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"Cette oeuvre n'a rien à raconter: elle ne représente rien"

©Alexander Popelier

Damiaan Vanhoutte, co-fondateur de Govaert & Vanhoutte Architects, nous parle de 'Untitled', une oeuvre de Mario De Brabandere. "Je suis le travail de Mario depuis trente ans".

"On dirait une peinture, mais c'est un panneau en bois de 4 mm d'épaisseur cloué sur une toile qui, elle, est peinte. Cette couleur verte, ce blanc verdâtre en guise de fond: l'oeuvre est parfaitement équilibrée en termes de forme, de matière et de composition. Tout est au bon endroit, il n'y a rien à changer, rien n'est superflu. 'Less and nothing more' est aussi la devise de notre bureau d'architectes. En ce sens, cette oeuvre de Mario De Brabandere est apparentée à notre style d'architecture."

"Ce que fait Mario semble aléatoire alors que, au contraire, c'est extrêmement calculé. Son regard est vif et son intuition est enracinée dans l'expérience et dans la connaissance de l'histoire de l'art, de l'architecture romaine aux fresques de Giotto et les peintures d'Ellsworth Kelly. Ce n'est pas pour rien qu'il a appelé une série de ses oeuvres 'Voor Kazimir'. C'est une ode à Malevitch dont le suprématisme a démodé les conventions de l'art moderne. Son 'Carré noir sur fond blanc' a amené l'art abstrait à un point zéro. La rétrospective du Stedelijk Museum à Amsterdam (1989) a été un tournant décisif dans ma vie: j'ai été bluffé par son abstraction radicale."

Plus on en parle, plus on lui porte préjudice.

"Je suis le travail de Mario depuis trente ans: nous étions ensemble à l'école d'art Sint-Lucas, à Gand. Sa dernière exposition à la galerie Kristof De Clercq s'intitulait 'I am good at not thinking'. Son grand talent est de faire de l'art de façon intuitive, avec des matériaux ou des éléments qu'il trouve dans son atelier. Contrairement à beaucoup de monochromes, son travail n'est pas plat: il a un sens parfait des proportions, des formes abstraites, des lignes et des textures. Tout ça, sans avoir à y réfléchir. Contrairement à l'installation de Damien Hirst au Palazzo Grassi à Venise -et beaucoup d'autres oeuvres d'art contemporaines-, cette oeuvre n'a rien à raconter: elle ne représente rien, elle ne symbolise pas une autre réalité. 'What you see is what you see': cette déclaration de Frank Stella qualifie parfaitement l'oeuvre de Mario. Plus on en parle, plus on lui porte préjudice. En même temps, elle est aussi liée à ce que fait Donald Judd. Chez lui, il s'agit au moins autant de l'espace entre ses formes que de ses sculptures proprement dites. Dans notre architecture, nous aspirons aussi à cette pureté de l'abstraction."

Mario De Brabandere (55 ans) est un artiste belge qui vit et travaille à Gand. Dans un style faussement naïf, il crée peintures, collages et sculptures à l'équilibre désarmant. Il travaille souvent avec des matériaux trouvés, comme du bois scié ou du vieux papier. Il est représenté à la fois par la galerie Kristof De Clercq à Gand et la Galerie De Ziener à Asse.


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