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The Flower House, entre architecture et sculpture habitable

The Flower House ©Antoine Baralhé

Six cent mille euros: c'est la somme à débourser pour avoir la Flower House dans son jardin, placement compris. 'Une météorite de 24 carats', comme l'appelle son architecte, Édouard François, est une habitation conceptuelle contemporaine de 40 mètres carrés qu'il a conçue pour le galeriste parisien Philippe Gravier. Ce dernier l'a présentée à Design Basel, en 2015. Si la Flower House y a fait sensation, jusqu'à présent, il n'en a vendu qu'une seule.

L'architecte Édouard François a pensé cette 'sculpture habitable' en titane, la 'Flower House' pour le galeriste Philippe Gravier. ©Antoine Baralhé

Il lui en reste sept, car ce pavillon a été édité à huit exemplaires en tout et pour tout. "Au début, les gens ne comprenaient pas qu'on puisse collectionner des maisons au même titre que des sculptures, dans son jardin", sourit Gravier. "La galerie travaille à la frontière entre sculpture et architecture. Maintenant que nous avons présenté quelques "maisons d'édition" de différents architectes, l'idée commence à faire son chemin chez les collectionneurs."

Happy few

"Ce pavillon doré a récemment été livré sur la Côte d'Azur, dans le vaste domaine d'un industriel français. Il s'agissait là de la première "sculpture habitable" de sa collection d'art contemporain. Nous avons construit la Flower House en dix jours.

C'est la galerie qui se charge des coûts de construction. Le propriétaire ne va pas la louer à des inconnus, mais y accueillir ses amis et sa famille, qui font déjà la file pour avoir la chance d'y loger. Il faut dire que passer la nuit dans une sculpture aussi isolée est une expérience spirituelle. C'est comme si vous séjourniez dans l'esprit d'un sculpteur."

'Une météorite de 24 carats', comme l'appelle l'architecte Édouard François, créateur de cette maison conceptuelle. ©Antoine Baralhé

Cette habitation nomade inscrit Édouard François dans la tradition des 'garden folies', un pavillon extravagant que l'on trouvait dans les jardins anglais et français du XVIIIème siècle. Au vu de l'attention portée à ces 'folies' en tant que luxueux 'objets de collection', elles semblent connaître un retour en force.

Les baraques conçues par Jean Prouvé pour servir de logement d'urgence après la Seconde Guerre mondiale font partie d'un nouveau domaine de collection réservé à quelques happy few. Les pavillons contemporains que présente le galeriste Philippe Gravier sont plus habitables que ceux de Prouvé. "À Design Basel, la Flower House n'était pas vivable car elle n'était raccordée ni à l'électricité, ni à l'eau; sur la Côte d'Azur, elle est équipée de tout le confort nécessaire.

©Galerie Philippe Gravier

Le collectionneur a choisi la version présentée à Bâle, avec une façade en titane doré. S'il avait voulu une façade en titane couleur champagne, cela aurait été possible. Si vous pouvez choisir la couleur, vous ne pouvez pas changer la forme par contre, car il s'agit d'une sculpture à part entière. Cependant, à l'intérieur, la finition peut être modifiée, en accord avec l'architecte. Le collectionneur qui l'a achetée l'a décorée d'objets d'art du XVIIIème siècle, en lien avec la tradition des 'folies'."

Nous devrions construire davantage de bâtiments avec de l'or, de l'argent, du titane et du cuivre. Personne ne peut imaginer jeter des matériaux aussi précieux à la décharge.

Comme pour la 'tour de la biodiversité M6B2' de Paris, avec son bardage en titane vert scarabée pour qu'avec le temps, il soit recouvert de plantes comme une forêt verticale, Édouard François a choisi un revêtement en titane pour le pavillon.

Cet architecte est connu pour ses idées avancées sur l'écologie, la durabilité et la matérialité dans lesquelles, curieusement, ce pavillon s'inscrit parfaitement. "Nous devrions construire davantage de bâtiments avec de l'or, de l'argent, du titane et du cuivre. Personne ne peut imaginer jeter des matériaux aussi précieux à la décharge", estime-t-il.

Une vision originale du recyclage, mais pour le moins controversée: ces matières premières ne sont pas inépuisables, elles coûtent très cher et vont certainement attirer les voleurs de métaux. Ou, comme l'exprimait avec piquant un critique: "Si le Parthénon d'Athènes avait été construit en titane, il aurait disparu depuis longtemps."

Edouard François

Il a été nommé 'The Hero of Green Architecture' par le Financial Times pour la Tower Flower, une tour résidentielle parisienne garnie de bambous en pots sur toutes ses faces jusqu'au dernier étage.

Il a fondé son studio d'architecture, d'urbanisme et de design il y a vingt ans.

Il a percé avec Château-le-Lez, ou l'immeuble qui pousse, un bâtiment résidentiel écologique à Montpellier.

Il transforme La Samaritaine de Paris en complexe d'hôtels et de boutiques de luxe pour le groupe LVMH.

Il a conçu pour le galeriste parisien Philippe Gravier le pavillon 'Flower House' de 40 mètres carrés, édité à huit exemplaires et couvert de panneaux en titane.

Il s'est inspiré de sa tour de la biodiversité 'M6B2', au bardage en titane vert.

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