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Bienvenue chez le duo d'artistes excentriques Gilbert & George

L’atelier du duo d’artistes Gilbert & George est britannique en diable: lambris, papier peint, peinture au plomb et anciennes techniques de plâtre, on fait un bond en arrière de trois cents ans. ©Filippo Bamberghi

Le duo d’artistes Gilbert & George sera l’invité d’honneur de la BRAFA, la foire d’art et d’antiquités de Bruxelles. Sabato a été invité chez eux, dans leur maison-atelier de Londres.

Dans la vie de Gilbert & George, la discipline règne en maître. Tous les jours, ils se lèvent à 5 heures. À 7 heures, ils déjeunent invariablement de toasts et de marmelade dans le même bar du quartier. Ils n’apparaissent jamais séparément en public. Ils choisissent des costumes sur mesure assortis.

©Filippo Bamberghi

Et ils ne voyagent jamais, car leur quartier, Spitalfields, dans l’est de Londres, est un microcosme qui leur offre suffisamment d’inspiration. Ainsi, ils ne cuisinent jamais à la maison, mais vont tous les jours dans un restaurant de leur quartier. Parce que réduire leurs choix quotidiens leur permet de créer librement l’art qu’ils souhaitent créer.

Car c’est ce qu’ils font depuis un demi-siècle déjà dans leur maison de Fournier Street: créer. Ils ont restauré cette maison de ville du XVIIIème siècle pour en faire leur maison et leur atelier.

©Filippo Bamberghi

Ce dernier est un espace lumineux, accessible par une cour avec une fontaine, alors que leur maison impeccable baigne dans une atmosphère nostalgique, britannique à souhait: grâce aux lambris, au papier peint, à la peinture au plomb et aux anciennes techniques de plâtre, on fait un bond en arrière de trois cents ans.

Bien qu’ils mangent tous les jours au restaurant, et pour tous leurs repas, Gilbert & George ont fait restaurer la cuisine. ©Filippo Bamberghi

Le plus étonnant, c’est qu’ils ont restauré leur cuisine eux-mêmes alors qu’ils ne l’utilisent que pour faire bouillir l’eau de leur café instantané. Comme s’il s’agissait d’une sorte de performance.

Les chambres regorgent de vases, de verreries, de tapisseries anciennes et de meubles d’époque, dont la plupart sont britanniques et datent du XIXème siècle, ce qui leur donne un côté muséal. Du reste, tous les musées leur envient leur fabuleuse collection de dessins du Britannique Christopher Dresser.

Ils possèdent aussi des objets Arts & Crafts, les céramiques d’Edmund Elton et les meubles de l’architecte-designer Edward William Godwin dépassent eux aussi largement le niveau décoratif.

©Filippo Bamberghi

Les deux artistes affectionnent particulièrement Augustus Pugin, l’architecte-designer victorien dont ils possèdent une table de cuisine, des bibliothèques et des chaises.

Sur une chaise ancienne de l’architecte-designer Augustus Pugin, les artistes ont fait broder leur blason, conçu par eux: un morpion géant. ©Filippo Bamberghi

Sur l’une d’elles, une chaise ancienne qui se trouvait au palais de Westminster, les coquins ont fait broder, à côté de leurs initiales, un blason de leur propre conception, un morpion géant.

Sculptures vivantes

Déranger, voilà l’activité favorite du duo d’artistes britanniques depuis leur rencontre, en 1967. Leur vie entière est une grande performance commune placée sous le signe de l’art.

Depuis leur rencontre à la St. Martin’s School of Art de Londres, ils se qualifient de ‘sculptures vivantes’. Ce fut le coup de foudre entre George, qui parle avec un accent typiquement britannique, et Gilbert, qui, malgré les années, ne parvient toujours pas à cacher ses origines -l’Italie du Nord- quand il s’exprime en anglais.

Depuis cette première performance -leur rencontre- , ils vivent et travaillent à Londres en symbiose totale. Depuis 51 ans, ils sont des personnages excentriques dans leur propre vie et jouent en permanence un jeu de rôle mêlant réalité et fiction.

©Filippo Bamberghi

En 1969, le regretté conservateur Harald Szeemann ne les avait pas invités à sa légendaire exposition ‘When attitudes become form’, mais ils se sont néanmoins présentés au vernissage, maquillés en couleur bronze. Pendant des heures, ils sont restés immobiles dans un coin, comme des statues. Cette performance radicale leur a valu l’attention du monde de l’art qui s’y trouvait.

C’est ce genre d’élégante subversion qui les caractérise depuis cinq décennies. Ils vivent, s’habillent et se comportent d’une façon absolument, fabuleusement distinguée, tout en réalisant un travail très explicite où ils abordent de front les sujets qui fâchent: la religion, le sexe, l’argent, la race, la violence, l’alcoolisme et les excréments.

“Belgium shall be free”

Gilbert & George sont ravis d’être les invités d’honneur de la BRAFA, la foire d’art et d’antiquités bruxelloise qui se déroule la semaine prochaine. Ces messieurs sont de véritables collectionneurs, ce qu’on peut aussi remarquer dans leur travail, où ils traitent parfois des (photos) d’objets du quotidien trouvés dans la rue en collages, photomontages et vidéos.

Vidéo de présentation de Gilbert & George pour la Brafa

Pour la foire d’art, ils ont également réalisé une vidéo de présentation hilarante: Gilbert & George nous expliquent qu’ils ont toujours eu un lien particulier avec la Belgique. Ce qu’ils affirment avec une bonne dose d’ironie, avant de chanter sur un ton légèrement moqueur: “There will always be a Belgium, and Belgium shall be free. If Belgium means as much to you as Belgium means to me”. En jouant les ‘singing sculptures’, Gilbert & George semblent se moquer gentiment de leur passage à la Brafa.

Cependant, ils ont un lien avec la Belgique depuis leurs débuts. De grands collectionneurs comme le Bruxellois Herman Daled et le Gantois Anton Herbert ont été parmi les premiers en Europe à acheter l’œuvre controversée du duo britannique.

En 1971, quatre ans après leur première rencontre à la St. Martin’s School of Art, Gilbert & George sont également venus présenter leur ‘singing sculpture performance’ à Bruxelles. Maquillés en couleur bronze, ils ont chanté ‘Underneath The Arches’ devant quelques personnes, dont la galeriste américaine Ileana Sonnabend et Albert Baronian.

La première fut si impressionnée qu’elle demanda immédiatement au duo d’artistes excentriques d’inaugurer sa galerie new-yorkaise, toujours en 1971.

©Filippo Bamberghi

Punky et bourgeois

Les deux artistes prennent la pose dans leur atelier immaculé. Les ‘naughty boys’ Gilbert & George sont très anglais, ce qui se reflète dans leur choix d’objets décoratifs et de couleurs pastel. ©Filippo Bamberghi

Le Belge, qui était alors journaliste d’art free-lance pour les ‘Chroniques de l’art vivant’ et n’allait ouvrir sa galerie qu’en 1973, témoigne: "Je suis leur parcours depuis le début. Ils ont remporté le prestigieux prix Turner en 1986 et représenté la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise en 2005.

Ce n’est qu’en 2009 que j’ai enfin pu travailler avec eux dans ma galerie, après avoir longuement insisté. Au total, nous avons déjà fait trois shows solo: ‘Jack Freak Pictures’ (2009), ‘London Pictures’ (2012) et ‘The Beard Pictures’ (2017). Ils sont incroyablement disciplinés et ne se plaignent jamais. Ce sont les artistes les plus polis que j’ai rencontrés. Ils signent tous mes catalogues et mes affiches, parce qu’ils veulent diffuser leur art autant que possible sous la devise ‘Art for all’."

Ce que le créateur de mode JW Anderson a bien compris depuis: le Britannique vient de lancer une première collection capsule représentant des œuvres brutes de Gilbert & George. La collection ne se compose pas de costumes sur mesure guindés, mais de sacs, de chemises longues et même d’une veste en cuir, un vêtement à connotation punky, à l’instar de l’œuvre de Gilbert & George. Avec cette fashion collab, le duo d’artistes ne va-t-il pas trop loin?

Ou bien s’agit-il d’une énième démocratisation de leur art? Et peut-on se qualifier de ‘living sculpture’ quand on achète ce genre de veste? Voilà de quoi discuter lors de la séance de questions/réponses de la conférence qu’ils donneront à Tour & Taxis.

BRAFA, du 26 janvier au 3 février. Gilbert & George donnent une conférence dans l’auditorium de Bruxelles Environnement sur le site de Tour & Taxis (avenue Port 86c), à Bruxelles, le jeudi 24 janvier, entre 12h et 13h. La place (8,5 euros), disponible sur le site Web de la Brafa ou au guichet (si ce n’est pas sold out). 


 

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