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Débat: "Les premier et deuxième piliers doivent rester la base de notre système de pension"

De gauche à droite: Philip Neyt (président de PensioPlus), Marjan Maes (KUL), Jan Van Autreve (CEO de NN) et Pierre Devolder (UCLouvain)

La pension légale moyenne dans notre pays est relativement faible, de sorte que nous comptons de plus en plus sur le deuxième pilier pour maintenir notre niveau de vie à un âge avancé. La bonne nouvelle est qu'il existe encore une marge de croissance considérable dans le deuxième pilier.

LE PANEL:
  • - Jan Van Autreve, Chief Executive Officer de NN
  • - Marjan Maes, économiste des pensions (KUL) et administratrice du Fonds de pension flamand
  • - Pierre Devolder, professeur de finance (UCLouvain)
  • - Philip Neyt, président de PensioPlus, l’association belge des institutions de pension

Le deuxième pilier fait reposer la responsabilité des pensions sur le citoyen et son employeur. Est-ce une bonne idée de mettre à ce point l’accent sur cette dimension?

Jan Van Autreve: “À mes yeux, le premier et le deuxième piliers constituent ensemble un élément essentiel de notre système de retraite. Il ne s'agit donc pas de choisir l'un ou l'autre mais de combiner les deux de manière optimale. Le premier pilier garantit une certaine répartition générale du bien-être social et repose donc sur une large solidarité. Par ailleurs, il faut effectivement inciter davantage la population à épargner pour sa propre retraite, et pour cela, nous pouvons nous rabattre sur le deuxième pilier.”

“Soit les pensions statutaires des fonctionnaires sont fortement réduites et un deuxième pilier est développé pour eux, soit nous conservons les pensions supérieures des fonctionnaires.” - Pierre Devolder, professeur de finance (UCLouvain)

Pierre Devolder: “Je ne crois pas à la responsabilisation individuelle des citoyens pour qu'ils commencent à épargner en masse pour leur propre retraite. Les premier et deuxième piliers – qui rendent les citoyens collectivement responsables – doivent rester la base du système. Il existe suffisamment d'études démontrant qu'une grande majorité de citoyens ne commenceront jamais à épargner pour leur propre retraite. Le deuxième pilier devrait être généralisé et peut-être même obligatoire.”

Philip Neyt: “À mon sens, la somme des revenus du premier et du deuxième piliers devrait être suffisante pour maintenir le niveau de vie. Comme critère financier minimal, j'utilise la facture moyenne d'une maison de retraite. Or, 92% des pensions légales mensuelles effectives versées en 2021 ne suffiraient pas pour régler cette facture! Le deuxième pilier est donc un complément indispensable. Parallèlement, nous ne devons pas sous-estimer, dans notre pays, l'importance de ce qu'on appelle les troisième et quatrième piliers: les actifs mobiliers et immobiliers des Belges. Les pensions ne doivent pas être considérées isolément; les pensions, les soins et le logement sont interdépendants dans le cadre d'une politique pour les personnes âgées. Heureusement, la combinaison de ces domaines politiques et de l'épargne des retraités permet au taux de pauvreté au sein de ce groupe de demeurer relativement faible. Par comparaison, bien que le revenu global de la pension soit plus élevé aux Pays-Bas, les soins, le logement personnel et l'épargne y sont nettement plus faibles que dans notre pays.”

Qu’en est-il des fonctionnaires, qui bénéficient d'une pension légale beaucoup plus généreuse mais qui, souvent, ne peuvent pas compter sur un deuxième pilier?

Pierre Devolder: “J'entrevois deux options: soit on réduit fortement les pensions statutaires des fonctionnaires et on développe un deuxième pilier pour eux aussi, soit on conserve les pensions supérieures des fonctionnaires. Mais l'essentiel est que le système demeure équitable et transparent. Toute différence doit être justifiée.”

“En 2021, 92% des pensions légales mensuelles effectivement versées ne suffiraient pas à régler la facture des maisons de repos. Le deuxième pilier est un complément essentiel.” - Philip Neyt, président de PensioPlus, l’association belge des institutions de pension

Un système de bonus-malus – qui récompenserait financièrement une personne pour avoir pris sa retraite un peu plus tard, mais qui l’obligerait à renoncer à quelque chose si elle prenait une retraite anticipée – est-il une piste intéressante pour maintenir les travailleurs en activité?

Jan Van Autreve: “ Je pense que c'est tout à fait justifié, tant dans le premier que dans le deuxième piliers. Une personne qui contribue au financement du système pendant plus longtemps peut aussi être récompensée pour cela, non?”

Reste-t-il de la marge pour une expansion et une optimisation du deuxième pilier?

Jan Van Autreve: “Je pense que oui. Tout d'abord, les pensions complémentaires n'ont pas été suffisamment démocratisées. En outre, les cotisations de nombreuses personnes sont encore à un niveau trop bas. Nos études montrent par ailleurs que 55% des Belges n'ont aucune idée du montant qu'ils devraient mettre de côté pour leur pension, ou de la manière dont ils devraient planifier leur retraite. Utilisons donc pleinement le potentiel du deuxième pilier, par exemple pour que la facture des maisons de retraite reste abordable pour tous.”

“Le premier et le deuxième piliers constituent ensemble un élément essentiel de notre système de pension. Il ne s'agit donc pas de choisir l'un ou l'autre mais de les combiner de manière optimale.” - Jan Van Autreve, CEO de NN

Philip Neyt: “Pour ce qui concerne le deuxième pilier, nous portons souvent nos regards vers les Pays-Bas, où il est considérablement plus développé. Le deuxième pilier y est devenu trop vaste et perçu comme rigide; la loi du ralentissement est à l'œuvre ici. La confiance dans le deuxième pilier est vraiment plus faible aux Pays-Bas qu'en Belgique, notamment parce que les prestations ne sont pas indexées depuis 15 ans. L'inflation a peut-être été exceptionnellement faible pendant des années, mais en 15 ans, vous perdez 25% de votre niveau de vie! Dans de nombreux plans de pension, les prestations actuelles ont même été réduites. Ce qui a complètement sapé les attentes légitimes des affiliés. L'architecture belge avec rendement garanti est plus solide et fait en sorte que le citoyen ait davantage confiance dans le deuxième pilier. Si le rendement garanti peut être remis en question d'un point de vue purement économique, il est pleinement justifié au plan de la politique sociale.”

Quelle que soit la manière dont on envisage la question, travailler plus longtemps est inévitable si l'on veut que le premier et le deuxième piliers soient financés de manière adéquate au fil du temps. Quelles incitations entrevoyez-vous à cet égard?

Jan Van Autreve: “Le gouvernement devra prendre un certain nombre de mesures très spécifiques, même si les employeurs ont eux aussi une responsabilité importante. Ils doivent bien davantage investir dans la mobilité interne et la formation afin que leurs employés restent employables plus longtemps.”

Marjan Maes: “Nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux. De nombreux régimes offrent aux travailleurs la possibilité de prendre une retraite anticipée – il suffit de penser au régime de chômage avec complément d'entreprise (RCC) et autres emplois d'atterrissage. Pourquoi l'employeur investirait-il dans la formation, les compétences et l'employabilité de ses employés plus âgés, sachant que le délai de récupération est relativement court? Si le gouvernement durcissait les conditions de tous ces régimes de retraite, une sorte de politique d'aide sociale, il deviendrait vraiment plus intéressant, pour les employeurs, de consentir d'autres efforts en matière de politique de développement. Nous devons de toute urgence briser ce cercle.”

“Pourquoi un employeur investirait-il encore dans la formation de ses employés plus âgés, sachant que le délai de rentabilisation est relativement court?” - Marjan Maes, économiste des pensions (KUL) et administratrice du Fonds de pension flamand

Pierre Devolder: “C'est une responsabilité partagée. Aujourd'hui, la société paie pour les employés qui quittent le marché du travail beaucoup trop tôt, grâce à toutes sortes de systèmes conçus par le gouvernement et qui permettent aux employeurs de ‘remercier’ plus rapidement des travailleurs moins désirables. Un certain nombre de pays voisins, dont on peut difficilement dire qu'ils ont un système socialement destructeur, obtiennent de bien meilleurs résultats que notre pays et prouvent ainsi que l'on peut effectivement faire les choses autrement.”

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