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“On se focalise trop sur les aspects négatifs en cas d’échec”

Bashir Abdi, marathonien

Médaille de bronze aux Jeux olympiques l’année dernière et aux championnats du monde cet été: la success-story du marathonien belge d’origine somalienne Bashir Abdi a été précédée de nombreux moments difficiles qui, selon lui, l’ont rendu plus fort. “J’inscris mon objectif sur un morceau de papier que j’affiche au mur. Cela m’aide à ne pas baisser les bras.”

Pouvez-vous donner un exemple de moment difficile dans votre carrière dont vous êtes sorti plus fort?

“Les hauts et les bas font partie de la carrière d’un sportif de haut niveau. J’ai connu beaucoup de blessures, parfois juste avant une compétition majeure. Un mois avant les Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro, je me suis blessé à l’ischio-jambier. Je suis quand même parvenu à prendre le départ. Cela m’a rendu mentalement plus fort, et j’en ai récolté les fruits dans les années qui ont suivi. Quelle que soit la blessure, abandonner n’a jamais été une option. J’ai chaque fois la volonté de me rétablir et de continuer à me battre à fond.”

Vous ne paniquez jamais lorsqu’il vous arrive d’être hors course avant un rendez-vous important?

“Si, mais je ne perds pas l’objectif de vue pour autant – au sens propre comme au figuré. J’inscris en effet mon objectif en grand, entouré de rouge, sur un morceau de papier que j’affiche au mur de façon bien visible. Il ne faut pas sous-estimer à quel point ces semaines et ces mois de revalidation peuvent être terribles. Vous n’êtes plus capable de faire ce que vous aimez le plus, c’est-à-dire courir. Vos activités préférées sont remplacées par toutes sortes d’exercices fastidieux: passer des heures à pédaler sur des rouleaux face à un mur, à faire des exercices ambulatoires dans une piscine de 25 mètres… Alors, ce papier affiché au mur, ça aide.”

Quelle que soit la blessure, abandonner n’a jamais été une option. J’ai chaque fois la volonté de me rétablir et de continuer à me battre à fond.

Comment expliquez-vous que les athlètes de haut niveau reviennent plus forts après une blessure grave?

“L’éloignement momentané de notre environnement nous fait prendre conscience du bien-être qu’il nous procure. Quand on est blessé, on a le temps de réfléchir. Comment se fait-il que je me sois blessé? Qu’est-ce qui ne s’est pas bien passé? Quels sont les points que je dois améliorer? L’heure est au bilan. On se focalise trop sur les aspects négatifs en cas d’échec. Si vous gérez bien votre période de revalidation et que vous en tirez des enseignements, vous en sortez effectivement plus fort.”

Le décès de votre mère fait partie des autres événements pénibles que vous avez été amené à traverser. Cette difficulté s’est pourtant révélée un moteur puissant.

“Ma mère a été la première personne à comprendre combien la course à pied me rendait heureux. Le reste de la famille avait des doutes à ce sujet. C’est une erreur de croire que toute l’Afrique adore la course à pied. Quand on court dans la rue en Somalie, le pays dont je suis originaire, les gens vous prennent pour un fou. Le football y est populaire, en revanche. Alors, quand je suis arrivé en Belgique à l’adolescence, je me suis inscrit dans un club de football. Ce n’est que plus tard que j’ai découvert l’athlétisme. Ma mère m’a énormément encouragé. Elle nous a quittés en 2011, sa perte a été très dure pour moi. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est à ce moment-là que j’ai eu une déchirure au pied. J’ai été au fond du trou pendant trois mois. J’ai commencé à remonter la pente lorsque je me suis rendu en Éthiopie avec mon grand ami Bert Misplon. Notre but initial était tout simplement de recharger nos batteries. Voir de mes propres yeux à quel point la vie était dure en Afrique m’a fait prendre conscience de la chance que j’avais en Belgique. J’en étais reconnaissant. J’y ai puisé une telle motivation qu’à mon retour, je suis devenu champion de Belgique de cross. Ma victoire a été une belle manière pour moi de rendre hommage à ma mère. Le fait d’avoir été galvanisé par cette énergie explique certainement en partie mon niveau de performance ce jour-là. Cette victoire a été un tournant majeur dans ma vie.”

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