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Beirut Re-Store, de l'art pour aider à reconstruire Beyrouth

Une des pièces mises en vente par les sœurs Tabet: une photo du photographe de mode Juergen Teller. ©Juergen Teller

Les sœurs Tabet œuvrent à la reconstruction de Beyrouth via Beirut Re-Store, une boutique en ligne où l’on trouve des objets d’art et design offerts par d’illustres donateurs, dont l'artiste chinois Ai Weiwei.

Le 4 août dernier, Beyrouth était défigurée par l’explosion de 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium dans son port, faisant 204 morts, 6.500 blessés, 300.000 sans-abris et 15 milliards de dollars de dégâts. "Nous nous sentions si impuissantes", témoigne Sophie Tabet (31 ans). Née en Californie, comme sa soeur, elle fait partie de la diaspora libanaise.

"Les Libanais sont un peuple optimiste, mais ce qui s’est passé en août, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase."
Laura Tabet


Poussés par l’instabilité politique dans leur pays, de nombreux Libanais se sont dispersés dans le monde entier, mais le lien à leur patrie est toujours insécable. C’est dans cet état d’esprit qu’a été fondée Beirut Re-Store, une boutique en ligne permettant de récolter des fonds. Ici, pas de bons sentiments ni de photos larmoyantes, mais des œuvres d’art, des tirages photo et des vêtements d’artistes libanais et internationaux.

"Reconstruire Beyrouth avec la même énergie que celle qui l’anime" est l’objectif affiché. Cet état d’esprit est essentiel: il caractérise la culture libanaise, explique Sophie. "Les Libanais sont un peuple optimiste, mais, ce qui s’est passé en août, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase", ajoute Laura Tabet (34 ans).

Basée à Londres, Laura Tabet a conçu des campagnes et des stratégies pour de grandes maisons, comme Dior et Prada.

"De loin, nous avons aussi remarqué, par l’intermédiaire de nos amis et de notre famille, à quel point les cœurs et l’espoir se sont brisés. Notre projet a l’ambition de rendre hommage au peuple libanais, de la part de la communauté internationale créative."

Le résultat est impressionnant, surtout pour un premier essai de boutique en ligne. Parmi les objets d’art et de design vendus au profit d’ONG libanaises, on trouve les œuvres de célébrités internationales que les Tabet ont pu toucher grâce à leur réseau: les deux sœurs travaillent dans le secteur de la création.

Le temps fort

En tant que directrice artistique et designer basée à Londres, Laura a conçu des campagnes et des stratégies pour de grandes maisons, comme Dior et Prada. Et sa jeune sœur Sophie est réalisatrice pour la télévision et directrice de son magazine de mode, "Unemployed". Le duo avait des centaines de noms à portée de main pour réaliser son projet. Plus de 175 personnes ont offert quelque chose, ce qui leur a permis d'arriver à plus de 200 objets.

Sophie Tabet (photo) soutient le Liban, avec sa sœur Laura, via Re-Store, leur boutique en ligne.

"La majorité de nos contacts étaient impatients de collaborer", sourit Sophie. "En raison de ce que la pandémie a provoqué dans le secteur de la création, les artistes et designers étaient heureux de pouvoir aider de cette manière, en donnant un objet plutôt que de l’argent."

Sacs à main Dior sur mesure, T-shirt Missoni, tapis siglé cc-tapis et réalisé par le duo de designers libanais david/nicolas et pièces uniques du monde de l’art: les œuvres ont continué d’affluer. "Le photographe de mode Juergen Teller vient juste d’envoyer une nouvelle contribution", ajoute Sophie.

Même Ai Weiwei, l’artiste chinois le plus connu et le plus engagé, leur a envoyé deux masques chirurgicaux imprimés. Les sœurs Tabet sont entrées en contact avec lui par l’intermédiaire d’un ami, explique Laura. "Ai Weiwei n’a pas hésité à collaborer. Il trouvait notre projet très démocratique, parce que nous ne représentions aucune galerie: nous étions juste deux jeunes créatives animées par un projet humanitaire."

Et en 2021 ?

Beirut Re-Store a été conçu comme projet temporaire. Début janvier, ses portes se refermeront, pour un certain temps en tout cas. "En 2021, nous allons faire quelque chose de similaire avec de nouvelles contributions et peut-être même un nouveau format", prévoit Laura. "Après les ONG fournissant une aide humanitaire, nous soutiendrons peut-être des ONG axées sur le secteur créatif libanais. D’autres lieux sont également possibles: nous avons choisi un nom que nous pouvons coordonner avec d’autres projets. Aujourd’hui, c’est Beirut Re-Store. Plus tard, il pourra devenir  Yemen Re-Store ou Syria Re-Store."

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