pour livrer les clients finaux. Depuis 2-3 mois, la préparation à l’arrivée de la CSRD commence à se faire sentir et les questions se sont complexifiées avec notamment l’année de première immatriculation des camions et leur classe EURO. L’entreprise ayant quelques camions plus anciens fonctionnant toujours très bien et qu’elle souhaitait initialement garder le plus longtemps possible, réfléchit aujourd’hui à les changer de peur qu’un concurrent, à prix égal ou légèrement supérieur, ne lui prenne des parts de marché. Vu le montant d’investissement pour des camions, on voit ici un premier exemple d’implication stratégique des décisions européennes sur une PME wallonne.

Un second exemple est celui d’un agriculteur ayant développé une boucherie à la ferme et livrant occasionnellement de la viande à une chaîne de grande distribution. Il se voit aujourd’hui interrogé sur la manière durable dont il gère son exploitation.

La durabilité comme moteur de concurrence

Dans ces deux exemples, deux autres questions doivent être posées. Comment un responsable des achats de ces grands comptes va pondérer d’une part le prix proposé par son fournisseur et d’autre part son caractère durable? Et d’autre part, comment va-t-il interpréter les réponses qu’il va recevoir des PME wallonnes? Surtout si parmi les fournisseurs, l’un répond avec une série d’éléments qu’il ne pourra que difficilement vérifier et l’autre ajoute le fait qu’il a une ou plusieurs certifications comme un ISO14001, un Ecovadis ou un B Corp.

On comprendra que pour beaucoup d’entreprises travaillant avec des professionnels, l’enjeu futur sera à la fois de présenter une image durable, de pouvoir prouver la qualité de ses démarches mais aussi de les améliorer continuellement pour garder un avantage concurrentiel. C’est donc une nouvelle gestion qui vient s’ajouter à la gestion courante de leur activité.

Impact du carbone sur la rentabilité des entreprises

Après avoir montré l’impact de la CSRD et du reporting extra financier, passons aux quotas carbone et aux conséquences de l’évolution de l’Emission Trading System. Là aussi, du changement est annoncé avec l’ajout de deux secteurs à la liste des secteurs soumis à cette réglementation: les transports et le Bâtiment. En d’autres termes, les distributeurs de combustibles fossiles utilisés pour les véhicules ou le chauffage devront, à partir de  2025, acheter des quotas carbone sur le marché européen sur base des émissions futures de leurs produits. Naturellement, ce nouveau coût sera répercuté sur le consommateur final à savoir les entreprises et les ménages.

Heureusement deux sécurités sont prévues pour protéger les consommateurs les plus vulnérables: tout d’abord, le prix du quotas sera plafonné à 43EUR/tonne de CO2 jusque 2030. Ensuite, un fonds social alimenté par les fonds de l’ETS pourra fournir soit des aides aux revenus soit des aides à l’investissement pour améliorer l’efficacité énergétique des bénéficiaires. Mais de manière générale, toutes les entreprises qui continueront à utiliser des combustibles fossiles pour des véhicules utilitaires ou des camions, ou pour le chauffage de leurs bâtiments, verront leur rentabilité impactée, il est vrai de manière limitée jusqu’en 2030 mais potentiellement nettement plus par la suite.

Vers une « taxe » carbone aux frontières

A ce constat, s’ajoute l’impact d’une des dernières décisions de l’Europe: l’établissement d’une « taxe » carbone au frontière.  L’idée est la suivante à savoir que début des années 2000, l’industrie wallonne s’est vue délocalisée vers l’est et la Chine pour des raisons principalement de coût de la main d’œuvre. Aujourd’hui, le fait de produire hors Europe présente également l’avantage d’externaliser les émissions de gaz à effet de serre. Rappelons de plus que la Chine produit une grande partie de son électricité dans des usines à charbon.

A partir d’octobre 2023, avec le test de cette « taxe » carbone aux frontières, les entreprises devront récolter l’empreinte carbone de la fabrication des produits importés et devront acheter des quotas carbones comme s’ils avaient été produits en Europe. Dès lors, il faut s’attendre à une augmentation de prix d’une série de biens qui impactera l’ensemble de l’économie. Mais espérons que cela donnera également des opportunités de redéveloppement d’activités de production en Europe et en Wallonie.

En conclusion, retenons que de nombreuses évolutions ayant des conséquences sur beaucoup d’activités sont sur le point d’arriver. Mais comme toujours en matière de transition durable, même si on voit ces évolutions négativement, on peut également les voir comme des opportunités pour s’adapter, améliorer son fonctionnement et pourquoi pas, développer de nouveaux business models.

Randy Francart
Expert Entreprises – CBC Banque
randy.francart@cbc.be

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