La cité onirique de "La Scarzuola", œuvre de l'architecte Tomaso Buzzi

L'architecte Tomaso Buzzi fit construire en Ombrie son domaine de La Scarzuola. Un ensemble unique qui fait de références mythologiques, à travers l'objectif de Stefan Giftthaler.

Dans son domaine de La Scarzuola (Ombrie), l'architecte Tomaso Buzzi (1900-1981) a donné corps à la matière de ses rêves. En retrait du monde, ce représentant de l'avant-garde milanaise des années 1920 et 1930 a commencé la construction de cet ensemble onirique et ésotérique en 1958, sur les terrains d'un couvent bâti sur le site où, selon la tradition, Saint François d'Assise aurait vécu huit-cent-quarante ans plus tôt, dans un abri fait de plantes marécageuses (scarza).

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L'architecte, né dans une famille lombarde fortunée, a élu domicile dans cette région centrale de l'Italie qui jouxte la Toscane, les Marches et le Latium, après une carrière passée à assouvir les désirs de beauté de la grande bourgeoisie milanaise en tant qu'architecte, décorateur et designer. Prospérant à l'ombre du fascisme avant de profiter des années brillantes de l'après-guerre du miracle économique italien, il a contribué à l'édification de demeures princières aux lignes claires.

©Stefan Giftthaler

Pourtant, dans son couvent onirique, Tomaso Buzzi veut quitter un univers régi par les lois de la puissance économique et du goût du moment pour mieux embrasser une existence plus introspective et spirituelle. Il abandonne son esthétique d'avant-garde et la pureté de ses angles droits pour faire sortir de terre un monde labyrinthique et symbolique, reflet de son imaginaire.

Acropole imaginaire

Tomaso Buzzi a composé une anthologie architecturale en sept théâtres, parcourus de motifs occultes et de citations à des édifices du passé, rappelant sa vocation de grand collectionneur. On reconnaît dans le tuf de La Scarzuola des formes empruntées à la Villa Adriana, bâtie au IIe siècle près de Rome, ainsi qu'à la Villa d'Este voisine, chef-d'œuvre de l'architecture italienne du XVIIe siècle.

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Quand on visite La Scarzuola, on a l'impression de rêver entre sept théâtres et sept monuments, dont une tour de Babel (à gauche).
©Stefan Giftthaler

Près d'un théâtre à l'antique, Tomaso Buzzi a érigé une acropole imaginaire où les lieux et les époques sont réunis par les artifices de la mémoire. Le Parthénon y jouxte le Colisée et le Panthéon, tous trois dominés par la silhouette d'un campanile italien. Seule forme humaine émergeant de ce labyrinthe aussi désert qu'une gravure de ruine romantique, un monumental buste nu de femme se tient à l'emplacement choisi par Tomaso Buzzi pour ériger le "temple d'Éros", achevé par son neveu et actuel maître des lieux, Marco Solari. En contrebas, dans le jardin, s'élève la "Tour de la méditation et de la solitude", une fausse ruine percée d'ouvertures en spirale.

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"Je tiens à obtenir la fascination de l'inachevé, qui est similaire à celle des ruines, les deux donnant à l'architecture cette quatrième dimension qu'est le temps." Cette citation, attribuée à Tomaso Buzzi, illustre le programme d'un créateur qui ne renoncera à construire son œuvre intime que trois ans avant sa mort. Inspiré par les peintres italiens du XVIIIe siècle, l'architecte semble avoir vu à travers les ruines le symbole d'un point de passage entre le monde des vivants et le monde des morts.

Loin de ses maisons d'avant-garde, l'architecteTomaso Buzzi a construit en Ombie à la fin des années 1950 une ville onirique pleine de symboles mythologiques et ésotériques.
©Stefan Giftthaler

Reflets sur pellicule

Son corps ne repose pas à La Scarzuola. Tomaso Buzzi y a pourtant bâti un mausolée à son âme. Sa création, a-t-il écrit, représente le "monde (…) dans lequel j'ai eu la chance de vivre et de travailler, [monde] de l'Art, de la culture, de la mondanité, de l'élégance, des plaisirs – aussi des vices, de la richesse, et des pouvoirs – dans lequel, cependant, j'ai fait place à des oasis de recueillement, d'étude, de travail, de musique et de silence (…): le royaume de la fantaisie, des fables, des mythes, des échos et des réflexions hors du temps et de l'espace (…) Chacun peut y trouver des échos du passé même et des notes de l'avenir…"

C'est ce monde, où les obsessions singulières d'un homme peuvent entrer en résonance – d'une époque à l'autre – avec celles de tous ses semblables, que le photographe milanais d'adoption Stefan Giftthaler a arpenté, en recueillant les reflets sur pellicule avec son appareil "moyen format", dans les brumes d'un matin chassées au fil des heures par un grand beau soleil d'automne.

La "Tour de la méditation et de la solitude".
©Stefan Giftthaler

La Scarzuola
| À Montegabbione (Ombrie)
| Ouverte aux visiteurs
| Site web | lascarzuola.it

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