Gott fait des miracles

L’américain Joel Gott est un maître des saveurs. Pourtant, il ne possède pas de vignes à lui : il achète ses raisins à gauche et à droite, mais en les sélectionnant avec soin. Il faut dire que ce passionné n’a pas son pareil pour élaborer de divins assemblages mono-cépage. reportage : Stéphane Godfroid photos : Briana Marie/J.M. Goudesone

Il s’en est fallu de peu pour qu’il ne soit jamais question du vin de Joel Gott, ni de la cinquième génération d’une famille de viticulteurs californiens de la Napa Valley, d’ailleurs. " Quand j’ai eu l’occasion de reprendre Montevina, le domaine de mon père, ça ne me disait rien ", explique Joel.

Avec son frère Duncan, il voyait à l’époque plus d’opportunités dans la reprise de la chaîne de fast-food Taylor’s Refresher, où les frères Gott ont insufflé leur interprétation très orienté bio. Depuis, ils ont ouvert trois fast-food, baptisés Gott’s Roadside à Napa, à San Francisco et à St. Helena, où vit Joel. Quelques années plus tard, Joel rencontrait Sarah Pelkan, fille de viticulteur, ce qui remit le vin au premier plan. Une histoire d’amour aussi, car Gott demanda à Sarah d’arrêter ses études de vétérinaire pour suivre une formation de viticulteur et d’œnologue. Une proposition qui s’avéra payante.

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Joel Gott, qui voyait à nouveau un avenir dans le vin, fonda Joel Gott Wines en 1996 et, un an plus tard, épousa Sarah. Aujourd’hui, cette dernière est non seulement œnologue sur son propre domaine, mais aussi consultante pour deux autres maisons : Blackbird Vineyards et Clif Family Winery. Une deuxième œnologue, Alisa Jacobson, est venue seconder Sarah en 2003.

Gone with the wind

Gott n’est pas pour les petits vignerons qui travaillent dans leur propre vignoble. Il n’est pas attaché à un seul domaine, ou " estate " comme on les appelle en Californie. " I am not a huge estate person ! ", explique-t-il en riant. Il adore le métier du vin, mais se concentre pleinement à l’élaboration du breuvage proprement dite, l’assemblage de jus de raisin. Le jus d’un seul cépage, provenant de vignobles très divers. " Je fais le vin comme je crois qu’il doit être fait ", explique Gott. " I want to blow people away with what’s in the bottle. " Pour son cabernet sauvignon " 815 " par exemple, Gott va chercher son raisin dans la Vallée de Napa, sur la côte de Mendocino, à Paso Robles et dans la région de Lake County.

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" Les œnophiles européens ne sont sans doute pas habitués à cette manière de travailler ", précise-t-il. " Chez vous, seules les coopératives le font, or elles ont une connotation négative. Mais qu’y a-t-il de mal à acheter du bon raisin ? La qualité de la sélection est déterminante. Je ne trouve pas que ce soit jouer avec les saveurs. Quand j’effectue un assemblage, je recherche une structure équilibrée. "

Selon Gott, le cabernet sauvignon cultivé dans les régions situées en altitude est tout à fait différent de celui cultivé dans les vallées. " Et jouer avec ces différences est tout un art. Pour moi, c’est là que réside le métier de vigneron. Cela me permet d’élaborer les meilleurs assemblages que la Californie puisse offrir. "

Joel Gott me fait prendre conscience du fait que faire du vin est un travail d’équipe. " Et ce processus commence dans les vignes. Nous suivons le raisin de très près. Toutes les personnes de la winery participent. Pour l’assemblage, nous pouvons procéder de manière très subtile. En aucun cas, le résultat final ne peut être une bombe de cerises ou une bouteille exagérément fruitée. " Autre avantage : " En utilisant du raisin issu de coteaux en altitude en combinaison avec du raisin sucré cultivé dans la vallée, nous arrivons à une plus faible teneur en alcool. C’est un avantage supplémentaire. "

Gott n’y va pas par quatre chemins. Plutôt que la quantité, il choisit la qualité et, surtout, l’originalité. Nous le constatons en dégustant le Central Coast Pinot Noir 2010, un vin dont l’importateur Jean-Marie Goudesone de maQuinze, à Ostende, n’a pu acheter que 28 caisses le reste de la petite production étant réservé à un restaurant de Napa. Quelle finesse, quelles nuances et quelle fraîcheur !

Nous sommes à mille lieues d’une bombe gustative surconcentrée. Encore une dernière question : le nom de son cabernet sauvignon " 815 ", est-ce un code secret ? " Absolument pas ! ", répond Gott en riant. " Nous cherchions un nom pour le vin. Le jour où ma fille Lucy est née, pendant les vendanges 2003, le 15 août. D’où ce " 815 ". As simple as that ! ".

www.gottwines.com

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