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Coup d’œil dans une villa sculpturale au bord de l'eau

Visite en avant-première d'une incroyable sculpture en béton à Malines.  ©Filip Dujardin

Le maître d’ouvrage songeait à un cube épuré en crépi, mais Graux & Baeyens Architecten l’ont surpris en lui présentant un chef-d’œuvre en béton, ouvert sur l’extérieur.

Ces dernières années, les randonneurs et cyclistes ont vu émerger une structure étonnante le long du canal Louvain-Malines. Le gros œuvre sans fenêtres ressemblait à une œuvre de land art en béton. Une fois aménagée et habitée, la sculpture a pris figure humaine.

Son occupant, qui avait acheté le terrain il y a dix ans, est un entrepreneur dans le numérique qui préfère garder l’anonymat. "Rétrospectivement, je considère comme un avantage le fait que le processus de construction ait pris autant de temps. Si nous avions été impatients, notre maison aurait eu un aspect totalement différent."

Le maître d’ouvrage avait consulté une douzaine de bureaux avant de porter son choix sur Graux & Baeyens Architecten (GBA), en 2013. "Nous avions débarqué chez les architectes avec un dossier de coupures de presse d’architecture que nous aimions et dont le dénominateur commun était un cube épuré en crépi blanc."

Cette maison représente un jalon dans l’œuvre de Graux & Baeyens. ©Filip Dujardin

Dans ce cas, pourquoi la maison n’est-elle pas un cube en crépi, mais un monolithe asymétrique en béton avec tenons encastrés? "Nous écoutons toujours très attentivement les souhaits du client, mais nous ne nous contentons pas de concevoir juste ce qu’il présente", explique l’architecte Koen Baeyens.

"Notre esthétique n’est pas une formule. La maison est sculpturale et chaque forme a sa raison d’être."
Koen Baeyens

"Nous condensons ses exigences en un concept bien réfléchi, que nous peaufinons pendant des semaines. En interne, nous réalisons au moins 30 avant-projets, mais nous ne les montrons pas au client. Ce n’est qu’une fois que nous avons trouvé une idée centrale, une histoire, un langage formel cohérent permettant l’intégration de tous les éléments que nous le lui présentons."

"Ce n’était pas un cube en crépi blanc, mais le client a tout de suite accepté notre projet. Seule adaptation: les auvents inclinés sont réfléchissants, car les maîtres d’ouvrage voulaient faire affluer le soleil du matin et du soir."

À première vue, la maison évoque une expérience géométrique. ©Filip Dujardin

Expérience géométrique

Le dossier de coupures de presse contenait également une ancienne réalisation de Graux & Baeyens, à laquelle cette maison ne ressemble absolument pas. "Quoi que demande le maître d’ouvrage, nous ne nous basons jamais sur une création antérieure. Nous présentons toujours un one-off, car chaque ensemble d’exigences, chaque parcelle de terrain, chaque orientation est unique", explique Basile Graux.

L’espace de vie est au premier étage, ce qui offre une vue imprenable sur les eaux du canal de Louvain. ©Filip Dujardin

"Certains trouvent dommage que la maison ne soit pas plus indépendante. Mais si cette maison avait été sur un immense terrain au beau milieu d’un parc, sans vis-à-vis ni voisins proches, elle n’aurait jamais ressemblé à ça."

À première vue, la maison évoque une expérience géométrique. Les architectes préfèrent parler de "nécessité esthétique". "Notre esthétique n’est pas une formule. Bien sûr, cette maison est sculpturale, mais chaque forme a sa raison d’être. Basile et moi faisons des esquisses jusqu’à trouver la forme idéale, qui puisse être appliquée de manière cohérente et soit adaptée sur le plan fonctionnel."

Les diagonales de la structure en béton se poursuivent à l’intérieur. ©Filip Dujardin

Il est donc logique que l’espace de vie se trouve au premier étage, d’où l’on a une vue par-dessus la digue jusqu’au canal de Louvain. Il est également logique que les auvents en béton soient inclinés: ils créent ainsi des vues passionnantes de l’intérieur vers l’extérieur et garantissent l’intimité nécessaire dans la cuisine et l’espace de vie.

"Les réactions sont très variées. Cette maison est polarisante et c’est ça qui est intéressant."
Basile Graux

Tout comme il est logique que les trois étages soient légèrement décalés: le bâtiment paraît moins imposant et ne fait pas d’ombre au voisinage. Enfin, il est logique que l’orientation soit en diagonale, afin que le soleil y afflue à l’heure souhaitée."Nous n’avons pas dessiné une maison avec des œillères antisociales pour se protéger. Là où on a besoin d’intimité, la façade en béton est fermée. Là où la lumière doit entrer, les angles sont ouverts. D’où cette façade dynamique."

Cette maison a des œillères pour offrir plus d’intimité mais aussi, comme les trois étages sont un peu décalés, pour sembler moins imposante. ©Filip Dujardin

Caractère imparfait

Graux et Baeyens avaient envisagé une construction à ossature d’acier, mais ont rapidement opté pour une construction en béton. "Je me souviens très bien que notre maquette avait été terminée par une chaude journée d’été. Alors que l’air du ventilateur la faisait bouger, nous avons réalisé que nous avions besoin d’un bon ingénieur."

©Filip Dujardin

Ce fut Mouton, qui a proposé du béton préfabriqué, mais les architectes ont choisi de couler le béton sur place. "Ce processus est plus honnête", estime Baeyens. "Comme le maître d’ouvrage ne voulait surtout pas d’une maison froide, nous avons utilisé un coffrage de planches brutes, ce qui donne à l’architecture un caractère imparfait, fait main."

Béton, acier, noyer et enduit d’argile: il est frappant de constater qu’à l’intérieur aussi, la palette est très limitée. "La réussite de notre architecture ne dépend pas de l’utilisation de coûteux marbres", déclare Graux.

Béton, acier, noyer et enduit d’argile: l’idée est de limiter le choix des matériaux. ©Filip Dujardin

"Nous ne considérons pas une maison comme un objet photogénique, mais comme un roman, dans lequel peuvent se dérouler différentes scènes. Où lisez-vous un magazine? Où enlevez-vous vos chaussures? Quelle est la vue quand vous cuisinez? Quelle doit être la largeur du couloir pour qu’il puisse aussi servir d’espace de jeux? Chez nous, le luxe ne réside pas dans les grandes superficies, mais dans la liberté de pouvoir utiliser certains espaces comme on le souhaite."

"L’atout de cette maison est la vue sur l’eau", ajoute Baeyens. "Mais ce panorama n’est pas visible de partout, ce qui est délibéré. Nous essayons de cadrer le paysage de différentes manières afin qu’il reste passionnant."

L’atout de la maison est la vue sur e sur les eaux du canal de Louvain. ©Filip Dujardin

Cette maison représente ainsi un jalon dans l’œuvre de Graux & Baeyens parce qu’elle est un parti pris très cohérent sur le plan formel. "Les réactions sont diverses: cette maison est polarisante, et c’est intéressant", déclare Graux. "Même les gens qui passent sur la digue font parfois des commentaires à voix haute. Ils trouvent la maison soit superbe, soit affreuse."

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