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L'énergie fait peau neuve

©Shutterstock

Le marché de l’énergie est en pleine métamorphose. De nouveaux modèles doivent encourager les consommateurs et entreprises à adopter une gestion plus durable de l’électricité et du gaz. "Mais il faut éviter de tout miser sur une seule solution", note Leonardo Meeus, expert des marchés de l’énergie.

Par le passé, les particuliers et entreprises étaient des consommateurs d’énergie purement passifs. Ils ne pouvaient faire valoir leur influence et imposer une plus grande durabilité que de manière indirecte… dans les urnes! La situation a changé: ils ont désormais d’autres possibilités de participer activement au marché de l’énergie. Les consommateurs peuvent par exemple produire eux-mêmes de l’électricité en installant des panneaux solaires sur leur toiture ou en prenant une participation dans un parc éolien local. Ce modèle énergétique décentralisé marque le début d’une ère prometteuse caractérisée par des ménages moins dépendants de leurs fournisseurs d’énergie.

"Les entreprises elles aussi dépensent beaucoup en gaz et en électricité, mais rares sont celles qui disposent d’un spécialiste qui se concentre sur la consommation et l’achat d’énergie", observe Leonardo Meeus, professeur associé spécialisé dans les marchés de l’énergie à la Vlerick Business School. "Dans les PME surtout, la présence d’un tel expert constitue plutôt l’exception. Pourtant, il existe de nombreuses solutions durables pour les entreprises. Celles-ci peuvent notamment faire appel à une entreprise de services énergétiques qui leur expliquera comment accroître leur efficacité en la matière."

Réforme européenne

Pour faciliter la transition vers des modèles plus durables, un cadre législatif est indispensable. "Nous sommes en train d’élaborer la quatrième réforme du marché de l’énergie au niveau européen", souligne Leonardo Meeus. "Elle prévoit des possibilités plus larges pour des communautés énergétiques qui, entre autres, veulent élaborer des solutions intégrées dans certains quartiers résidentiels. De telles collaborations peuvent également faire la différence pour les entreprises. Un ‘agrégateur’ permet en effet d’optimiser les prélèvements d’énergie entre plusieurs consommateurs flexibles."

La politique énergétique doit créer des possibilités de tester de nouvelles techniques dans des environnements contrôlés.
Leonardo Meeus
professeur associé spécialisé dans les marchés de l’énergie à la Vlerick Business School

Certes, nous évoluons vers des modèles énergétiques décentralisés dans lesquels les utilisateurs produisent eux-mêmes de l’énergie. Mais Leonardo Meeus constate dans le même temps une évolution opposée: "Les parcs éoliens offshore de plus en plus étendus et les gigantesques fermes solaires aménagées dans les zones rurales entraînent une centralisation accrue de la production d’énergie durable. Les avantages d’échelle générés représentent un principe économique important. Pour autant, il est parfaitement possible de faire coexister des modèles énergétiques centralisés et décentralisés."

"D’ailleurs, il n’est pas judicieux d’être totalement tributaire d’une solution décentralisée basée sur l’énergie solaire, au risque de dépendre des conditions météorologiques locales. Nous avons tout intérêt à développer les deux modèles en parallèle. La concurrence a en outre une influence favorable sur les applications pour le consommateur final. Sans doute faudrait-il par conséquent revoir la gestion des réseaux de distribution. La réforme européenne du marché de l’énergie favorise quoi qu’il en soit une vision plus globale et une plus grande transparence."

Leonardo Meeus ne cache pas son enthousiasme à l’égard du pacte énergétique belge conclu entre l’État fédéral et les Régions. "Les responsabilités restent réparties entre les ministres de l’Énergie à quatre niveaux différents, mais on dispose désormais d’une vision partagée. Le pacte énergétique est un magnifique plan à long terme avec une vision claire, progressive, qui s’inscrit dans la lignée de la vision européenne. Selon le pacte, notre pays devra avoir basculé vers 100% d’électricité renouvelable en 2050. La prochaine étape consiste à convertir cet objectif en un plan d’action concret."

"Power-to-gas"

La technologie joue un rôle crucial dans la transition vers des modèles énergétiques durables. Les réseaux électriques intelligents (smart grids), pour ne citer qu’eux, équilibrent mieux l’offre et la demande. "On observe aussi de nombreuses innovations utiles dans l’énergie éolienne et solaire", poursuit Leonardo Meeus. "On expérimente notamment de nouvelles formes de stockage en alternative aux batteries. Une solution prometteuse est le power-to-gas, une technique de transformation de l’énergie électrique en gaz, tel que l’hydrogène et le méthane, plus aisés à stocker que l’électricité."

2050
pacte énergétique
Selon le pacte énergétique belge, notre pays devra avoir basculé vers 100% d’électricité renouvelable en 2050.

Selon le professeur associé, il est impossible de prédire les innovations qui finiront par s’imposer. "Il faut éviter de tout miser sur une seule solution", prévient-il cependant. "Par le passé, on attendait beaucoup du CCS, le Carbon Capture & Storage (capture et stockage souterrain, sous forme gazeuse, du dioxyde de carbone libéré lors de la combustion de combustibles fossiles, NDLR). Aujourd’hui, cette méthode semble beaucoup moins intéressante qu’on ne le pensait, mais peut-être en ira-t-il autrement demain. Nous devons donc rester ouverts aux innovations sur le marché de l’énergie. C’est le gage d’une dynamique saine."

Le chemin est encore long, et l’État devra continuer à encourager et faciliter ces innovations. "Nous remarquons souvent que le lancement d’une nouvelle solution nous oblige à adapter d’anciennes règles généralement établies avec les meilleures intentions. En outre, la réglementation s’avère indispensable pour exclure certaines zones grises. Il est impératif de revoir la politique énergétique en permanence, mais il faut aussi créer de l’espace pour des regulatory sandboxes, des cadres délimités dans lesquels de nouvelles techniques peuvent être testées au sein d’un environnement contrôlé."

Basculement définitif

Le changement de mentalité chez les consommateurs est crucial dans la transition vers un avenir durable. "Pour obtenir un basculement définitif, l’énergie doit devenir un sujet essentiel", affirme Leonardo Meeus. "Pas uniquement d’un point de vue économique, mais plutôt par considération sociale. Car en gérant durablement l’énergie, le particulier et l’entreprise font preuve de leur implication. L’économie ‘comportementale’ peut jouer un rôle en la matière: jeter un coup d’œil chez les voisins et tenter de faire mieux peut être source de motivation!"

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