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3 millions de cristaux Swarovski pour l'étoile du plus célèbre sapin de Noël de New York

La dernière création de Daniel Libeskind est une étoile pour le sapin de Noël du Rockefeller Center à New York. ©rv

Daniel Libeskind, l’architecte virtuose à qui l’on doit des bâtiments et du mobilier à facettes élargit son registre déjà vaste. Son regard s’est porté sur le plus célèbre des sapins de Noël de New York pour lui créer la plus brillante des étoiles de cime.

Confier la création de l’Étoile Swarovski du sapin de Noël du Rockefeller Center à l’architecte, artiste et musicien Daniel Libeskind était judicieux. Le polymathe de renommée internationale a fait carrière en créant des formes éblouissantes -qui semblent échapper à la gravitation terrestre- ainsi que des édifices favorisant la contemplation et l’optimisme.

Au fait, il adore le cristal. "Du Musée juif de Berlin (2001) à mon plan directeur pour Ground Zero à New York, j’ai toujours été attiré par les formes cristallines.

L’architecte Daniel Libeskind confère à ses constructions une puissante dimension symbolique. ©Bryan Derballa/KINTZING

Même mes bâtiments curvilignes, comme l’Imperial War Museum North (2002) et Reflections at Keppel Bay à Singapour (2012), ont une qualité cristalline. Je ne suis pas l’homme des blobs générés par ordinateur, mais celui de la géométrie et des mathématiques, de la beauté de la forme cristalline parfaite."

Pour Atelier Swarovski Home, l’architecte a conçu un jeu d’échec dont les pièces sont les gratte-ciels qu’il a dessinés (15.738 euros). ©rv

C’est pour un sculptural jeu d’échecs représentant ses gratte-ciel qu’il a collaboré pour la première fois avec Swarovski, en 2016. "J’avais mélangé New York et Milan, villes où je vis et travaille. Les pièces avaient été fabriquées dans différents matériaux. Une superbe idée", déclare-t-il.

Et quand Nadja Swarovski l’a invité à imaginer “une vision de paix, d’unité et d’espoir” en cristal pour couronner le sapin de Noël le plus célèbre de New York, il a été ravi de renouveler cette expérience.

"J’ai décidé que ce serait une étoile du XXIème siècle, comme une explosion tridimensionnelle. Elle n’est pas parfaitement symétrique et elle présente un noyau lumineux évoquant la propagation de la lumière selon Léonard de Vinci, qui rayonne dans les pointes de l’étoile recouvertes de milliers de cristaux générant une étonnante lumière dans ces rayons transparents." Si elle vous plaît, il existe une version miniature pour votre sapin, gravée au laser par l’Atelier Swarovski Home (60 euros).

©Bryan Derballa/KINTZING

Libeskind trouve le symbole de l’étoile inspirant. "Mon fils, cosmologue, se consacre aux constellations et à la Voie lactée. J’ai appris que nous sommes tous faits de poussière d’étoiles du Big Bang -les éléments de notre corps sont constitués d’étoiles. Quel magnifique lien entre la paix, les Fêtes, le cosmos et nous!"

Les connexions sont une spécialité de Libeskind. Dans la conversation, il parvient toujours à créer des liens entre deux sujets: les inventeurs de la Renaissance et les décorations de Noël; le nombre d’or (ou la divine proportion) et la musique rap. L’écouter, c’est partir en voyage philosophique.

De musicien à architecte

L’architecte est arrivé à New York à l’âge de 13 ans avec ses parents, survivants de l’Holocauste. "J’ai troqué le bateau pour le Bronx, ce qui fait de moi un vrai New-yorkais. Même aujourd’hui, il est difficile de rencontrer quelqu’un qui soit né à New York", ajoute-t-il. "Quelle que soit la rhétorique politique, l’Amérique est un pays d’immigrants."

Denver Art Museum, Denver, VS. ©BitterBredt

Le visionnaire à l’origine de l’exaltante extension du Denver Art Museum (2006) n’avait pas l’intention de devenir architecte: depuis son plus jeune âge, il était musicien, spécialiste de l’accordéon. "Ce n’est qu’au fil du temps que j’ai découvert que l’architecture reliait tous mes intérêts -la musique, le dessin et les mathématiques-, des choses que j’ai toujours aimées", explique-t-il. "C’était une surprise totale.

Je ne pense pas avoir jamais rencontré d’architecte avant d’aller à Cooper (où il a étudié l’architecture et décroché son premier diplôme en 1970). Je vivais dans un logement social dans le Bronx, parmi les ‘blue collars’. Mes parents travaillaient à l’usine. Je n’avais jamais connu de ‘professionnels’. Et je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais. Moi qui n’aime pas dessiner..."

Un côté de Libeskind que Deyan Sudjic, directeur du Design Museum de Londres, connaît bien. "Comme Zaha Hadid, il a d’abord attiré l’attention par ses brillants dessins, dont la plupart ressemblaient à des compositions abstraites mais dynamiques, ou même des partitions musicales ou de la poésie concrète", explique-t-il. "Daniel Libeskind appartient à une génération d’architectes qui a commencé dans les années 80, quand les idées étaient considérées comme supérieures à la construction pour la construction."

Libeskind décline sa passion pour les formes cristallines dans le fauteuil et le canapé Gemma pour Moroso. ©Alessandro Paderni

L’architecte déclare ne jamais avoir adopté consciemment son style si caractéristique. "Le bon goût est une question de choix; le style est un réflexe. Ce n’est pas quelque chose que vous choisissez, c’est lui qui vous choisit", affirme-t-il.

Un indice de sa virtuosité visuelle réside peut-être dans ce souvenir de l’architecture monolithique du Bloc de l’Est de son enfance: "Un des bâtiments qui m’a marqué est un immeuble que je détestais, que je voyais quand j’allais à Varsovie avec mes parents, le Palais de la Culture et des Sciences que Staline avait construit pour opprimer le peuple polonais, une ode au communisme.

Qu’est-ce que j’ai été heureux de pouvoir créer une tour résidentielle juste en face de cette horreur! Le gratte-ciel ‘Złota 44’, achevé en 2017, est un bâtiment qui proclame que la ville n’appartient pas au communisme, mais à ses habitants."

Partition architecturale

Libeskind n’a jamais abandonné ses premières amours pour l’art et la musique. "Il y a plusieurs vies dans l’architecture", déclare-t-il. Il a créé l’installation ‘Sonnets in Babylon’ pour la Biennale de Venise de 2014 et la David Gill Gallery de Londres a présenté cette année des meubles en bronze, marbre, fibre de carbone et acier inoxydable à la croisée du design et de l’art.

La collection ‘Fundamental Elements’, en édition limitée, comprend une table basse en bronze intitulée ‘Megalith in Motion’ qui semble taillée dans la roche, ainsi qu’une table avec des éclats de verre plat rappelant la façade en zigzag du Musée juif.

Table basse en bronze,‘Megalith in Motion’, édition limitée, David Gill Gallery. ©rv

Les fauteuils, en marbre et bronze patiné ou acier inoxydable, sont fascinants avec leurs multiples facettes -un design inspiré de la même géométrie que le canapé et le fauteuil ‘Gemma’ pour Moroso (2015), qui évoquent des pierres précieuses.
La musique est une telle passion qu’il affirme que tout son travail est musical. "L’architecture et la musique sont étroitement liées", déclare-t-il. "Quand on conçoit un bâtiment, il faut écrire une partition architecturale. En fin de compte, la musique et l’architecture doivent parler à l’âme."

L’architecture et la musique sont étroitement liées. Quand on conçoit un bâtiment, il faut écrire une partition architecturale.

Il est un omnivore musical qui dévore de nouveaux sons qu’il découvre sur Spotify et via les amis musiciens de son artiste de fille. Ses goûts s’étendent de l’opéra à la musique classique, orchestrale, contemporaine, populaire, world et rap. Citer ses favoris? Impossible: "Oh non, c’est comme quand on me demande quelle est ma couleur préférée: je réponds l’arc-en-ciel!", s’exclame-t-il. "J’écoute souvent des œuvres de Bach. Du jazz? Absolument, Thelonius Monk, Miles Davis... Du rap?J’adore Jay-Z, il est génial."

Monuments d’histoire... difficile

Son plus grand succès, le bâtiment pour lequel on se souviendra de lui pour toujours, est le Musée juif de Berlin. Il a remporté le concours en 1989 et achevé sa construction en 1999, pour être inauguré en 2001. C’est une œuvre brillante, à la fois méditative et mercurielle avec un plan en zigzag et des flancs revêtus de zinc. Rory Hyde, conservateur de l’architecture contemporaine au V&A Museum, le qualifie de chef-d’œuvre de l’architecture du XXème siècle.

"Il parvient à exprimer l’indicible horreur de l’Holocauste par le biais de la construction", déclare-t-il. "C’est ce saut entre le sens et la forme qui est si important dans le travail de Libeskind."

Musée juif, Berlin. ©rv

Ce musée a marqué un tournant dans la vie de l’architecte. Il a décroché la commande alors qu’il vivait à Milan, où il avait fondé l’Architecture Intermundium, Institute for Architecture & Urbanism. À l’époque, on lui avait offert une bourse d’études au Getty Center et il était sur le point de s’installer avec sa famille de l’autre côté de l’Atlantique.

"Nous étions en route pour Los Angeles, avec un revenu et une maison à Santa Monica, et nous avons fait étape à Berlin pour aller chercher le prix. Il y avait une voie qui menait à une vie agréable à Los Angeles et une autre voie qui nous faisait rester à Berlin. J’ai demandé à mon épouse ce qu’elle en pensait. J’ai dit que si nous restions, la condition était qu’elle devienne mon associée."

C’est ainsi qu’il fonde le Studio Libeskind en 1989 et Nina, son épouse depuis près de 50 ans, en est devenue la COO. La famille s’est installée en Allemagne pour superviser ce projet de toute une vie. Pendant les mois qui ont précédé l’ouverture du musée de Berlin, le Pavillon Eighteen Turns pour les Serpentine Galleries, imaginé par Libeskind, a fait sensation à Londres, pendant l’été 2001. À cette époque, le pavillon temporaire de Hyde Park était une installation novatrice plus qu’un événement mondain du calendrier international du design.

L’origami architectural en panneaux d’aluminium de Libeskind a déterminé l’agenda des futurs contributeurs. "On peut affirmer qu’après la structure inaugurale de Zaha Hadid, il a assuré la célébrité de la commande du Pavillon Serpentine", témoigne Hans Ulrich Obrist, actuel directeur artistique des Serpentine Galleries. Libeskind n’a mis que deux ans pour devenir l’un des architectes les plus en vue d’Europe, après l’achèvement de son premier bâtiment, en 1999, à 53 ans.

L’esprit humain est une pièce vide qu’il faut meubler avec des éléments sur lesquels on peut compter pour ne jamais s’ennuyer.

Deux jours après la fermeture du Pavillon Serpentine à Londres, et le jour même où le Musée juif de Berlin devait ouvrir ses portes, une catastrophe allait ramener l’architecte en Amérique: les attentats du 11 septembre. "Bon nombre des projets auxquels j’ai participé étaient des monuments commémoratifs, des musées d’histoire difficile comme le Musée juif, l’Imperial War Museum à Manchester et le Musée d’histoire militaire de Dresde", explique-t-il.

"Beaucoup de gens sont confrontés à des difficultés, des guerres, des catastrophes et des morts, et la question est de savoir comment mettre en équilibre leur mémoire et quelque chose qui célèbre la vie.

C’est la grande mission de ces espaces, dont l’objectif est la victoire de la vie sur la mort, du bien sur le mal. La psychologie nous enseigne qu’il est impossible de se débarrasser des traumatismes en les refoulant; il faut les affronter d’une façon ou d’une autre et en faire quelque chose de positif." En 2003, après avoir remporté le concours pour le Ground Zero Master Plan et le réaménagement du site du World Trade Center, il installe son studio à New York.

En 2015, alors que Mons est Capitale Européenne de la Culture, Daniel Libeskind livre son premier projet belge dans la ville montoise. Il est derrière le MICX, le nouveau Centre des congrès de la ville wallonne aux formes géométriques tranchées, abritant des bureaux, des salles de conférence, un restaurant et un toit-terrasse.

Légèreté d’esprit

Après avoir terminé un livre sur son processus créatif, Edge of Order, aux éditions Clarkson Potter, l’architecte s’intéresse à l’avenir des villes et à la façon de les rendre plus respectueuses de l’environnement et socialement plus équitables. Il planifie un développement de logements abordables pour personnes âgées à Bedford-Stuyvesant, Brooklyn, dont les travaux de construction débuteront en 2020.

©Bryan Derballa/KINTZING

Ce n’est pas un méga-projet qui lui permettra de faire la une des magazines mais, comme il le dit: "Je ne suis pas le genre d’architecte à convoiter des projets toujours plus grandioses. L’architecture n’est pas une question d’argent. Vous pouvez créer un environnement digne et beau dans lequel les gens peuvent vivre avec des moyens limités."

Il travaille également sur un nouveau Maggie’s Centre au Royal Free Hospital de Londres. Ces centres, fondés en mémoire de Maggie Keswick Jencks, expriment la conviction que les gens ne doivent pas “perdre la joie de vivre dans la peur de mourir”. Charles Jencks, théoricien de la culture et cofondateur de Maggie’s, est un ami et un admirateur de Libeskind, et il est ravi de l’ajouter à la liste des grands architectes qui ont aussi conçu des centres, dont Richard Rogers, Frank Gehry et Zaha Hadid. "Les conceptions optimistes du Studio Libeskind correspondent parfaitement à notre philosophie", déclare-t-il.

La recette du bien-être de Libeskind est assez inattendue. Faire de l’exercice? Cuisiner? "Je sais à peine me faire cuire un œuf", répond-il. "Une des choses que je fais, pour me détendre, c’est mémoriser de la poésie. Les poèmes d’Emily Dickinson sont parmi mes préférés, avec les sonnets et les soliloques de Shakespeare. L’esprit humain est une pièce vide qu’il faut meubler avec des éléments sur lesquels vous pouvez compter afin de ne jamais vous ennuyer. Quand je prends l’avion, je n’ai pas besoin de regarder un film, je peux réciter un sonnet." Il entame le Sonnet 116: "Let me not to the marriage of true minds…"

Pour quelqu’un qui a créé des monuments commémorant les grandes tragédies humaines de l’Histoire, Daniel Libeskind fait preuve d’une remarquable légèreté d’esprit. Il attend Noël avec impatience. "Comme je suis juif, je le célèbre comme une merveilleuse fête laïque mondiale -j’espère qu’il y aura de la neige. Les flocons sont une variante du cristal..."

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