sabato

"Notre bâtiment ne devait pas être une grosse Porsche noire qui, tel un monstre massif, gâcherait la vue sur la mer"

Projet des architectes John Körmeling en Compagnie-O. ©Tim Van de Velde

L'architecte John Körmeling offre à Knokke un poste de sauvetage visible de loin qui permettra aux sauveteurs de surveiller 11 kilomètres de plage.

What's new?

Un pavillon de plage multifonctionnel qui abrite le poste principal des sauveteurs, des toilettes publiques, une salle de premiers soins et un bureau de police. En cas d'urgence, le pavillon peut même servir de centre de crise. Il trône au niveau de la Lichttorenplein, où se trouve également l'office de tourisme.

Depuis leur vigie, les sauveteurs surveillent 11 kilomètres de littoral. ©Tim Van de Velde

Pourquoi est-il si spécial?

Ou plutôt: qu'est-ce qui n'est pas spécial dans ce pavillon? En effet, ce poste de sécurité ne ressemble en rien à ses homologues. Le plus frappant est sa couleur jaune vif rappelant un canard de bain, un jouet de plage, une bouée, un poussin ou le soleil.

Cette couleur "jaune signal" est une balise sur la plage, idéale pour les enfants perdus. Sa forme ronde est également surprenante, de même que la vigie du haut de laquelle les sauveteurs surveillent les 11 kilomètres de côte.
Sans parler des lettres lumineuses 'Dames en Heren' qui trônent sur le pavillon comme s'il s'agissait d'un cirque, mais indiquent simplement les toilettes aux baigneurs.

Son look 'luna park' rappelle la jetée de Brighton et de Blackpool Pleasure Beach, deux sources d'inspiration pour les architectes. Le pavillon est dédié à la sécurité, avec de nombreuses zones privées, comme la salle de premiers secours et la salle d'accueil.

Cependant, cette "machine à surveiller" a l'air si joyeuse et accueillante qu'on l'oublie tout à fait. Les murets de béton qui s'enroulent autour, idéaux pour se reposer ou jouer, sont également très ingénieux. L'ensemble du bâtiment est enveloppé de Polyurea, une membrane imperméable, antirouille et sans joints qui est également utilisée à Plopsaland, à La Panne. exemple.

©Tim Van de Velde

Qui est l'architecte?

Le Néerlandais John Körmeling, ingénieur-architecte, artiste et véritable bâtisseur. "Pour moi, la côte belge est la plus belle qui soit", déclare-t-il sans pointe d'ironie dans la voix. "C'est le meilleur concept urbain que je connaisse: une ville linéaire étirée, avec un espace naturel et agricole à l'arrière, dans lequel on ne peut entrer qu'en tracteur ou à cheval."

Le bâtiment accueille aussi une salle de premiers secours aux teintes vertes. ©Tim Van de Velde

Körmeling aime venir sur la côte belge, explique-t-il lorsque nous l'appelons dans son atelier à Eindhoven. "Juste pour voir à quel point elle est belle. Le tram qui longe la côte est incroyable!"

Humoristique, léger et ludique, le pavillon affiche clairement la signature de l'architecte. Les lettres lumineuses qui s'adressent au public sont nées de sa boîte à outils, mais sa main est également visible dans le caractère ouvert du bâtiment. "Je voulais introduire un côté festif, la même ambiance joyeuse que dans les villes côtières du sud de l'Angleterre, comme Brighton."

Le travail a été mené en collaboration avec l'agence Compagnie-O, basée à Gand. Bien qu'en lice avec une centaine d'autres agences, ce tandem Gand-Eindhoven a remporté le concours lancé par Knokke-Heist. "John venait nous voir tous les vendredis après-midi, avec un tas de petites maquettes soudées", témoigne Francis Catteeuw, de Compagnie-O.

"Nous nous sommes très vite retrouvés sur la même longueur d'onde. Il a une grande expertise technique, il parle le langage architectural et il remet tout en question. Il voulait déplacer le pavillon de la digue vers la plage et plus en direction du Zwin pour qu'il soit au soleil et plus accessible aux véhicules d'intervention. Et parce qu'il ne gênerait pas la vue sur la mer de la digue. Pour nous, ce dernier point était essentiel, presque une discussion éthique. Toute la digue est déjà entièrement construite. La seule chose qui reste, c'est l'horizon ininterrompu de la mer, et nous ne voulions en priver personne."

"Notre bâtiment ne devait pas être une grosse Porsche noire qui, tel un monstre massif, gâcherait la vue sur la mer."

Körmeling ajoute: "Nous ne voulions pas gâcher la vue sur la mer. Notre bâtiment ne devait pas être une grosse Porsche noire qui, telle un monstre massif, obstruerait la vue."

Ils ont eu gain de cause: le pavillon final se trouve au nouvel emplacement et ressemble point par point au projet du concours. Ou presque: "En fait, nous voulions que le poste de surveillance puisse monter et descendre, afin de permettre au pavillon d'hiberner", ajoute John Körmeling. "Mais cela s'est avéré trop complexe sur le plan technique et trop coûteux."

"À un moment donné, la commune a suggéré que le pavillon soit beige", poursuit Catteeuw. "Ce à quoi nous avons répondu: 'no way'. Il sera jaune ou ne sera pas." Mission accomplie.

Quelles sont ses réalisations?

Au Middelheim, à Anvers, le pavillon 'Artiesteningang' est inspiré des stations-service américaines fifties. ©Joris Casaer

Il a réalisé un pavillon pour l'entrée publique du musée Middelheim à Anvers, sur le Lindendreef. L'édifice a reçu le nom humoristique d'Artiesteningang (entrée des artistes) et s'inspire des stations-service américaines des années 1950. Le pavillon est blanc, mais paraît rose en raison du reflet du sol en béton rouge vif. Comme dans le pavillon de sécurité de Knokke, il est également surmonté de lettres qui, ici, forment des noms d'artistes représentés dans le parc de sculptures.

L'emblématique maison du rond-point de Hasselt, à Tilburg. ©Hollandse Hoogte / Flip Franssen

Dans la ville néerlandaise de Breda, il a construit un pavillon similaire abritant un café.

Sa maison tournante située sur le rond-point de Hasselt, à l'entrée de la ville néerlandaise de Tilburg, est également iconique. La maison habillée de briques effectue un tour complet du rond-point en 53 minutes.

Körmeling s'est fait connaître en représentant les Pays-Bas à l'Exposition universelle de Shanghai en 2010 avec le pavillon 'Happy Street', qui a accueilli 80 millions de visiteurs. ©ANTOINE DUHAMEL

Sur le plan international, Körmeling s'est fait connaître en représentant les Pays-Bas à l'Exposition universelle de Shanghai en 2010. La 'Happy Street' était - comment pourrait-il en être autrement? - un pavillon atypique, sans portes ni files d'attente. Le Néerlandais avait construit une rue de 450 mètres de long, où les visiteurs pouvaient simplement se promener et avoir un aperçu de l'histoire de l'architecture néerlandaise. Il a construit l'installation seul, un travail à plein temps qu'il a réalisé en quatre ans, mais qui a accueilli 80 millions de visiteurs.

Actuellement, il travaille avec Jan De Nul à un poste d'observation des oiseaux sur l'île de Texel, dans la mer des Wadden, et aménage l'entrée du nouveau dépôt du Musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam.

Quand a-t-il été achevé?

©Tim Van de Velde

Le pavillon de sauvetage de Knokke a été officiellement mis en service le 11 mai, soit exactement quatre ans après la publication du concours d'architecture.

Lire également

Publicité
Publicité