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Visite guidée dans la ferme-château de l'ex-CEO de Galapagos

Onno van de Stolpe et José Van Tol ne regrettent pas une seconde d'avoir acheté leur ferme-château, même si les travaux de rénovation sont conséquents et se sont parfois avérés plus coûteux que prévu.

Il y a un an, Onno van de Stolpe annonçait sa démission de la biotech Galapagos. L’ancien CEO s'est lancé dans la rénovation de la ferme-château de Falaën, près de Dinant.

La cour de la ferme-château de Falaën est imposante. Des dizaines d’hirondelles fendent l’air. Au milieu se dresse un obélisque. "Au Moyen Âge, un pilori se trouvait à l’extérieur du village: il a ensuite été transféré ici", explique Onno van de Stolpe (62 ans), ex-entrepreneur en biotechnologie et propriétaire. Malgré le caractère majestueux de cette ferme-château du XVIIe siècle, l’atmosphère est chaleureuse et accueillante.

Falaën est un village pittoresque situé au cœur des Ardennes, à environ dix minutes de Dinant. Une route de campagne étroite et sinueuse mène à la ferme château du retraité et de sa compagne, José Van Tol (61 ans). Nous arrivons devant une grille en fer forgé qui s’ouvre automatiquement. Souriants, le châtelain et sa dame nous attendent sous le porche. Nous sommes également accueillis par les deux gardiens du domaine: Beer et Leeuw, deux gigantesques bouviers bernois. Ma robe noire se voit gratifiée d’un nouvel imprimé composé de bave et d’empreintes de pattes de chien boueuses. Onno van de Stolpe et José Van Tol se répandent en excuses. D’emblée, il est clair que les lieux sont autant ferme que château.

La ferme château de Falaën (XVIIe siècle) est un monument protégé. Cela n’a pas rendu la rénovation plus facile.

Adieu Galapagos

"En réalité, une soirée parfaite au château se déroule très simplement", sourit José Van Tol. "J’adore m’asseoir dans la cour avec Onno et siroter un bon verre de vin. Au crépuscule, les hirondelles qui ont fait leur nid sous les corniches des fenêtres volent très bas. J’adore les regarder!"

"L’hiver, nous aimons passer du temps près du feu ouvert, pour lire un livre ou jouer à un jeu de société", poursuit Onno van de Stolpe. "Nous ne pouvions pas installer le chauffage au sol, car cela aurait endommagé les sols en bois et en pierre historiques. Une grande partie de la chaleur est donc fournie par les grands feux ouverts. Pendant les mois d’hiver, rentrer du bois de chauffage fait partie de notre routine quotidienne."

"Hormis les travaux de restauration, il ne se passe pas grand-chose ici. Le temps passe plus lentement, c’est pourquoi nous aimons tellement cet endroit", ajoute-t-il. "Par contre, les magasins ferment très tôt, ce qui est plus ennuyeux." D’autant plus si une réunion Zoom traîne en longueur.

"Je suis heureux d’avoir pu laisser Galapagos entre les mains de Paul Stoffels", affirme l’ex-entrepreneur. "Il est la bonne personne pour donner un nouveau cap à l’entreprise. Je ne suis d’ailleurs pas tout à fait retraité, car je siège encore dans certains conseils d’administration et je conseille quelques CEO dans le secteur de la biotech."

Onno van de Stolpe et sa compagne ont travaillé avec des entrepreneurs locaux, car la ferme-château fait partie de l'histoire de ces derniers.

Il y a exactement un an, Onno van de Stolpe annonçait son départ en tant que CEO de Galapagos, l’entreprise de biotechnologie qu’il avait fondée en 1999 et qui fut, pendant des années, le chouchou de la Bourse de Bruxelles. Mais, en 2020 et 2021, l’entreprise a essuyé une série de revers: d’abord, l’autorité américaine du médicament a interdit le Jyseleca, le traitement de Galapagos contre la polyarthrite rhumatoïde (en Europe, les ventes se déroulent sans problème). Ensuite, le deuxième produit le plus prometteur de la biotech, le Ziritaxestat, a été abandonné. Ce médicament contre la fibrose pulmonaire présentait des risques d’effets secondaires mortels.

Sous la direction de Paul Stoffels et suite à deux acquisitions prometteuses, Galapagos a pris un nouvel élan, tandis qu'Onno van de Stolpe troquait l’univers international et trépidant de la biotech pour une vie plus simple dans la campagne wallonne. "Tous les jours, je fais des travaux. Il y a toujours quelque chose à faire!", sourit-il. "Entre le forage et le cassage, j’enfile une chemise propre et je m’assieds devant mon ordinateur pour participer à des réunions Zoom. Un jour, un collaborateur m’a complimenté pour mon joli bronzage: c’était juste une épaisse couche de poussière!"

Le couple a choisi la Wallonie en toute connaissance de cause: une région pas trop éloignée des Pays-Bas, avec une langue et une culture différentes et un environnement magnifique.

Coup de foudre

"Quand nous avons acheté ce château, il y a trois ans, il était non seulement rempli de déchets et de poussière, mais aussi de pigeons morts. Pourtant, ce fut le coup de foudre", se souvient l'ancien entrepreneur. "Nous recherchions un bien qui soit le plus possible dans son jus. Bien sûr, il y a encore du pain sur la planche, mais au moins, nous pouvons laisser notre marque sur la restauration."

"Nous avons délibérément choisi la Wallonie", confie-t-il. "Nous voulions une maison dans une région pas trop éloignée des Pays-Bas, mais avec une culture et une langue différentes. Et la nature environnante devait être magnifique. En optant pour la Wallonie, on cochait toutes les cases." 

Le couple s’est personnellement chargé des aménagements intérieurs, ce qui ne fut pas une mince affaire, car la ferme-château compte plus de vingt pièces. ©Alexander D'Hiet

"Nous avons trouvé cette propriété sur Immoweb après un seul jour de recherche", se souvient José Van Tol. "Après la rénovation de notre maison de campagne du XVIIIe siècle à Leyde, nous étions prêts à relever un nouveau défi; ce sera probablement le dernier. Ces travaux nous occupent depuis plus de trois ans déjà. Nous avons tous deux la soixantaine et une fois la rénovation terminée, nous voudrons en profiter."

Actuellement, le couple fait toujours la navette entre Leyde et Falaën. "Comme le fils d’Onno est à l’école secondaire à Leyde, nous sommes aux Pays-Bas la moitié du temps. Lorsqu’il ira à l’université, nous nous installerons probablement ici de façon permanente", précise José Van Tol.

Monument classé

La ferme château du XVIIe siècle est un monument classé. "Cela ne facilite pas la rénovation", confirme Onno van de Stolpe. "Nous avons dû soumettre tous nos plans à l’Agence wallonne du patrimoine. Nous étions loin d’être toujours d’accord, ce qui a entraîné d’énormes retards. Cette bureaucratie peut être épuisante. Par exemple, nous voulons enlever l’asphalte de la cour. Bien qu’il ne soit pas un élément d’origine, nous avons tout de même besoin d’un permis et cela dure depuis plus d’un an déjà."

"Par contre, nous étions ravis de pouvoir construire une piscine dans le verger", ajoute José Van Tol. "Ce luxe en fait une vraie maison de famille et de vacances."

"Quand nous avons acheté le château, il n’y avait qu’une seule toilette en état de marche!", s’exclame Onno van de Stolpe en riant. Aujourd’hui, ce problème sanitaire est réparé: il y a six salles de bain pour les huit chambres. "Nous adorons être au château rien qu’à nous deux, mais ça n’arrive en fait pas très souvent", sourit sa compagne. "Il y a très souvent des amis ou de la famille."

Pour les gros travaux de rénovation, le couple a fait appel à deux architectes. "Mon fils, Robert Verheij, a un studio d’architecture à Amsterdam, Office RBGV. Parallèlement, nous avons travaillé avec Altstadt, un bureau d’architecture belge qui a supervisé la rénovation de la Gare Maritime de Bruxelles à Tour & Taxis", explique José Van Tol.

Quant à l’aménagement intérieur, le couple s’en est chargé lui-même. Ce qui ne fut pas une mince affaire, car la ferme-château compte plus de vingt pièces. "Nous avons opté pour un mélange d’ancien et de nouveau", explique le propriétaire. "Nous avons écumé les ventes aux enchères et les brocantes, où l’on peut chiner de magnifiques meubles anciens pour une bouchée de pain, car plus personne n’en veut. Seul cet ensemble de sièges africains, en forme d’éléphant, nous a coûté très cher, mais nous le voulions absolument."

Passion restauration

"Mon amour des vieilles maisons, des brocantes et des meubles anciens ne me vient pas de ma famille", reconnaît Onno van de Stolpe. "Pendant mon enfance, nous avons déménagé trois fois, toujours dans des maisons neuves. Quand je suis allé à l’université, je me suis installé avec des copains dans une maison d’étudiants du XVIIIe siècle, décrépite, mais superbe. Ensemble, nous nous sommes mis à la rénover petit à petit."

C’est également pendant ses années d’études qu’il a rencontré José Van Tol. "Nous étions en couple à l’époque, mais nous avons ensuite pris des chemins différents." Ils se sont retrouvés il y a six ans. Pour José Van Tol, la ferme-château n’est d’ailleurs pas non plus le premier projet de restauration. "Lorsque j’avais une bonne vingtaine d’années, j’ai rénové une maison de vacances au Portugal", explique-t-elle.

Onno van de Stolpe s’est davantage intéressé aux bâtiments historiques quand il s’est installé en Californie pendant cinq ans, pour raisons professionnelles. C’est étonnant vu que là-bas, le neuf a la cote. "À Los Angeles, une maison sert pendant quarante ou cinquante ans et puis, on la démolit pour construire quelque chose de neuf et de plus grand. Je trouve ça terrible. Dans une maison qui a plusieurs siècles, l’atmosphère est complètement différente."

José Van Tol aime cuisiner. "Quand j’ai déballé mes ustensiles de cuisine, j’ai enfin eu le sentiment d’être chez moi." ©Alexander D'Hiet

Poutres pourries

À gauche de la salle à manger, quelques marches descendent vers le cœur de la ferme-château, une cuisine étonnamment petite, mais cosy. La propriétaire des lieux aime y passer du temps. Au-dessus de la cuisinière, une collection de casseroles en cuivre scintille sur une étagère. "C'est quand j’ai déballé mes ustensiles de cuisine des cartons de déménagement que j’ai enfin eu l’impression d’être chez moi", se souvient celle qui, il y a cinq ans encore, dirigeait son entreprise de catering.

Le couple a cependant été confronté à la dure réalité. "On a beau définir un budget qui voit grand, il y a toujours des frais supplémentaires", déclare Onno van de Stolpe. "Nous savions que la restauration serait un travail énorme et nous avions prévu d’y consacrer un montant important. Nous pensions être certains de nous en sortir, mais il y a toujours des poutres pourries et des murs disloqués qui font exploser le budget et les factures."

"J’étais très impatient. Avec moi, il faut aller de l’avant. Au cours de la première année, comme je trouvais que cela prenait trop de temps, j’ai décidé de faire certains travaux moi-même. Mes premiers achats? Un tracteur Deutz de 1959 et un marteau-piqueur, avec lequel j’ai enlevé du béton un peu partout. Je l’ai tellement utilisé que, pendant des semaines, j’ai senti mon corps trembler pendant mon sommeil."

"Le moment où l’entrepreneur est arrivé avec 15 hommes de métier a été un soulagement. Le travail de rénovation pouvait enfin commencer! Maintenant, je me demande parfois si je n’étais pas trop impatient. J’aurais peut-être dû profiter davantage du moment présent."

Villageois

L’entrepreneur en question vient d’un village voisin. Le forgeron et les électriciens (père et fils) habitent Falaën. "Nous voulions, dans la mesure du possible, travailler avec des gens des environs, car la ferme-château fait partie de leur histoire", explique Onno van de Stolpe. D’ailleurs, il est facile de trouver en ligne des informations concernant cette histoire: elle a sa page Wikipédia et est également présente sur Tripadvisor, avec 3,5 étoiles sur 5.

"Nous trouvons que c’est trop peu, mais bon, les avis datent d’avant la restauration." Nous ne savons pas si la fête que le couple a organisée pour les villageois au début de l’été avait pour but d’améliorer ce score. "Nous avons reçu énormément de réactions enthousiastes", se félicite José Van Tol. "Une vieille dame, qui avait passé beaucoup de temps ici quand elle était jeune, a expliqué qu’il était agréable de pouvoir y retourner. Nous sommes bien conscients du fait que nous ne sommes que de passage ici. Nous voulons lui redonner sa gloire d’antan et la préparer à affronter les cent prochaines années."

Il y a quand même eu une critique négative: "Ils auraient au moins pu nettoyer les fientes d’oiseaux sur les fenêtres", a déclaré une visiteuse. Manifestement, tout le monde n’apprécie pas le vol des hirondelles dans la cour.

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