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Entrepreneuriat au féminin: de la nécessité à l’ambition

Sana Afouaiz

Pour Sana Afouaiz, CEO de Womenpreneur-Initiative, une trop grande part de l’entrepreneuriat féminin en Belgique est guidée par la nécessité.

Comment l’entrepreneuriat féminin est-il défendu aujourd’hui?

L’enchaînement des crises sanitaires et énergétiques a clairement fait glisser l’encouragement de l’entrepreneuriat féminin tout en bas de l’agenda politique. Nous avons lu les contenus des plans de relance européens et n’y avons trouvé aucune ligne consacrée aux rôles ou besoins des femmes, reléguées au rang de minorité alors qu’elles composent plus de 50% de la population. Or, ce sont les femmes, y compris les entrepreneuses, qui souffrent le plus de telles crises car beaucoup d’entre elles évoluent dans les secteurs les plus touchés, comme les services aux personnes, le tourisme et l’horeca. Je crains l’augmentation à venir du nombre de femmes au chômage ou sans ressources, ce qui les expose à la précarité ainsi qu’aux pressions et violences domestiques. Voilà qui ne va pas améliorer un tableau déjà peu brillant, où le taux de femmes parmi les entrepreneurs bruxellois stagne à 28%.

L’entrepreneuriat est-il une solution pour certaines d’entre elles?

Le contexte économique est évidemment défavorable au développement de sa propre activité. Pourtant, je reçois chaque semaine un grand nombre de femmes courageuses qui veulent se lancer ou commencer une formation à l’entrepreneuriat. Mais je dois constater qu’il s’agit là d’un entrepreneuriat non de choix mais de nécessité. Il est lié au fait que les conditions sur le marché du travail se durcissent et que les femmes y occupent en majorité les emplois précaires et vulnérables.

Je dois constater que l'entrepreneuriat au féminin est un entrepreneuriat non de choix mais de nécessité.

Sana Afouaiz
CEO de Womenpreneur-Initiative

En quoi est-ce un problème?

Cet entrepreneuriat de nécessité est moins structuré. Il ne repose pas sur des études de marché préalables, une idée disruptive ou un business plan digne de ce nom. Il n’est pas guidé par des ambitions de croissance mais vécu comme une condition de survie. Par conséquent, il n’est pas de nature à convaincre les investisseurs ni contribuer réellement à l’économie et à l’emploi.

Comment améliorer cette situation?

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Pour alimenter le “Plan pour une relance économique au féminin” que nous avons publié voici quelques mois, nous avons interrogé une centaine d’entrepreneuses bruxelloises. L’une de nos nombreuses conclusions adressées aux autorités publiques est l’urgence, pour la Belgique, de rattraper son retard en matière d’incitation des filles aux études technologiques et de promotion des femmes dans l’économie numérique. C’est une condition essentielle pour générer un entrepreneuriat d’innovation, de créativité et de compétition. Mais ce n’est pas la seule: d’autres initiatives publiques sont indispensables pour faire éclore un écosystème favorable.

Qu’en est-il du networking?

Cela reste un outil très important pour créer une émulation entre entrepreneuses et les aider à développer leur business en rencontrant des partenaires potentiels. Cela dit, je constate que, dans beaucoup de cercles, les horaires, les thèmes et les contenus des sessions sont trop peu adaptés aux réalités des femmes. C’est pourquoi nous organisons nos propres séminaires et webinaires et développons pour elles une base de données de contact.

En ces temps de fragilité financière, que dire de l’accès des entrepreneuses au financement?

C’est un autre point abordé par notre étude. Les trois quarts des gérantes de PME et indépendantes que nous avons interrogées ont été confrontées à des difficultés de trésorerie depuis la pandémie. Pourtant, moins de 20% d’entre elles ont sollicité un soutien financier de leur banque. On constate ici à la fois des obstacles inhérents aux institutions financières et une forme d’autocensure. Elles sont découragées par les contraintes administratives, chronophages et/ou hors de leur portée. Nos études montrent que les femmes empruntent des montants modestes et uniquement en cas de grande nécessité. Elles sous-utilisent les canaux institutionnels et recourent à l’autofinancement ou via la famille ou les amis. Créer un fonds spécifique à destination des entreprises menées par des femmes, missionner des experts de l’égalité de genre pour évaluer et conseiller les institutions financières, engager une communauté de banques en faveur de l’égalité de genre dans l’entrepreneuriat, tout cela fait partie des outils que nous proposons.

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