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La décoration florale est dingue du 'freakebana'

©Bobby Doherty voor New York Magazine

Prenez une boîte de conserve vide, du vieux pain et quelques mandarines ratatinées. Plantez-y deux fleurs avec art et placez le tout bien en vue. Voilà, vous avez fait un freakebana! Cet arrangement floral excentrique est pile à l'opposé de l'esthétique traditionnelle. Cette tendance 'ugly-cool' est prête à envahir nos salons. Décryptage.

Tout a commencé avec une patate douce dans laquelle quelqu'un avait piqué deux brins de lavande. Ce "quelqu'un" était probablement Laila Gohar, une chef créative de New York. En effet, c'est à sa table que Stella Bugbee avait remarqué la scène. Cette dernière, est la rédactrice en chef de The Cut, la rédaction lifestyle du New York Magazine. Il y a un an, elle a senti qu'il se passait quelque chose avec ces étranges natures mortes. "Dans toutes sortes de magasins et de restaurants, je tombais sur ce type d'arrangements floraux qui semblaient avoir été créés par un extra-terrestre.

©Bobby Doherty voor New York Magazine

Et j'en voyais non stop dans mon flux Instagram. J'ai envoyé un message à une de mes collègues chez The Cut pour lui demander si, elle aussi, avait remarqué quelque chose de 'fucked up' avec toutes ces créations florales. Sa réponse ne s'est pas faite attendre: sur la couverture du premier numéro de Broccoli Magazine se trouvait un arrangement floral style ikebana avec des feuilles de cannabis. C'est à ce moment-là que le terme freakebana m'est venu à l'esprit."

Moment d'ivresse

La sortie du magazine américain Broccoli, fait pour et par les femmes qui aiment le cannabis, a retenti jusque chez nous. Et, surtout par le food stylist Erik Vernieuwe et le photographe Kris De Smedt, qui travaillent ensemble dans le cadre de shootings photo pour des magazines et des campagnes publicitaires sous le nom de Burp. "Nous avions remarqué cette forme d'arrangement floral dans Broccoli et cela nous a donné envie d'essayer.

Avec le Freakebana, nous essayons de maintenir cet équilibre fragile qui est essentiel dans l'Ikebana.

Pour un shooting de recettes à base de tequila, nous avons planté des fleurs dans des balles de tennis et des gâteaux, et collé une fleur sur un vase avec un ruban adhésif bien visible. Tout cela s'accordait parfaitement au thème, parce qu'on avait l'impression que ces compositions avait été imaginées dans un moment d'ivresse", explique Vernieuwe.

"Nous aimons la poésie du banal, la beauté des choses laides. Avec le freakebana, nous essayons également de maintenir cet équilibre fragile qui est essentiel dans l'ikebana." Cependant, il ne s'agit pas d'une nouvelle carte de visite pour Burp. "C'était un chouette intermède, mais nous n'allons pas nous spécialiser dans le freakebana."

©Bobby Doherty voor New York Magazine

Pour Stella Bugbee par contre, l'article sur le freakebana a été l'occasion d'approfondir la question. "Dès que j'ai donné un nom à ce phénomène, il est devenu très réel et j'ai eu du mal à m'en défaire. J'ai donc décidé de dédier un compte Instagram au freakebana (@freakebana) et, quelques semaines plus tard, j'avais plus de dix mille abonnés."

L'Américaine compose des natures mortes, mais la plupart des photos de son fil Instagram lui sont envoyées par des fans du monde entier. "C'est devenu un réseau de personnes sympas qui aiment présenter des fleurs et du bric-à-brac de manière originale."

Boîte en argent

Hattie Molloy, une artiste florale australienne, réalise d'étranges choses avec des colonnes et des citrouilles ratatinées. La Londonienne Emma Weaver pique quatre fleurs dans de la mousse colorée. L'artiste barcelonaise Carolina Spencer compose des arrangements bizarres avec des vases, des fruits et des fleurs. Toutes se consacrent au freakebana, mais ce n'est que récemment qu'elles le font avec le hashtag #freakebana.

Dans notre pays, les artistes floraux ne sont pas encore prêts à adopter le freakebana. "Mais j'apprécie ce style", confie Mark Colle, l'artiste floral le plus novateur de Belgique. "En général, je me méfie des comptes Instagram qui, à première vue, créent quelques trucs juste pour les réseaux sociaux." Une objection justifiée. Le freakebana existerait-il sans Instagram? "Je suppose que oui", répond son instigatrice. "Seule différence, moins de gens le connaîtraient et il y en aurait moins."

©Bobby Doherty voor New York Magazine

Au cas où vous auriez envie de vous lancer dans ces étranges compositions, les règles du freakebana sont très claires: il n'y a pas de règles. "L'atout du freakebana, c'est que n'importe qui peut en faire et avec n'importe quel matériau. C'est plus une question de styling que de savoir-fair en matière d'arrangement floral", explique Bugbee. Parfois, le résultat semble plus trashy qu'il ne l'est en réalité.

Et cet art floral déjanté prend du galon. Avec le photographe Bobby Doherty, la New-yorkaise a ainsi placé un durian entouré d'un filet en plastique sur une boîte de conserve qui n'était pas le contenant de la soupe de la veille, mais une version entièrement argentée de Tiffany & Co. "L'ingrédient principal du freakebana est la volonté de rejeter toutes les idées conventionnelles en matière d'esthétique."

Human freakebana

Les règles du freakebana sont très claires: il n'y a pas de règles.

Dès lors, est-ce une coïncidence si cette tendance s'accompagne d'une 'ugly trend' dans la mode, comme les baskets 'à la beauté non conventionnelle' lancées par Balenciaga la saison dernière? "Non, bien sûr que ce n'est pas un hasard", répond Stella Bugbee. "Cette nouvelle forme d'esthétique inesthétique couvre de nombreux domaines en dehors de celui de la mode. D'accord, le terme 'ugly' doit s'utiliser avec doigté; d'ailleurs, je ne pense pas que ces arrangements floraux soient moches.

Ils sont artistiquement imparfaits, délibérément à la limite du bon goût, mais c'est précisément ça qui les rend si intéressants, surtout à une époque où nous sommes submergés par toutes sortes de choses qui affichent un bon goût très sûr sur les réseaux sociaux. C'est ce qui rend le freakebana si rafraîchissant."

Parfois, mode et freakebana vont de pair. Lors du défilé du créateur de mode mexicain Victor Barragán, à New York, les mannequins arpentaient le catwalk un freakebana à la main -un pot en terre cuite et quelques tiges vertes-, comme un nouvel it-bag. Oui, ça dépote.

Le blog américain Man Repeller prédit que le catwalk sera la prochaine étape et prédit l'émergence du successeur du freakebana, le 'human freakebana', pour lequel on utilisera son corps comme base d'un arrangement floral. La journaliste Harling Ross l'a repéré dans la campagne été de Zara et les images de la mode d'automne du label très féminin Rodarte l'en a convaincue: il y a des fleurs dans les cheveux, autour des poignets, sur les épaules, dans les chaussures et sur les parapluies. "Ce n'est pas un phénomène nouveau, bien sûr. À Hawaï et en Russie, il y a une tradition de fleurs sur le corps", explique Ross.

"Quand j'ai essayé, j'ai réalisé à quel point le 'human freakebana' est peu fonctionnel. La seule chose qui compte, c'est la photo surprenante qui va suivre." Longue vie à Instagram!

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