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L'historienne d'art Laurence Dauwens et l'avocat Joris Beernaert ouvrent une galerie d'art

Joris Beernaert et Laurence Dauwens à quelques jours de l'ouverture de leur galerie d'art à Bruxelles. ©Diego Franssens

Ils ont du cran, mais pas d'expérience: Joris Beernaert, avocat, et Laurence Dauwens, historienne d'art, lancent en janvier une galerie d'art contemporain à Bruxelles. "Ce sera un excellent test pour notre couple."

"J'aime comparer notre galerie à un bébé: elle nous empêche de dormir, elle nous coûte énormément d'argent, on se dispute à propos de son nom et on espère qu'elle grandira bien." Joris Beernaert ne craint pas les formules-choc. Pour un avocat, c'est OK, mais pour un galeriste ? "Le tact, c'est l'affaire de Laurence Dauwens, ma compagne. Elle est mille fois plus sympathique que moi. Ses parents tenaient le Kinders Siska à Knokke. Elle est donc l'hôtesse rêvée pour notre galerie qui ouvrira ses portes le 15 janvier et où elle travaillera à plein temps. Je ne suis qu'actionnaire du projet: en tant qu'avocat, je ne peux déontologiquement pas combiner mon métier à une activité commerciale. Sur le plan financier, ce ne serait pas très malin non plus d'abandonner tous les deux nos emplois pour cette nouvelle aventure." La compagne de Joris est historienne d'art et travaillera jusqu'à la fin de l'année chez Barbara Van der Wee, spécialiste d'Horta. "Ce sera un excellent test pour notre couple, car Joris et moi n'avons pas l'habitude de collaborer aussi étroitement", déclare-t-elle. L'un des premiers points à l'agenda, ce sont les frais imprévus dans leur bâtiment, avenue de Stalingrad à Bruxelles.

"Le nouveau plafond et les stucs n'étaient pas prévus au budget. Mais un si joli bâtiment mérite un minimum d'efforts." Datant de 1876, l'édifice, une ex-banque, possède encore son coffre et son comptoir. Le bureau lambrissé du directeur convient parfaitement pour les oeuvres intimistes. Et la salle de galerie, avec hauts plafonds et puits de lumière, est idéale pour exposer des grands formats.

"Avant, cet endroit servait de galerie à Sabine Wachters. C'est donc un lieu où s'est écrite l'histoire de l'art, d'autant plus que Donald Judd et Andy Warhol y ont exposé", explique Beernaert. "Lors de l'expo inaugurale, Rétrospective/Introspective, nous exposerons un Warhol, Flower Painting, qui a déjà été exposé ici. Cette oeuvre s'inscrit parfaitement dans l'ensemble des travaux présentés par nos artistes. L'idée de démarrer par une rétrospective, alors que nous n'avons encore rien prouvé, nous amuse."

Alex Verhaest, Table Prop - Angelo (video loop, 19 inch screen). ©Dauwens & Beernaert Gallery

Papa gâteau
Le numéro 26 de l'avenue de Stalingrad, leur adresse, hébergeait encore il y a peu la Galerie Morbee, le projet artistique de Mark Morbee, collectionneur et propriétaire de l'Hôtel Binnenhof à Knokke. Dauwens et Beernaert étaient là lors de l'inauguration, l'année passée. "Un jour, le propriétaire nous a téléphoné pour nous demander si, un jour, nous ne voulions pas reprendre l'espace. Cela s'est présenté plus vite que prévu, mais nous avons sauté sur l'occasion", explique Beernaert. Sa compagne et lui présenteront le travail de jeunes artistes de leur génération, nés entre en 1978 et 1988, dont Alex Verhaest, Laetitia de Chocqueuse, Quinten Ingelaere et Pauline M'Barek.

"Du point de vue de la sélection, nous avons pour objectif l'international. La moitié de nos artistes sont étrangers. Nous exposons aussi, autant que faire se peut, des oeuvres de femmes artistes: bien souvent, elles s'expriment avec un langage visuel tout à fait différent et sous-évalué. Pour nos artistes, Laurence et moi-même représentons le croisement entre un courtier, un psychologue, une caisse de résonance, un comptable, un avocat et un papa gâteau. Nous souhaitons que notre galerie grandisse avec nos artistes. Et, pour eux, nous souhaitons attirer un jeune public de collectionneurs avec des premiers prix de 2.500 à 5.000 euros", déclare Beernaert.

"En tant que jeune collectionneurs, nous avons constaté que nous ne sommes pas toujours pris au sérieux dans une galerie. Nous ne voulons pas devenir une galerie rock'n'roll où l'on vous regarde de haut. Un accueil chaleureux et des conseils avisés, voilà ce que nous souhaitons offrir à notre public. Pourquoi devrait-on attendre d'être quinquagénaires pour devenir collectionneurs? L'art ne doit tout de même pas être par définition impayable?"

Nadia Guerroui, Untiled (foamboard, 70x100 cm). ©Dauwens & Beernaert Gallery

Bruxelles, meilleure option
Joris Beernaert collectionne depuis des années les oeuvres de jeunes artistes belges. Suite à un reportage de Sabato, le centre d'art bruxellois Maison Particulière l'avait invité à exposer des oeuvres de sa collection parmi celles d'autres jeunes collectionneurs. "Redécouvrir ses acquisitions via un autre accrochage, c'est rafraîchissant et motivant! Grâce aux autres collectionneurs, nous sommes tombés sur des artistes intéressants que nous représentons dans notre galerie. Notre regard de collectionneur a été déterminant dans la sélection: nous n'exposons que ce que nous achèterions. Notre modeste collection est une des raisons pour lesquelles de nombreux artistes nous choisissent: ils apprécient les artistes que nous aimons."

Les galeristes réalisent qu'ils prennent des risques, tant du point de vue financier que de l'emplacement. "Nous voulons être prudents: ne pas créer de hypes pour éviter que les prix ne deviennent fous. C'est mauvais, à la fois pour le galeriste, l'artiste et les collectionneurs. "

La galerie se trouve entre la gare de Bruxelles-Midi et la Grand-Place. "C'est vrai que nous ne sommes pas dans le quartier des galeries, à Ixelles. Il faudra convaincre les gens de venir chez nous", ajoute Dauwens. Ils considèrent Bruxelles comme le meilleur endroit pour ouvrir une galerie d'art contemporain. C'est ici que la dynamique et le public sont les plus importants et les galeries auxquelles ils se réfèrent, comme par Meessen De Clercq, sont dans les environs. "Bruxelles est la meilleure option, surtout depuis que la scène artistique du sud d'Anvers s'est calmée. En tant qu'immigrés de Flandre-Occidentale, nous souhaitons poursuivre notre mission, qui est d'apporter la civilisation dans des régions sous-développées. D'abord à Anvers, ensuite à Bruxelles !", plaisante Joris.

La Dauwens & Beernaert Gallery ouvrira ses portes le 15 janvier 2015, avenue de Stalingrad 26, Bruxelles. www.dauwensbeernaert.com et leur actualité sur: dbcontemporary.

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