Les nouvelles technologies, un "must" dans les soins de santé

©Frank Toussaint

L’époque où les firmes pharmaceutiques ne produisaient que des médicaments est révolue. “Nous privilégions désormais une approche holistique du patient, et les nouvelles technologies peuvent nous y aider”, souligne Thibault Massart, General Manager de l’entreprise biopharmaceutique AbbVie Belux. “En outre, la numérisation contribue à maintenir la durabilité de notre système de soins de santé.”

Une médecine personnalisée, des traitements sur mesure, une médecine de précision: voici des exemples concrets de l’immense impact des nouvelles technologies sur la pratique médicale actuelle. Tant les patients que le secteur des soins de santé en bénéficient. “Prenons la targeted therapy (thérapie ciblée), qui permet d’attaquer directement les cellules malades chez les patients souffrant d’un cancer”, illustre Tineke Van hooland, directrice External Affairs chez AbbVie. “Cette thérapie reconnaît certains biomarqueurs spécifiques aux cellules malades, ce qui permet de les détruire de façon très ciblée. Ces innovations hautement technologiques constituent aujourd’hui la base de nombreuses recherches sur le cancer.

”Le développement rapide des nouvelles technologies est une bénédiction pour une entreprise innovante comme AbbVie. " Mais nous devons envisager les choses dans un cadre plus large ", estime Thibault Massart. “Bien sûr, nous tirons parti des nouvelles percées technologiques dans nos recherches, mais elles sont également essentielles pour l’accompagnement et le suivi des patients. Cet aspect de la numérisation est encore sous-estimé. C’est pourquoi nous rencontrons régulièrement des associations de patients afin d’étudier comment les nouvelles technologies peuvent les aider.

'La focalisation sur ce type d'outils et solutions orientés patients est relativement neuve et a bénéficié d'une solide impulsion grâce à la numérisation'
Thibault Massart
General manager, abbvie BeLux

”AbbVie est active dans quatre grands domaines: l’immunologie, l’oncologie, les neurosciences et la virologie. L’entreprise concentre ses recherches notamment sur les maladies auto-immunes (la maladie de Crohn, l’arthrite rhumatoïde et le psoriasis, entre autres), qui ont souvent un impact fort sur la qualité de vie des patients. “Nous proposons à ces derniers un outil intelligent et connecté, qui les aide à respecter un schéma de médication personnalisé et à suivre correctement le traitement”, poursuit Thibault Massart. “Ce n’est pas un gadget, croyez-moi. Car c’est précisément en écoutant les associations de patients que nous avons réalisé à quel point ce besoin était réel. La focalisation sur ce type d’outils et solutions orientés patients – en plus du traitement strictement médical – est relativement neuve et a bénéficié d’une solide impulsion grâce à la numérisation.”

Écosystème

Qu’une société innovante comme AbbVie – qui emploie 29.000 collaborateurs dans le monde – soit active dans notre pays ne doit rien au hasard. Elle combine en effet une longue expérience dans le secteur pharma et la capacité d’innovation de la biotechnologie. Dans cette quête d’innovation permanente, l’écosystème belge qui s’est développé autour de la recherche médicale joue un rôle important. “La ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, souhaite miser fortement sur les applications de santé mobiles et a prévu pour cela un budget supplémentaire”, souligne Tineke Van hooland. “Par ailleurs, la Belgique dispose d’une véritable ‘Pharma Valley’. Et Alexander De Croo, ministre de l’Agenda numérique, souhaite aller plus loin encore et développer une ‘Digital Health Valley’.”“Ces impulsions nous motivent à investir davantage encore dans la technologie et à apporter plus de valeur ajoutée. Nous menons surtout des recherches sur des maladies pour lesquelles aucun traitement adéquat n’existe à l’heure actuelle, et pour y arriver, l’innovation ouverte est incontournable. Lorsque nous parlons du potentiel des nouvelles technologies et de la digitalisation, nous ne pensons pas seulement aux sociétés pharmaceutiques et aux médecins. Les sociétés technologiques et les développeurs d’applications médicales pourront également bénéficier du développement d’une grande plateforme commune.”

Big Data

©Frank Toussaint

Autre élément capital dans cette discussion: l’impact des Big Data et de l’intelligence artificielle. “En réalité, une société pharmaceutique telle que la nôtre n’a pas de contact direct avec les patients, mais nous pouvons apprendre beaucoup de la montagne de données disponibles grâce à la numérisation du secteur des soins de santé”, avance Thibault Massart. “Je pense aux données relatives à la manière dont les patients prennent en charge leur maladie et leur traitement: suivent-ils le traitement à la lettre? Quelles sont leurs principales préoccupations et sources de stress? Il est crucial de ne pas se limiter à cartographier les effets des médicaments au cours des tests cliniques, mais aussi de comprendre ce qui se passe dans la vie du patient. C’est la seule façon d’améliorer à la fois son traitement et sa qualité de vie.

'Si la Belgique dispose d'énormes quantités de données, elles sont, hélas, souvent indisponibles pour les sociétés pharmaceutiques'
Tineke Van hooland
directrice External affairs, abbvie

”Pour Tineke Van hooland, il reste beaucoup de chemin à parcourir. “Le domaine des Big Data est encore largement inexploré en Belgique et en Europe. Si la Belgique dispose d’énormes quantités de données, elles sont, hélas, souvent indisponibles pour les parties prenantes, y compris les sociétés pharmaceutiques. Nous passons à côté de nombreuses possibilités d’aider les patients.”

Les firmes pharmaceutiques doivent pouvoir accéder aux données anonymisées qui concernent l’utilisation des médicaments et les soins de santé en général, juge Tineke Van hooland. “Dans le respect de la vie privée, bien entendu. Je pense aux données des mutualités : celles-ci sont particulièrement utiles et pertinentes pour développer et affiner nos traitements innovants, mais aussi du point de vue du gouvernement, pour mettre en place des programmes d’encadrement des patients et prendre des mesures de prévention. Ceci dit, nous en sommes encore loin. Le respect de la vie privée est un prérequis mais il ne peut être un prétexte à l’immobilisme.” 

“La numérisation des soins aux patients est une opération gagnant-gagnant”

La numérisation des soins aux patients est l’une des priorités du SPF Santé publique. “Si tous les médecins traitants pouvaient partager et consulter librement les dossiers médicaux, cela réduirait à la fois le travail administratif et les coûts, et permettrait d’éviter de nombreuses erreurs”, indique Tineke Van hooland chez AbbVie. “Il serait également plus simple pour les médecins de prescrire les traitements les mieux adaptés à l’historique médical du patient. En d’autres termes, ce serait une opération gagnant-gagnant.”