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L'intérieur 'Mad Men meets Japan' de l'hôtel Okura

The Okura est une icône moderniste à Tokyo ©Bloomberg via Getty Images

Les fans de design vont pousser un soupir de soulagement. Quatre ans après sa démolition, The Okura Tokyo rouvre ses portes. Il aura fallu 48 mois de patience et 937 millions d’euros pour tenir la promesse de James Bond.

Lorsque l’agent secret James Bond arrive à Tokyo dans ‘On ne vit que deux fois’, l’ancien agent britannique Dikko Henderson, qui vit au Japon, sait directement où il va lui réserver une chambre: à l’Okura. “Ensuite, nous allons lever le coude”, lui annonce-t-il. Une promesse que le duo met très vite à exécution dans le Bamboo Bar de l’hôtel.

L'hôtel, qui a ouvert en 1964 pour les Jeux Olympiques, remet le couvert en rouvrant pour ceux de 2020 organisés à nouveaux à Tokyo. ©Bloomberg via Getty Images

En réalité, le bar s’appelait l’Orchid Bar, mais sinon, Ian Fleming savait parfaitement de quoi il parlait quand il a écrit ‘You only live twice’ en 1964, livre qui a inspiré le film. En effet, il avait séjourné à l’Okura deux ans plus tôt, quelques mois seulement après son ouverture, en 1962, année des Jeux Olympiques de Tokyo.

Son fondateur, l’entrepreneur aristocrate Kishichiro Okura, estimait qu’un hôtel combinant modernité occidentale et tradition japonaise serait une niche sur le marché en termes d’architecture, de design et d’approche. Il avait vu juste: dans les décennies qui suivirent, l’hôtel devint légendaire grâce à son intérieur ‘Mad Men meets Japan’ ainsi qu’à sa célèbre clientèle.

The Okura Tokyo a été actualisé et rénové à grands frais, mais dans le lobby flotte encore l’ambiance dorée des sixties. ©Bloomberg via Getty Images

Kishichiro Okura avait donc été extrêmement clairvoyant. Ce qu’il n’avait cependant pas pu prédire, c’est que, 56 ans plus tard, les Jeux Olympiques se dérouleraient de nouveau dans la métropole et que son hôtel ferait l’objet d’une reconstruction radicale. Il y a quatre ans, l’hôtel a fermé ses portes pour les rouvrir le mois dernier, juste à temps pour les JO qui se dérouleront l’été prochain. Au passage, l’Okura Tokyo, devenu The Okura Tokyo, a regardé la mort en face et connaît une deuxième vie.

En 1967, une scène de ‘You only live twice’ a été tournée dans le lobby avec Sean Connery dans le rôle de James Bond.

James Bond n’était pas le seul homme en costume à aimer séjourner à l’Okura. L’hôtel a accueilli tous les présidents américains depuis Richard Nixon, à l’exception de l’actuel, Donald Trump, car l’hôtel était fermé pour travaux de rénovation lors de sa visite au Japon. De hauts diplomates l’ont également fréquenté car il est si proche de l’ambassade américaine qu’au fil des ans, on l’a même surnommé l’annexe. Le Fonds Monétaire International et le G7 s’y sont réunis. Margaret Thatcher, le Prince Charles et la Princesse Diana, Madonna, Michael Jackson et Harrison Ford y ont passé la nuit, et l’Okura accueillait aussi régulièrement John Lennon et Yoko Ono.

Si ces grands noms ont été une bénédiction pour le marketing, l’Okura n’en avait pas réellement besoin: son intérieur et sa façade modernistes spectaculaires étaient suffisamment éloquents. Avec ses lampes pentagonales, sa moquette en damier, sa carte du monde avec les fuseaux horaires, ses grandes fenêtres miroir et ses rideaux en papier de riz motif Asanoha, le lobby surbaissé a acquis au fil des ans un statut d’icône bien mérité.

©Bloomberg via Getty Images

"Que ce soit l’éclairage ou la légère odeur de cigarette qui flottait dans le lobby, y passer un moment était une de ces rares expériences qui vous ramenaient à une autre époque", a déclaré Tyler Brûlé, rédacteur en chef de Monocle, à l’agence de presse Bloomberg. "Aussi animé que soit le lobby, il avait toujours un côté figé."

Actions de sauvetage

La pression concurrentielle des chaînes hôtelières internationales de luxe pour avoir leur part de gâteau se fit de plus en plus sentir à l’approche des Jeux Olympiques de Tokyo. En 2015, les propriétaires japonais de l’Okura annoncèrent leur intention d’ouvrir un nouvel hôtel d’ici 2019: le moderniste Okura Tokyo devait céder la place à un avatar contemporain.

L’Okura de Tokyo a accueilli les riches et célèbres, de Yves Saint Laurent à Bill Wyman. ©Gamma-Keystone via Getty Images

Dévasté par cette nouvelle, Brûlé tente de le sauver de la démolition en lançant une campagne et une pétition en ligne. De son côté, Tomas Maier, ancien directeur artistique de la marque de luxe italienne Bottega Veneta, lance une campagne sur les réseaux sociaux. En vain: le bâtiment est démoli.

Aujourd’hui, quatre ans plus tard, l’hôtel a pris la forme de deux tours parasismiques qui, en plus de l’Okura, abritent également des bureaux. C’est moderne et pourtant, le lobby donne toujours l’impression que James Bond pourrait surgir à tout moment dans le couloir revêtu de panneaux de bois.

©Bloomberg via Getty Images

En effet, l’ancien lobby a été soigneusement reconstitué dans le nouveau bâtiment. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une réplique parfaite (le lobby est désormais plus spacieux), les différences sont à peine perceptibles. Le tapis à motif damier? Check. Les lampes pentagonales? Check. Le plafond en bois? Check.

Les tapisseries en soie, les tables et les fauteuils agencés comme des fleurs de prunier et l’horloge mondiale Seiko désormais numérique, tout y est, fidèle à l’esprit moderniste d’origine, à quelques détails près: en 2019, les escaliers cachent un ascenseur et le plafond dissimule des extincteurs.

La rénovation/reconstruction a été assurée par Yoshio Taniguchi, qui avait réalisé l’annexe du MoMA New York en 1997. ©Bloomberg via Getty Images

Relais père-fils

La rénovation/reconstruction de l’hôtel a été menée par Yoshio Taniguchi, l’architecte japonais principalement connu pour avoir assuré la rénovation et l’agrandissement du Museum of Modern Art à New York, en 1997. Si Taniguchi s’est retrouvé en première ligne à Tokyo, c’est parce qu’il n’est autre que le fils de l’architecte de l’Okura de 1962, Yoshiro Tanigushi. Démolir la construction de son père pour construire une tour encore plus haute à la place, voilà qui aurait réjoui Freud!

©Bloomberg via Getty Images

"Je me suis mis au défi de recréer le lobby conçu par mon père, mais aussi de l’améliorer", déclare Taniguchi Jr, qui a également joué la carte contemporaine en concevant un spa, une piscine et une salle de fitness aménagée sur deux étages, ainsi que d’autres améliorations comme les salles de bains avec des sanitaires Villeroy & Boch.

En même temps, les traditions sont préservées: le restaurant Yamazato fait son retour, avec une entrée séparée pour les VIP, et la clientèle peut toujours avoir ses bouteilles de whisky personnelles à l’Orchid Bar. Changement notable, l’odeur de cigarette a disparu: à la veille des Jeux Olympiques 2020, Tokyo a promulgué des lois très strictes sur le tabac. Box19

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