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À la découverte de "L'Ange Volant", l’œuvre absolue de Giò Ponti

Située sur une colline de Garches, à vingt minutes de Paris, la villa L'Ange Volant, bâtie entre 1925 et 1927, fut pensée dans ses moindres détails par Gio Ponti. ©Diorama.eu

La villa "L’Ange Volant" de Giò Ponti accueillera l'exposition d'art contemporain Genius Loci du 16 au 24 octobre. Patrimoine architectural et créations contemporaines s'y côtoieront avec harmonie.

L’Ange Volant

Une villa néopalladienne se dresse, avec fresques, cartouches, appliques en verres de Murano, miroirs gravés, et chérubins ici et là. On pourrait se croire aux abords des rives du Pô. Il n’en est rien: nous sommes à Garches, une banlieue huppée de l’ouest de Paris, à vingt minutes du centre de la Ville Lumière.

La bâtisse a été commandée dans les années 20 par Tony Bouilhet, le propriétaire de la maison d’orfèvrerie et d’arts de la table Christofle. L’industriel est tellement impressionné par le travail de l’Italien Giò Ponti (1891-1979) à l’Exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925 qu’il lui demande immédiatement de lui construire une villa.

Gio Ponti devant la villa "L'Ange Volant". ©Gio Ponti Archives

Ponti s’exécute et réalise un modernisme lyrique, où l’ornement n’est pas un crime. L’exemple même de la maison à l’italienne que le créateur théorise dans sa revue Domus, à l’opposé de la rigoureuse Villa Stein-De Monzie construite tout près de là par Le Corbusier, au même moment. La villa L’Ange Volant devient ainsi la première œuvre d’art total de l’artiste complet qu’est Gio Ponti. L’homme est alors à la fois décorateur, architecte, céramiste et fondateur de la célèbre revue Domus.

"J’ai eu une émotion très forte quand j’ai visité cet endroit. Un lieu magique qui permet de raconter une histoire d’architecture et de vie, une histoire d’amour", raconte Marion Vignal. Car, sur le chantier de construction, Bouilhet rencontre la nièce de Ponti, Carla Borletti, qu’il va épouser. "La maison célèbre l’amour de ce couple, par l’usage de multiples éléments décoratifs qui lui rendent hommage, comme le plafond orné. Il y a une synchronicité entre architecture et histoire personnelle".

Gio Ponti nomme la villa "L’Ange Volant" en clin d’Œil au couple Bouilhet-Borletti qui s’y marie en 1928. On retrouve çà et là un motif d’ange. ©Ambroise Tézenas

Aujourd’hui, la maison est revenue à deux membres de la famille, Sophie Dumas et Marie Bouilhet, les petites-filles de l’entrepreneur, qui l’ont récemment restaurée pour révéler la belle endormie et l’ouvrir à la création.

Quand Giò Ponti rencontre Bas Smets

L’un des premiers projets au sein de la villa restaurée est le programme d’expositions "Genius Loci", initié par de la commissaire d’exposition, journaliste et autrice Marion Vignal. Mais elle ne s’est pas cantonnée à l’œuvre remarquable de Ponti.

"Le public aime quand l’art sort dans la rue", explique Marion Vignal. ©Matthieu Salvaing

"Les artistes présentés combinent toutes les disciplines: ils sont plasticiens, designers, architectes, et sont choisis pour des raisons formelles ou conceptuelles. J’ai sélectionné les artistes intuitivement, par rapport à leurs thématiques de travail ou pour leur style qui résonnent avec l’œuvre de Gio Ponti et, particulièrement, avec cette maison", explique Vignal. On peut ainsi retrouver Michael Anastassiades, Piero Fornasetti, Ico Parisi ou encore Studio KO.

Parmi eux, l’architecte belge Bas Smets et sa compagne Éliane Le Roux ont créé une série de bancs en pierre bleue belge en forme d’aqueduc, renvoyant à la passion de Ponti pour les ponts. C’est une pierre que l’Italien avait également utilisée pour couvrir le sol du grand salon de la villa. Le designer franco-irlandais Damian O’Sullivan, résidant à Bruxelles, présente un vase et un bougeoir double inspiré du thème de l’union, en hommage au bougeoir-flèche créé par Ponti en 1928 pour Tony et Carla, devenu une édition classique de Christofle.

Citons également l’architecte français Franklin Azzi qui signe l’œuvre inaugurale de la maison, "Le Saint", une auréole lumineuse en lévitation dans la cour, élément spirituel qui fait écho à la personnalité croyante et mystique de Ponti. Enfin, l’artiste Milène Guermont signe une silhouette de mode pour Maison Guermont, une œuvre d’art total dans Paris qui fait écho à la démarche globale de Ponti qui allait jusqu’à dessiner ses costumes et ses nœuds papillon. "Il s’amusait beaucoup, ce n’était pas de la provocation, c’était un délire poétique", sourit Vignal.

Franklin Azzi, architecte, signe sa première intervention artistique avec "Le Saint", une installation lumineuse qui flotte dans la cour d’entrée de "L’Ange Volant". ©Genius Loci

Comme Christo et Jeanne-Claude

La locution latine Genius Loci pourrait se traduire par "esprit du lieu" et sied parfaitement au projet proposé par Marion Vignal, conçu comme une déambulation émotionnelle et sensorielle dans l’architecture, à la fois visuelle, sonore et olfactive. "C’est une expérience intime de l’architecture à travers une série d’expositions combinant art et design, dans des lieux au caractère exceptionnel, mais fermés au public. Une véritable immersion qui convoque tous les sens", nous confie la curatrice.

"L’esprit d’un lieu tient du domaine de l’immatériel, de la mémoire sensitive. Pour cette exposition, j’ai invité le compositeur de musique Jérôme Echenoz et le créateur de parfums Barnabé Fillion pour proposer un accompagnement complet dans la maison. Des artistes de différents médias sont amenés à dialoguer avec la villa, pour offrir une expérience de la synthèse des arts".

Le designer Damian O’Sullivan présente un bougeoir double, inspiré du thème de l’union. ©Genius Loci

Le projet ambitionne aussi de révéler des lieux méconnus, parfois liés à l’histoire familiale restée à l’abri des regards pendant plusieurs années, comme dans cette maison de Ponti. Exposer dans une maison privée plutôt que dans un musée ou une galerie fédère le public autour d’un lieu qui lui est davantage familier.

La curatrice précise: "L’architecture ne peut se comprendre que si l’on peut avoir une expérience physique. Aujourd’hui, le public a besoin d’être surpris, de sortir du cadre. Il aime quand l’art descend dans la rue, à l’exemple du succès actuel rencontré par l’installation de Christo et Jeanne-Claude. La célébration de l’art prend alors un caractère collectif et public. Et l’architecture participe à ce phénomène."

Le signal de Vignal

Avec des formations en Lettres modernes et en Histoire de l’Art, menées notamment à Berlin, Marion Vignal vient d’une culture très Bauhaus. "D’où ma prédisposition pour la synthèse des arts", nous confie-t-elle.

Spécialisée dans le design et l’architecture, elle exerce tout d’abord comme journaliste et est l’autrice de plusieurs ouvrages sur l’histoire du design, dont "Femmes designers, un siècle de création", en 2009, bien avant la vague actuelle de célébration de l’apport des femmes dans les disciplines artistiques.

Elle a créé ce programme de valorisation de la création contemporaine et du patrimoine architectural Genius Loci avec "ida M", un studio de conseil éditorial et artistique qu’elle a fondé en 2015. L’exposition éponyme, organisée ce mois d'octobre, représente ainsi sa première action à destination du grand public.

Ce premier opus de Genius Loci inaugure une série d’éditions annuelles. La suivante se tiendra à Paris durant la FIAC 2022, puis à Bruxelles en 2023, dans un lieu encore confidentiel, avant de se poursuivre à Venise, Milan, Londres puis Los Angeles, chaque fois dans une demeure privée à la dimension artistique inédite.

Genius Loci, du 16 au 24 octobre 2021,
à la Villa "L’Ange Volant" à Garches.
Entrée libre sur réservation, visites guidées.
www. geniusloci-experience.com

Il est aussi possible de séjourner à L’Ange Volant.
www.angevolant.com

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