sabato

Bienvenue dans une incroyable maison sur pilotis à Ixelles

La Belgique compte une icône architecturale de plus: une maison sur pilotis de Philémon Wachtelaer. ©Serge Anton

N'y voyez pas une cabane en cuivre ou un nid d’aigle sur pattes. La maison sur pilotis de Philémon Wachtelaer est sans doute la nouvelle construction la plus marquante de Bruxelles.

Cela aurait pu être l’investissement de sa vie. En 1987, l’architecte Philémon Wachtelaer achète un terrain à bâtir à Ixelles pour 1 million de francs belges. Pendant 30 ans, les aléas de la vie l’empêcheront de construire sur cette parcelle d’angle où il voulait réaliser l’œuvre de sa vie. C’est aujourd’hui mission accomplie.

"Cette maison a été conçue sans références: elle est assez forte pour en devenir une."
Philémon Wachtelaer

"Cette maison est un résumé de ma carrière et de ma vision. Mon épouse et moi avons vécu pendant 33 ans dans une maison de maître du quartier Louise. Quand mon épouse a eu 75 ans et moi 69, j’ai voulu construire une maison pour nos vieux jours. Malheureusement, elle est décédée moins de trois mois après notre emménagement. Elle ne l’a jamais vue achevée."

La partie habitation repose sur des colonnes inclinées et le volume de cuivre arrondi épouse la courbe du trottoir. Avec un peu d’imagination, on peut y voir l’initiale de Wachtelaer. ©Serge Anton

Style paquebot

Nous sommes sur la terrasse de sa maison sur pilotis, qui offre une vue imprenable sur Bruxelles, la ville qu’il aime tant. "Je parle trois langues: néerlandais, français et bruxellois", sourit-il. "Cette ville est un beau bordel, un joyeux chaos."

En effet, la skyline est chaotique, mais la vue depuis son "pont" est belle. Au loin, on distingue les courbes du bâtiment Flagey, le plus bel édifice de style paquebot de Belgique. Est-ce cette architecture navale qui l’a inspiré pour sa maison sur pilotis? Ou s’agit-il plutôt d’une cabane en cuivre?

La vue depuis le "pont" de Philémon Wachtelaer. ©Serge Anton

"Il n’y a pas que l’extérieur d’une maison qui compte. La perspective de l’intérieur vers l’extérieur est aussi importante."
Philémon Wachtelaer

"Ni l’un ni l’autre", répond Wachtelaer fermement. "Cette maison a été conçue sans références. Cela peut paraître étrange, mais le concept est assez simple et donc suffisamment puissant pour devenir peut-être une référence en soi. Je voulais absolument concevoir une maison qui rende hommage à son environnement."

"À Bruxelles, il y a assez d’architecture insipide. Je disais toujours à mes jeunes collaborateurs: pourquoi vous laissez-vous guider par l’architecture existante? Le contexte ne peut-il pas vous inspirer pour imaginer quelque chose de nouveau?"

La terrasse offre une vue imprenable sur Bruxelles. ©Serge Anton

Lien avec la nature

Tel un nouveau phare dans la ville, la maison attire tous les regards. Les passants admirent le volume de cuivre arrondi, qui épouse la courbe du trottoir, mais surtout la partie habitation, montée sur des colonnes inclinées qui, avec un peu d’imagination, forment la lettre W de Wachtelaer.

"Le vide en dessous est un jardin urbain, conçu par Erik Dhont. À première vue, il paraît décadent de laisser deux étages ouverts, mais je voulais rendre cet espace à la ville. L’architecture ne se limite pas à occuper des mètres carrés", explique Wachtelaer.

Le vide sous la maison est un jardin urbain conçu par Erik Dhont. Un geste généreux envers les habitants du quartier. ©Serge Anton

"Il ne m’a pas semblé approprié de concevoir ici un volume fermé de cinq étages, qui remplisse toute la parcelle. Cette maison a une relation ouverte avec son environnement. Bien sûr, j’aurais pu remplir tout l’angle, mais j’aurais alors privé les passants de la vue sur le parc en face, ce que je ne voulais pas."

"Maintenant, le soleil brille au travers de ce vide. Même s’il est privé, le jardin est une sorte de geste généreux." Pour l’habillage de la façade, Wachtelaer a également cherché un lien avec la nature. "Je ne trouvais pas le crépi, le Corian ou le béton architectonique intéressants, contrairement au cuivre: ce matériau finira par se patiner dans des tons de vert qui s’intégreront parfaitement au parc et au jardin."

La cuisine Bulthaup est très épurée et s’intègre parfaitement dans cet environnement plutôt minimaliste. ©Serge Anton

L'intérieur

De nombreux habitants du quartier sont venus féliciter Wachtelaer pour sa création audacieuse. Un confrère a cependant qualifié son nid d’aigle de mégalo. "Tous ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas comme ça", déclare-t-il. "Je viens d’une famille simple de Molenbeek, où j’ai vécu pendant 22 ans. Mon père était boucher et ma mère institutrice maternelle. Cette maison est le résultat d’une réflexion sur l’interaction entre l’architecture et la ville, entre l’espace privé et public."

Philémon Wachtelaer est le fondateur d’Archi.be. ©Serge Anton

Philémon Wachtelaer est le fondateur d’Archi.be, président du conseil d’administration du magazine d’architecture A+ et a été partenaire de BURO II & ARCHI+I. Ceux qui connaissent son travail savent qu’il ne se limite pas à concevoir des formes spectaculaires sans réfléchir soigneusement à l’habitabilité.

"Il n’y a pas que l’extérieur d’une maison qui compte. La perspective de l’intérieur vers l’extérieur est aussi importante", déclare-t-il. "Que voyez-vous quand vous êtes assis à la table de la cuisine? Où accrochez-vous votre manteau? Les architectes oublient parfois de réfléchir à ce genre de questions."

Pour éviter de masquer les lignes architecturales et la structure en béton, la décoration est limitée à l’essentiel. ©Serge Anton

À l’intérieur, Wachtelaer voulait une architecture aussi pure et authentique que possible, c’est pourquoi la structure porteuse en béton architectonique est restée aussi nue que possible. C’est aussi la raison pour laquelle, à part le wengé, il a utilisé principalement des matériaux locaux, comme la brique et les tuiles.

La conception de l’intérieur permet de deviner qu’un architecte habite ici: l’intérieur fourmille de clins d’œil architecturaux, comme la cuisine minimaliste Bulthaup, la bibliothèque Jean Nouvel et les sièges Le Corbusier. Ces éléments épurés sont en dialogue avec des meubles anciens, de l’art africain et océanien, des tableaux classiques et des objets de famille.

La bibliothèque signée Jean Nouvel et les sièges Le Corbusier. ©Serge Anton

"Je ne suis pas un collectionneur, mais les objets sont des souvenirs", explique-t-il. "En bas, j’ai une pièce où je bricole sur de vieilles horloges. Il y a quelque chose de philosophique à entendre le temps qui passe." Cette pièce est-elle son endroit préféré dans la maison?  "Non, c’est la douche!", répond-il. "Quand je suis sous ma douche, j’ai une vue sur ce beau bordel qu’est Bruxelles, en stoemelings!"

Lire également

Publicité
Publicité