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Débat: "Plus nous attendons pour réformer le système des pensions, plus la pression financière sera grande"

Le panel: Jan Van Autreve, Chief Executive Officer de NN; Marjan Maes, économiste des pensions (KUL) et administratrice du Fonds de pension flamand; Pierre Devolder, professeur de finance (UCLouvain) et Philip Neyt, président de PensioPlus, l’association belge des institutions de pension

Comment renforcer la (très faible) confiance dans notre système de retraite? Et comment faire pour que nos pensions restent à la fois payables et à un niveau soutenable? Bien sûr, il n'y a pas de solution miracle, mais tous les spécialistes s'accordent sur un point: il s'agit d'un défi collectif dans lequel la transparence et l'équité sont des notions-clés.

LE PANEL:
  • - Jan Van Autreve, Chief Executive Officer de NN
  • - Marjan Maes, économiste des pensions (KUL) et administratrice du Fonds de pension flamand
  • - Pierre Devolder, professeur de finance (UCLouvain)
  • - Philip Neyt, président de PensioPlus, l’association belge des institutions de pension

Le Baromètre de la sérénité financière de NN montre que la confiance dans la politique des retraites dans notre pays est en dessous de la moyenne. À peine un répondant sur cinq croit que le gouvernement pourra continuer à payer les pensions. Chez les jeunes, ce pourcentage tombe même à 14%...

Jan Van Autreve: “Les pensions représentent une question assez complexe, bien sûr, et je crains que le public ne perde progressivement de vue l'essentiel. Voici 20 ans, le Fonds de vieillissement était déjà sur la table mais il est mort d’une mort silencieuse. L'idée d'utiliser un système de points pour calculer les pensions ne s'est pas concrétisée. Le public se souvient surtout qu'il existe un désaccord politique constant sur l'âge de la retraite, le montant de la pension… Tout cela crée beaucoup d'ambiguïté et d'incertitude. En outre, le citoyen moyen en sait trop peu sur la planification des retraites. Et la culture financière est généralement trop faible dans notre pays.”

Philip Neyt: “Ce que j'ai entendu et lu ces dernières semaines est vraiment décevant. Cela ne contribue certainement pas à la confiance dans notre système de retraite. Pourtant, la pension constitue essentiellement un contrat clair avec le citoyen: la pension légale est un contrat social au sein des générations et entre elles, et le deuxième pilier est un contrat de ‘pension’ intégré dans le contrat de travail. Les deux contrats doivent être respectés; c'est pourquoi le débat actuel sur le financement a été dépassé par les événements. Bien que le vieillissement de la population commence à se faire réellement sentir, nous continuons à payer les pensions légales comme d'habitude. Il est vrai que les pensions légales des salariés et des indépendants ne sont pas liées à la prospérité – c'est pourquoi, au cours des 30 dernières années, elles ont perdu en moyenne 40% par rapport à l'évolution de la prospérité réelle. En conséquence, la plupart des pensions ont évolué vers une pension de base.”

“Le gouvernement peut certes garantir les droits à pension bruts, mais les gens ont raison de se demander ce qu'il en restera en termes nets.” - Marjan Maes, économiste des pensions (KUL) et administratrice du Fonds de pension flamand

La question-clé est dès lors la suivante: pourrons-nous continuer à payer ces pensions légales dans les décennies à venir?

Marjan Maes: “La population perçoit à juste titre qu'il y a un problème de financement. Le gouvernement peut certes garantir les droits à la pension bruts, mais les gens ont raison de se demander ce qu’il en restera en termes nets. Je ne pense pas que le fait d’envisager, par exemple, une augmentation des taxes sur les primes de pension complémentaire, ou des propositions visant à augmenter certaines pensions sans prévoir de mécanisme de financement, contribue particulièrement à la confiance du public. Il en résulte une incertitude quant à l'avenir, pour les jeunes comme parmi les retraités.”

Pierre Devolder: “De nombreux travailleurs craignent de ne plus pouvoir espérer une quelconque pension. Cette perte totale de confiance dans notre système de sécurité sociale – pour lequel nous devons payer des cotisations mensuelles importantes – est particulièrement pernicieuse pour un système qui repose largement sur la solidarité intergénérationnelle! Personnellement, je pense que l'alarmisme actuel concernant l'accessibilité financière des pensions est exagéré, bien que nous ayons des raisons de nous inquiéter.”

“Je crains que nous ne devions reconstruire plus ou moins complètement notre système de retraite.” - Pierre Devolder, professeur de finance (UCLouvain)

Jan Van Autreve: “Je pense que les vrais spécialistes des pensions savent parfaitement comment nous devrions réformer le système. Les politiques et les citoyens, en revanche, sont bien sûr ‘coincés’ dans le tableau général. La dette nationale prend peu à peu des proportions inquiétantes, les infrastructures de notre pays ont un besoin urgent d'investissements lourds, sans même parler du défi climatique. Parallèlement, le temps joue contre nous lorsqu'il s'agit du défi des retraites: plus nous attendons pour le relever, plus la pression financière est forte.”

Quelles solutions entrevoyez-vous pour alléger la pression sur le premier pilier, les pensions légales?

Pierre Devolder: “Que nous le voulions ou non, nous devrons travailler plus longtemps dans ce pays. Toutes les statistiques montrent que la Belgique se situe en queue de peloton européen à cet égard. Et franchement, je crains que nous devions reconstruire plus ou moins complètement notre système de retraite. Mais c'est politiquement très difficile, car il s'agit aussi d'un dossier – et d'un impact – à très long terme.”

“Le débat actuel sur le financement des retraites est dépassé. Les faits nous ont rattrapés.” - Philip Neyt, président de PensioPlus, l’association belge des institutions de pension

Marjan Maes: “Je suis tout à fait d'accord, mais il faut que tout le monde se retrousse les manches. La population doit avoir le sentiment que les nouvelles mesures sont suffisamment équilibrées et équitables. Dans un certain nombre de propositions récentes, cet équilibre fait défaut. En même temps, je crains qu'il soit extrêmement naïf de croire en une réforme à partir d’une page blanche. Je suis surtout favorable à une approche pragmatique, avec une vision claire de l'avenir bien sûr, qui parte de la situation actuelle très complexe et supprime progressivement, mais à un rythme soutenu, les injustices du système. Par exemple, vous ne pouvez plus justifier qu'un fonctionnaire ait droit à une pension complète après 37 ans de service, alors que quelqu'un d’autre doit travailler pendant 45 ans.”

Philip Neyt: “Nous ne devons pas sous-estimer la population: il s'agit d'une responsabilité collective et partagée entre le gouvernement, les employeurs et l'individu. Et les institutions de retraite ont un rôle à jouer à cet égard. Les gens en sont conscients, comme le montre notre propre étude. Plus de la moitié des personnes interrogées ont ainsi déclaré qu'elles seraient prêtes à renoncer à une tranche supplémentaire de leur salaire actuel en échange d'une (meilleure) pension complémentaire. Il est temps, du reste, que nous sortions de l'éternelle discussion sur l'âge de la retraite. Ce qui compte, c'est l'état de la carrière! En Belgique, les gens affichent une carrière moyenne de 33 ans; en Suède, elle est huit ans plus longue grâce à une politique d'activation/formation large et durable tout au long de la carrière, avec des choix sociaux clairs. La politique des pensions nécessite une approche transversale, contraire à la ‘pensée en silo’ qui entraîne des effets indésirables. Le maintien des personnes au travail jusqu'à l'âge de 67 ans risque d'entraîner davantage de maladies de longue durée, de burn-out, etc. Il s'agit également d'une responsabilité partagée: ensemble, nous devons parvenir à une employabilité plus durable. Il n'existe pas de formule magique unique, nous avons besoin de mesures ciblées et cohérentes qui soient claires pour la population, avec une meilleure coordination entre les niveaux politiques fédéral, régional et local.”

“Les citoyens sont prêts à accepter des réformes profondes si on leur présente une vision claire de l'avenir.” - Jan Van Autreve, CEO de NN

Le citoyen est-il prêt pour une réforme radicale du système? Autrement dit, l'obstacle est-il principalement politique?

Jan Van Autreve: “Un consensus politique est toujours difficile dans ce pays, surtout lorsqu'il s'agit de solutions à long terme. Mais je suis effectivement convaincu que les citoyens sont prêts à accepter un certain nombre de réformes radicales si, en échange, on leur présente une vision claire du futur.”

Marjan Maes: “Se projeter dans l'avenir au-delà de quatre ans semble presque impossible dans ce pays. C'est pourquoi je crains que nous soyons presque obligés de prendre des mesures pragmatiques pour avancer.”

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