Les capitaux ne sont pas un objectif en soi

Jean-Charles Velge, Qover ©Marco Mertens

La compagnie d’assurance numérique Qover démontre qu’un starter peut devenir, avec l’aide d’investisseurs externes, une entreprise d’envergure internationale.

Qover est l’une des entreprises les plus prometteuses de l’insurtech, le secteur au carrefour des assurances et de la haute technologie. Avec ses applications, les clients peuvent choisir une assurance sur mesure. Ceux-ci ne sont pas des particuliers mais des entreprises ou des compagnies d’assurance qui désirent proposer des produits très spécifiques ou innovants à leurs propres clients.

Le tableau de chasse de la jeune entreprise comprend déjà de grands noms. Pour Toyota Belgique, Qover a conçu une assurance qui protège le client contre la perte de valeur en cas de vol ou de perte totale. Pour le compte de Deliveroo, elle a développé une assurance accidents du travail destinée aux coursiers, tandis que l’assurance créée pour Immoweb couvre les propriétaires contre les mauvais payeurs.

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La différence avec l’assureur ordinaire? "Nos solutions sont numériques à 100%", répond Jean-Charles Velge, cofondateur. "Par ailleurs, nous intégrons aisément nos produits dans le système informatique de nos clients. Chez Toyota, cette intégration a duré quelques heures; chez un assureur ordinaire, il faudrait compter plusieurs mois! Ainsi les entreprises peuvent-elles facilement vendre des produits d’assurance qui soient complémentaires à leur propre assortiment. ING propose par exemple notre GAP Insurance, qui protège les consommateurs de la perte financière en cas de perte totale ou de vol de leur voiture."

Levées de capital

Qover a été fondée en 2016. Après quatre mois à peine, elle a levé 1,5 million d’euros chez Belcube, le fonds de Jean Zurstrassen et Grégoire de Streel (fondateurs de Keytrade et Skynet). Un an plus tard, la start-up a récolté 5,5 millions d’euros auprès de la société d’investissement luxembourgeoise Anthemis.

"En tant que start-up, vous n’avez pour ainsi dire d’autre choix que de chercher un investisseur externe", affirme Jean-Charles Velge. "La concurrence provient du monde entier. Si vous voulez construire quelque chose d’unique, il vous faudra énormément de capitaux."

La priorité absolue du starter n’est pas de lever des capitaux mais d’attirer de nouveaux clients.
Jean-Charles Velge
cofondateur de Qover

Et pourtant, les injections de capitaux ne sauraient être un objectif en soi. "La priorité absolue du starter n’est pas de lever des capitaux mais d’attirer de nouveaux clients. C’est par là que tout commence. Même si les opérations de capital aident bien sûr à concrétiser les ambitions de l’entreprise et à la porter vers la phase de croissance successive."

Cela n’a pas empêché Qover de se montrer extrêmement rapide pour obtenir le feu vert de plusieurs investisseurs externes, et d’avoir même la possibilité de choisir son partenaire.

"L’argent est une matière première qu’on peut obtenir auprès d’un grand nombre d’acteurs, mais il faut avant tout que les investisseurs puissent fournir une valeur ajoutée", avance Jean-Charles Velge. "Ils doivent vous aider à progresser grâce à leur connaissance du marché ou à leur réseau. Qui plus est, un investisseur solide accroît la probabilité que, lors d’une prochaine opération, vous obteniez des fonds auprès d’un investisseur renommé."

Londres et Paris

Grâce à cette injection de capital externe, Qover a pu signer une croissance sensible ces deux dernières années. Le nombre de salariés est passé de huit à plus de trente. Prochaine étape: la conquête de la France, le plus vaste marché d’assurance d’Europe. Et depuis les locaux de Londres, le groupe a le projet de conclure encore plus de transactions importantes paneuropéennes (comme Qover a pu le faire avec Deliveroo).

Jean-Charles Velge ne craint-il pas que ses actions soient totalement diluées avec l’arrivée de ce capital externe? "Lors de chaque opération de capital, vous vendez en effet une partie de vos propres actions. Mais le fondateur d’une entreprise doit être conscient que c’est le prix à payer pour sa croissance ultérieure. Par ailleurs, cette dilution n’est pas synonyme d’une perte de contrôle complète… pour autant que des conventions claires et détaillées soient incluses dans l’accord d’investissement."