La biennale de Venise en sept visites architecturales

La Sérénissime est le plus grand musée à ciel ouvert au monde. Elle est réputée pour son architecture gothique, Renaissance et baroque, mais Venise, c’est aussi Calatrava, Scarpa, Koolhaas et Ando. En parallèle de la 59e biennale d’art, voici un parcours architectural à l’écart des sentiers battus touristiques, autour de créations et de transformations modernes. Visite en sept étapes.

1. Gare Santa Lucia, 1934-1954

Architectes: Angiolo Mazzoni, Virgilio Vallot, Paolo Perilli

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©Debora Lauwers

Quand on arrive à Venise en train, on a la chance d’emprunter la gare qui longe la lagune, l’un des rares bâtiments modernistes face au Grand Canal. La gare est construite sur l’ancien site de l’église Santa Lucia qui lui donne son nom, par un trio d’architectes italiens ayant fait leurs armes dans les bâtiments administratifs et ferroviaires: Angiolo Mazzoni (1894-1979), Virgilio Vallot (1901-1982) et Paolo Perilli (1904-1982). Mazzoni est l’un des plus importants et prolifiques architectes italiens des années 20 et 30 et fut l’architecte en chef du ministre des communications et de celui des Chemins de fer de l’État. Vallot est quant à lui l’architecte du siège de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie italienne, situé non loin de la gare et l’auteur de la transformation du pavillon national belge aux Giardini, en 1948. Enfin, Perilli est ingénieur et architecte, il a conçu de nombreuses gares notamment à Rome, Turin et Padoue.

©Shutterstock

La façade rigoureuse et géométrique en pierre d’Istrie est un témoignage clair de l’architecture rationaliste. Ses volumes assez bas ne dominent pas les environs et permettent une bonne intégration au site. De là, le vaporetto vous conduira en quelques minutes dans le dédale des canaux vénitiens.

Fondamenta Santa Lucia.

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2. Hôtel Palazzo Bauer (1949)

Architecte: Marino Meo

©Debora Lauwers

Sa façade austère en travertin interpelle les visiteurs. L’hôtel a été fondé par Monsieur Bauer, influent directeur de l’Hôtel de Ville de Venise, et l’Autrichien Giulio Grünwald, qui a épousé la fille de Bauer. Lors de son ouverture, en 1880, l’hôtel était considéré comme le plus moderne et le plus chic de Venise et devient le point de ralliement de la haute société locale. L’établissement vivote dans les années 30, avant d’être rénové pendant 10 ans par l’architecte italien Marino Meo, à la fin des années 40. Il complète le bâtiment gothique par un nouveau bâtiment sur le campo San Moisè. De l’architecte nous ne savons que peu de choses, si ce n’est la construction, en 1954, "l’hotel piu moderno e elegante d’Europa", Le Bristol de Merano, aujourd’hui détruit.

©Simon Watson

Au Bauer, Meo ajoute le chauffage central et la climatisation - une première à Venise - et construisit au 7e étage le Settimo Cielo: la plus haute terrasse de Venise, jamais dépassée à ce jour. Ne manquez pas d’aller y boire un cocktail ou de vous y restaurer, et de jouir de la vue imprenable sur Santa Maria della Salute. À l’intérieur, mention spéciale pour le mobilier Art déco vénitien et les luminaires somptueux qui rappellent l’atmosphère de cette période faste.

©Simon Watson

San Marco 1459. www.bauervenezia.com

3. Negozio Olivetti, 1958

Architecte: Carlo Scarpa

©Debora Lauwers

À quelques pas de la Fondation Querini Stampalia se trouve le showroom de la société Olivetti, sur la célèbre piazza San Marco. Cette société italienne était un des leaders mondiaux dans la fabrication de machines à écrire et des premiers ordinateurs, peu après la Seconde guerre mondiale. Son design moderne et convivial s’est rapidement imposé comme "le style Olivetti", ce qui concourt à son image de marque.

©Alamy

Pour sa boutique, la société fait appel à Carlo Scarpa, enfant de la cité des Doges (celle-ci lui décerna son Prix d’Architecture, en 1956). En grand expert de l’alliance des matériaux, Scarpa livre ici l’un de ses plus beaux exemplaires. Il aménage l’espace étroit en un enchaînement spatial continu, avec une variété de matériaux et de détails sur lesquels se pose notre regard, crescendo. Un petit bassin d’eau de marbre noir dans lequel flotte une sculpture d’Alberto Vianni, les dalles de pierres aux bords bruts laissés visibles, les rainures dans le mur pour l’éclairage... Chaque élément est remarquablement soigné, jusqu’à la plus petite zone. L’ancien ‘negozio’ est aujourd’hui le siège de la FAI - Fondo Ambiente Italiano, une fondation créée en 1975, qui a pour objectif d’agir pour la sauvegarde du patrimoine italien, de l’art et de la nature.

©Gabriele Bortoluzzi / FAI Agency

Piazza San Marco 101.
Accès au public du mardi au dimanche, de 10h à 18H.
www.negoziolivetti.it

4. Les Chapelles du Vatican, 2018

Architectes: Norman Foster, Javier Corlovàn, Carla Juaçaba

©Debora Lauwers

Lors de la 16e biennale d’Architecture, en 2018, le Vatican a construit dix chapelles dans le parc luxuriant de la Fondation Cini, sur l’île de San Giorgio Maggiore. Dessinées par autant d’architectes de renom venus des quatre coins du monde, dont Javier Corlovan, Norman Foster, Carla Juaçaba et Francesco Cellini, ces créations très diversifiées sont toutes surprenantes et forment une petite oasis architecturale et spirituelle. Toutes paraissent hors du temps et de l’espace, et nous offrent une véritable expérience sensorielle. "Je ne voulais pas faire une exposition d’architecture avec des projets qui restent à l’état de dessins ou de maquettes. L’architecture est quelque chose qui se vit", explique le commissaire du pavillon Francesco Dal Co.

©Alessandra Chemollo

En 2018, elles ont attiré quelque 140.000 visiteurs en six mois, soit la moitié de la fréquentation totale de la Biennale. À l’origine, elles devaient être démontées puis reconstruites dans des localités qui n’ont pas de lieux de culte. Aujourd’hui, elles sont toujours en place et on peut les découvrir sur rendez-vous avec une visite guidée organisée par VisitCini.

©Alessandra Chemollo

Domaine de la Fondation Cini, île San Giorgio,
Maggiore, www.visitcini.com

5. Pont de la Constitution, 2008

Architecte: Santiago Calatrava

©Debora Lauwers

Également connu sous le nom de "pont de Calatrava", il relie le piazzale Roma avec la sortie sud de la gare. L’architecte-ingénieur espagnol au style organico-futuriste est un habitué des ponts. Il l’a conçu hors site pour ensuite le déplacer et l’installer sur place. Sa portée d’environ 80 mètres en fait le plus long des ponts qui permettent de traverser le Grand Canal à pied. Sa structure est en métal peint en rouge foncé, une couleur qui rappelle le décor typiquement vénitien. La rampe et certaines parties des marches sont en verre, ce qui lui apporte l’élégance de la transparence. Un ouvrage complexe dans une matière fragile, qui doit pourtant résister aux mouvements et à la déformation.

©Shutterstock

Ponte della Constituzione

6. Fondaco dei Tedeschi, 2016

Architecte: Rem Koolhaas

©Debora Lauwers

Cette ancienne maison de commerce des peuples allemands fut érigée au XVIe siècle sur le Grand Canal, au pied du Rialto. Elle fait partie des plus importants bâtiments de style Renaissance de la ville et est le troisième plus grand bâtiment après l’Arsenal et le Palais des Doges. Elle a longtemps été la poste centrale de Venise jusque dans les années 2000. En 2008, le groupe Benetton la rachète et nomme l’architecte néerlandais Rem Koolhaas (1944) du studio OMA comme responsable de la planification pour transformer ce bâtiment de 9.000m2 en temple du shopping de luxe.

©Delfino Sisto Legnani et Marco Cappelletti - DFS Group

Le premier projet est refusé, car il ne respectait pas les dispositions historiques du bâtiment. Dans la seconde version, Koolhaas exhume la beauté étrange de ce bâtiment historique, avec ses multiples arcades et ses sols en terrazzo. Ses interventions audacieuses bousculent la tradition, comme les escaliers rouges, visibles depuis la cour par de grandes ouvertures circulaires. La décoration intérieure a été confiée à l’architecte anglais Jamie Fobert (1962). Contrairement à Koolhaas, Fobert ne s’est pas plié au principe d’une différenciation claire entre les éléments d’origine et les interventions contemporaines, si bien qu’il emploie une multitude de matières: cuivre, laiton, aluminium, marbres divers et textiles variés.

©Marco Cappelletti

Mais le must see est sans conteste le toit-terrasse panoramique qui offre une vue imprenable sur les îles de la lagune, les dômes de San Marco et les campaniles. Cela nous rappelle qu’à l’époque de leur construction, ils ont aussi souvent été jugés trop extravagants.

Calle del Fontego dei Tedeschi. Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h. La visite du toit-terrasse est gratuite, mais limitée à 15 minutes. Réservation indispensable via www.dfs.com/fr/t-fondaco-rooftop-terrace

7. Giardini della Biennale

©Debora Lauwers

Le site des Giardini fait partie des lieux d’exposition les plus exceptionnels au monde. Chaque pavillon national a sa conception particulière, et il représente plus de 100 ans d’architecture. La Belgique est le premier pays étranger à y faire construire son pavillon, en 1907, dessiné par l’architecte belge Léon Sneyers en style Sécession. Son aspect actuel est l’œuvre du Vénitien Virgilio Vallot (1948). Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pavillons modernes sont construits, dont le pavillon suisse, construit par Bruno Giacometti (1952), quasi entièrement éclairé par la lumière naturelle. Juste à côté, le pavillon du Venezuela, réalisé par Carlo Scarpa (1956), est souvent considéré comme le plus beau des Giardini. On y retrouve son amour du détail, notamment les fenêtres-bandeaux verticales qui se poursuivent jusqu’au toit, ouvrant sur le ciel et les arbres des alentours. Pour la Finlande, Alvar Aalto dessine une petite structure en bois provisoire (1956), qui existe toujours. Le revêtement extérieur se présente encore aujourd’hui comme une construction brute avec ses renforts blancs triangulaires sur fond bleu.

Les giardini sont ouverts tous les jours de 10h à 18h. Les pavillons sont accessibles pendant la biennale. www.labiennale.org

Carte des visites architecturales

©Illustratie Alley Studio
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