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"Subprimes, Covid: les crises remettent en cause des paradigmes de l'action des États et des banques centrales"

Bernard Keppenne, Chief Economist de CBC

L’aspect totalement inédit de la crise sanitaire fait naître de nouveaux questionnements macroéconomiques. Couplées au changement climatique, ces circonstances dessinent un changement de paradigme, assure Bernard Keppenne chez CBC.

“Au moment de la crise des subprimes, à partir de 2008, les banques centrales, soucieuses de relancer les économies, avaient desserré les taux d’intérêt”, rappelle Bernard Keppenne, Chief Economist de CBC. “Elles avaient également commencé une politique d’assouplissement quantitatif massif, achetant des milliards de dollars et d’euros d’obligations souveraines pour éviter des tensions sur les taux longs.” C’est pourquoi les taux se trouvaient à des niveaux quasiment nuls lorsque la crise sanitaire a éclaté. Il a donc fallu amplifier l’intervention sur les marchés et préparer des plans de relance considérables, signant un retour de l’intervention des États. “La conjonction de ces deux facteurs indique une remise en question profonde de la vision du rôle des gouvernements et des banques centrales”, estime Bernard Keppenne.

Pour autant, tous les pays n’en sont pas au même stade. “Les États-Unis préparent leur quatrième plan de relance alors que le nôtre n’entrera en vigueur qu’en septembre prochain”, déplore le Chief Economist. “Ce décalage est préoccupant. La croissance outre-Atlantique devrait atteindre 6% en 2020, peut-être 4% en Europe. Or, la Chine a déjà rattrapé son niveau de pré-crise.”

“Cela dit, raisonner seulement ainsi n’a plus guère de sens. Il faut être conscient que cet indicateur, la croissance, est lui aussi tombé de son piédestal. On a vu que même un arrêt quasi-total de la production ne freinait presque pas la catastrophe climatique en cours. Dès lors, il faut envisager un changement complet de modèle. Les lignes bougent bien au-delà des préoccupations sur une reprise de l’inflation, qui est à peu près certaine mais sera sans nul doute de courte durée. Et d’une remontée des taux, extrêmement improbable avant 2023, au vu du contexte.”

Arrêter la perfusion?

Les injections de liquidités vont en effet se poursuivre dans les mois qui viennent. “Il reste actuellement 800 milliards d’euros sur les 1.850 milliards que la BCE prévoit d’injecter d’ici à mars 2022”, rappelle Bernard Keppenne. “Quant à la Fed, elle achète pour 120 milliards de dollars d’obligations chaque mois. C’est comme une perfusion, il ne faut pas l’arrêter trop brutalement si l’on ne veut pas que le malade rechute!”

“Raisonner seulement en termes de croissance et de reprise n’a plus guère de sens. La crise a profondément bouleversé les économies et les équilibres. Il faut envisager un changement complet de modèle.”
Bernard Keppenne
Chief Economist de CBC

Toute la difficulté, pour les banques centrales, sera donc de doser leurs interventions afin de garder les taux bas, faute de casser le redémarrage des économies. “La Réserve fédérale a acté que sa priorité première était l’emploi et qu’elle pouvait accepter un dépassement ponctuel du taux de référence d’inflation, c’est-à-dire 2%, puisque l’inflation est restée nettement en dessous de ce seuil depuis plusieurs années. Les statuts de la Fed lui donnent plusieurs missions: veiller à la stabilité des prix, maintenir le chômage aussi bas que possible et assurer un taux de croissance solide et constant. La Banque centrale européenne, fondée sur le modèle de la Bundesbank, est censée ne considérer que la stabilité des prix. Il faudrait réformer les traités communautaires pour élargir les missions de la BCE, ce à quoi les pays ‘frugaux’, Allemagne en tête, se sont montrés réticents. Mais le plan de relance de l’UE, engageant des dépenses mises en œuvre par la Commission, acte de facto une certaine mutualisation de la dette européenne. On peut espérer que s’amorce, là aussi, un changement de paradigme.”

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