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"Smart" ne signifie pas nécessairement "intelligent"

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Les trackers "smart beta" promettent d’investir à moindre coût dans des stratégies qui battent le marché à long terme, comme l’investissement dans la valeur et les petites capitalisations. Quelques remarques s’imposent, cependant.

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L’une des grandes tendances de l’univers des fonds indiciels cotés (ETF) est l’essor des produits "smart beta", des indices qui ne sont pas composés sur la base de la valeur boursière. Les trackers smart beta se situent aux confins de la gestion active et de la gestion passive. Un investissement passif peut suivre le benchmark, mais avec le smart beta, un fonds passif peut devenir actif par rapport à un indice pondéré suivant les capitalisations boursières.

Compliqué? Voici un exemple éclairant. Le tracker Bel20-Lyxor, un ETF "classique" qui est donc composé sur la base de la valeur boursière, est lourdement investi dans les géants que sont AB InBev et Engie. Le brasseur et le groupe énergétique ont une valorisation plus élevée au seul motif qu’ils sont plus grands. Un tracker smart beta qui achète le panier du Bel 20 selon une pondération égale de tous ses membres constitue dès lors un investissement beaucoup plus diversifié.

D’autres produits smart beta tiennent compte des dividendes, du momentum ou de la volatilité. "Le principe sous-jacent est qu’il existe des facteurs dont nous savons qu’ils peuvent battre le marché à long terme", dévoile Geert Van Herck, stratégiste en investissement chez Keytrade Bank. "Ainsi, les petites capitalisations font historiquement mieux que la moyenne. Des études ont également démontré que les actions qui se sont montrées plus performantes que les autres dans un passé récent le restent dans la période qui suit. Dans les deux cas, les investisseurs peuvent acheter des ETF smart beta spécifiques."

Bien qu’il refuse de qualifier le produit smart beta de "phénomène de mode", Geert Van Herck nourrit quelques réserves concernant ces innovations qui présentent généralement des frais de gestion plus élevés que les trackers passifs classiques. "Il ne faut pas investir dans du smart beta pour intégrer une stratégie fondée sur la valeur ou le momentum dans votre portefeuille. Vous pouvez identifier vous-même les pays, régions et secteurs attrayants, et les acheter. Mais vous devez alors être un investisseur actif qui suit les marchés de près."

Inutile et inattendu

"‘Smart beta’ n’est pas toujours synonyme d’intelligent’", prévenait déjà Andrew Lo voici quelques années. Selon le professeur de la MIT Sloan Management School, l’un des plus grands spécialistes au monde en innovation financière, le smart beta s’accompagne souvent d’un "dumb sigma" pour l’investisseur inexpérimenté. "J’entends par là des formes inutiles et inattendues de risques de portefeuille qui ne sont pas compensées par une prime de risque."

Le risque réside dans le fait que les investisseurs achètent les mauvais instruments au mauvais moment, poursuit Geert Van Herck. Il illustre cet argument avec les ETF low volatility, particulièrement populaires aujourd’hui. Ces produits smart beta s’adressent aux investisseurs qui désirent profiter de la hausse des marchés tout en limitant les risques si ces mêmes marchés évoluaient dans l’autre direction. "Les actions de ces indices se sont révélées si performantes ces dernières années que leur valorisation atteint des sommets", souligne-t-il. "Mais qui dit ‘valorisation élevée’ dit aussi ‘rendements attendus plus faibles’. Et ce, alors que les investissements dans la valeur (c’est-à-dire dans des entreprises qui s’échangent toujours sous leur juste valeur, NDLR) sont restés très en retrait ces dernières années. Et c’est précisément parce que ces actions n’ont pas été performantes que tout le monde les ignore. Pourtant, c’est là que résident des opportunités."

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