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Ce Bruxellois a dessiné les vitrines de Noël des Galeries Lafayette

Tom Schamp assure le spectacle dans les vitrines de Noël des Galeries Lafayette.

Chaque année, des milliers d’acheteurs s’émerveillent devant les spectaculaires vitrines de Noël des Galeries Lafayette. Cette année, celles-ci sont réalisées par l’illustrateur bruxellois Tom Schamp.

"Les rares fois où je suis allé aux Galeries Lafayette, c’était pour acheter des pantalons de pyjama ou une paire de gants pour mon épouse", confie Tom Schamp (50 ans). Même si l’illustrateur bruxellois a rarement poussé la porte du grand magasin du boulevard Haussmann, cela ne l’a pas empêché de décrocher une prestigieuse mission: réaliser ses vitrines de Noël.

C’est une tradition: chaque année, des dizaines de milliers d’acheteurs viennent s’émerveiller devant de spectaculaires décors animés, aussi enchanteurs que des contes de fée. "Les Galeries Lafayette ont fait appel à moi par l’intermédiaire de mon agent parisien. Elles m’ont demandé si je pouvais imaginer une histoire pour leurs onze vitrines, dans le style de mes imagiers pour les enfants."

Une mission extraordinaire, sur laquelle l’illustrateur a travaillé depuis la fin du mois de février. "Neuf mois, l’équivalent d’une grossesse. C’est pour cette raison que je ne pourrai pas faire de livre pour enfant cette année."

Les impressions des illustrations de Schamp ont été utilisées dans toutes les succursales des Galeries Lafayette.

Entre Jules Verne et le Petit Prince

Le Belge a demandé d’avoir toute la latitude artistique possible, mais il avait reçu un briefing sous forme de moodboard et d’une accroche historique: le 19 janvier 1919, l’aviateur Jules Védrines se pose sur le toit des Galeries Lafayette du boulevard Haussmann. Une opération commerciale pour laquelle il avait, à l’époque, empoché la belle récompense de 25.000 francs.

Dans mon histoire, Jules est devenu Céleste, une jeune exploratrice qui fait le tour du monde, en passant par des destinations de rêve aussi fabuleuses que l’Inde, la Russie et le Groenland, avant d’atterrir sur le toit de Paris. Un thème visionnaire en cette année 2020 où personne n’a pu voyager", commente Schamp.

"Je suis davantage un rêveur qu’un chercheur. Je vis dans mon imaginaire."
Tom Schamp

Dans son atelier bruxellois, nous découvrons comment cet univers très "Jules Verne rencontre le Petit Prince" a pris forme - avec du carton, un pinceau et de la peinture acrylique. "Je peins sur une table séparée, en tournant le dos à mon ordinateur pour être dans mon univers sans rechercher constamment toutes sortes de choses. Je suis davantage un rêveur qu’un chercheur. Je vis dans mon imaginaire", ajoute-t-il.

Tom Schamp dans son atelier. ©Eveliene Deraed

"Je scanne ensuite mes peintures sur carton. Ainsi, mes fichiers numériques gardent une texture. Ensuite, sur Photoshop, je fais des collages de mes peintures. En général, ils sont surchargés car je me perds facilement dans les détails. Mais bon, c’est pour ce style exubérant que les Galeries Lafayette m’ont choisi!"

Dessins en 3D

Les impressions des illustrations de Schamp ont été utilisées dans toutes les succursales des Galeries Lafayette. Mais, pour le magasin Haussmann, les dessins en 2D ont été convertis en animations en 3D par une équipe interne.

C’est la première fois que les dessins de Tom Schamp prennent vie en 3D.

"Cela m’a d’abord inquiété", reconnaît Tom Schamp. "Et si le résultat n’était pas celui que je voudrais? Je ne suis passé qu’une fois au studio 3D car les réunions se sont principalement déroulées via Skype. Je dois dire que j’aime leur interprétation de mon input en 2D: elle apporte un supplément de féérie. Ils ont fabriqué une poupée Céleste. Les ours ont été recréés en peluche et on leur a mis des pulls tricotés."

"Dans la manufacture du Groenland, il y a un véritable tapis roulant sur lequel passent les cadeaux, comme dans les restaurants de sushis. Pour une autre vitrine, j’ai dessiné une valise recouverte de petites portes qui s’ouvrent comme dans un calendrier de l’avent. Chaque porte cache un objet différent. Je devais évidemment tenir compte de ces mécanismes dans mes dessins."

En 1919, l’aviateur Jules Védrines se posa sur le toit des Galeries Lafayette. Dans l’histoire que raconte Tom Schamp, Jules est devenu Céleste.

Style exubérant

Tom Schamp a commencé sa carrière d’illustrateur dans les années 90. Dans un style naïf et coloré, il a dessiné une quarantaine d’imagiers pour enfant qui ont été traduits dans le monde entier et lui ont valu des prix internationaux.

"Je suis un rêveur: je dessine le monde plus exotique qu’il ne l’est."
Tom Schamp

Son livre le plus célèbre est "L’imagier le plus fou du monde", (2016), traduit en vingt langues. Il a également dessiné des couvertures de livres, des timbres, des calendriers, des affiches et des campagnes commerciales. "Je m’adresse à la fois aux adultes et aux enfants", déclare-t-il.

"Ce que je ne fais pas à la manière d’un film animé où une équipe recherche les éléments que les adultes apprécient: chez moi, ça ne marche pas comme ça parce que je suis un homme-orchestre. Les associations me viennent très spontanément. En roue libre, toutes sortes de références ou de blagues s’insinuent d’elles-mêmes dans mon travail."

Toutes sortes de références ou de blagues s’insinuent dans le travail de Tom Schamp.

Par exemple, l’illustrateur a écrit "On l’ouvre?" près du Louvre et baptisé "North Paul" des chaussures de ski. Et la célèbre lune du film "Le voyage dans la lune" (1902) de George Méliès n’est pas atteinte en plein dans l’œil par un obus géant, mais par une boîte de soupe Campbell de Warhol. "L’équipe des Galeries Lafayette me signalait régulièrement qu’elle avait découvert quelque chose de nouveau. C’était mon objectif et il est atteint!"

Escapisme

La crise du coronavirus a-t-elle contaminé son projet aux Galeries Lafayette? "J’ai évité les masques et autres références au confinement. Je suis une sorte de rêveur: j’aime dessiner le monde plus exotique qu’il ne l’est. Regardez par la fenêtre: en Belgique, il fait généralement gris, mais, moi, j’aime utiliser des couleurs vives."

Dans un style naïf et coloré, Tom Schamp a dessiné une quarantaine d’imagiers pour enfant.

L’illustrateur glisse-t-il des éléments de l’actualité dans ses projets? Faut-il chercher des références à Charlie Hebdo, les gilets jaunes ou Samuel Paty, le professeur assassiné? "Non, mais je suis parfois surpris par la prudence dont ils font preuve. Un de mes décors se situe au Groenland et j’avais dessiné un magasin de poisson."

"Comme en danois, poisson se dit ‘fisk’, j’avais baptisé la poissonnerie ‘Robert Fisk’. Une blague innocente, je sais, mais ils l’ont pourtant retirée, car Robert Fisk était un journaliste de guerre actif au Moyen-Orient. Comme cela pouvait être jugé offensant par certains clients des Galeries Lafayette, l’idée a été abandonnée."

"Personne n’a envie que des émeutiers viennent briser les vitrines à cause d’une blague! C’est vrai, c’est une sorte de censure, mais après 20 ans de livres pour enfant, j’ai appris une chose: pick your battles."

Les vitrines de Noël animées de Tom Schamp sont aux Galeries Lafayette, boulevard Haussmann à Paris.

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