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"Particulier" pour les uns, "une oeuvre d'art" pour les autres: l'architecte Arno Brandlhuber

Cette bonneterie de Potsdam, de l’Allemagne de l’Est, est devenue une seconde résidence brutaliste sous la houlette de l’architecte Arno Brandlhuber. ©Simon Watson

Il transforme des bâtiments, prêts à être démolis, en galerie d’art ou en seconde résidence. Le ‘particulier’ est devenu sa marque de fabrique. Pour la Biennale Interieur, il a créé des tabourets, qui peuvent aussi faire office de tables d’appoint, à partir de déchets de chantiers. "Oui, on peut aussi le faire soi-même. L’important, c’est le concept."

Qui est Arno Brandlhuber?

©Simon Watson

Arno Brandlhuber est un rebelle de l’architecture contemporaine. L’architecte allemand (54 ans) a un faible le brutalisme industriel, que l’on qualifierait de ‘particulier’, et dont il en fait sa marque de fabrique. Il a construit ses bureaux de la Brunnenstrasse à Berlin dans des ruines qui, comme il l’explique sur son site, “étaient une erreur d’investissement des années 90”. Un autre aurait probablement tout démoli; lui, il a gardé les éléments d’origine et s’est inspiré des restrictions imposées.

Principalement actif à Berlin, il se concentre sur le concept et la création, laissant le côté pratique à d’autres, d’où le “plus” dans le nom de son studio, Brandlhuber+, invariablement suivi du nom d’une autre agence qui collabore sur le projet. Par exemple, on peut citer Markus Emde et Thomas Burlon avec lesquels Brandlhuber a transformé l’église Sainte-Agnès, un bloc brutaliste sans fenêtre, en une galerie d’art, la König Galerie (2015). Il vient également d’achever la Terrassenhaus, un espace polyvalent à étages, faisant office de galerie et d’atelier.

Qu’est-ce qui a fait parler de lui?

©Simon Watson

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Les bombardements ont miraculeusement épargné quelques horreurs architecturales, dont ce sinistre bloc de béton armé, tombé dans l’escarcelle de l’ex-Allemagne communiste à l’armistice. Il n’y avait qu’Arno Brandlhuber pour voir dans ce qui fut une bonneterie de Potsdam, une ville qui se trouve à quinze minutes au sud-ouest de Berlin, le bâtiment idéal pour y établir une seconde résidence. Avec l’aide de quelques amis, l’architecte perce des fenêtres dans la façade le temps d’un week-end. "Nous avons fait une fête à grand renfort de bière, de goulasch et de marteaux piqueurs." Les trous béants le sont restés: vus de l’intérieur, ce sont de grandes fenêtres, par contre, à l’extérieur, le bâtiment (également galerie et résidence d’artistes) ressemble à une coquille inachevée en pleine nature.

©Simon Watson

Le contraste avec l’intérieur pourrait difficilement être plus grand. Ici, la finition a été étudiée dans les moindres détails. Brandlhuber a combiné son béton bien-aimé, qui recouvre l’ensemble des murs, plafonds et sols, avec des œuvres d’art in situ, des plafonniers récupérés dans une église brutaliste, des peaux d’animaux et un long rideau qui permet de faire passer l’espace de 250 à 70 mètres carrés en hiver pour plus de chaleur et de convivialité. Le nom de cette maison était tout trouvé: Anti-villa, horrible pour les uns, sublime pour les autres. Brandlhuber s’en fiche royalement quand, le week-end, il prend sa douche dehors, sur le toit, face au lac.

À la Biennale Intérieur?

Quand la Biennale Intérieur demande à Amaryllis Jacobs, du studio de design Maniera, de produire des sièges, elle n’a pas hésité une seule seconde. Maniera crée du mobilier d’architecte en version limitée et, lors d’une visite dans les bureaux d’Arno Brandlhuber, elle avait eu l’occasion de voir des tables d’une rudesse magnifique: les pattes étaient des tiges de métal pour béton armé et le plateau, un morceau de béton brut plat. Tout autre aurait du mal à les nommer meubles, mais pour l’Allemand, la beauté est dans le processus.

©rv

"Sur les chantiers, les blocs de béton inutilisés sont écartés, proprement déposés sur des bâches. C’est avec ces restes que j’ai décidé de faire des tables." Comme il n’avait pas suffisamment de ces restes pour réaliser des tables pour la Biennale Interieur, il a extrapolé l’idée: à l’aide de sacs en plastique, de ciment et de ruban adhésif, Maniera et l’architecte ont fabriqué 100 tabourets qui peuvent aussi faire office de tables d’appoint. "Oui, on peut aussi les faire soi-même. L’important, c’est le concept."

On peut découvrir les tabourets au Hall 4, Biennale Interieur, du 18 au 22 octobre à Courtrai. https://www.interieur.be/biennale/2018

 

 




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