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"J'ai créé les invitations pour un mariage de 52 millions d'euros"

Florine Asch. ©Alexander D'Hiet

Cela fait 25 ans que Florine Asch signe des invitations et cartes pop-up magiques pour des clients comme Dior, Cartier, Louis Vuitton, l’hôtel Ritz et le magnat de l’acier, Lakshmi Mittal. "Mon objectif? Surprendre!"

La fin de l’année est synonyme de fêtes et de cadeaux. Ce sont aussi les mois les plus chargés pour Florine Asch. Le carnet de commandes de l’illustratrice strasbourgeoise et bruxelloise d’adoption est déjà rempli: cartes de vœux pour Noël et Nouve lAn, invitations à des fêtes, aussi bien d’hôtels et de maisons de luxeque de particuliers.

Sa méthode de travail est relativement traditionnelle. Son atelier se situe au premier étage de sa maison bruxelloise, où elle crée ses fantaisies sur papier. ©Alexander D'Hiet

Le restaurant d’Alain Ducasse, l’hôtel Ritz deParis, Dior, Hermès, Cartier, l’Opéra de Paris, Fauchon, Louis Vuitton, l’hôtel Plaza Athénée à Paris, Sotheby’s ou Tiffany & Co. Depuis 25 ans, le monde du luxe fait appel à ses aquarelles pleines de fantaisie. Et, ces dix dernières années, également pour la magiede ses œuvres d’art en papier.

"Je crée souvent des invitations ou des cartes avec un élément de surprise. Parfois, il s’agit de cartes avec des découpes au laser, mais,souvent, ce sont des cartes ‘pop-up’ comme ce que j’ai fait pourl’ouverture de la boutique Baby Dior à Paris: une invitation sousforme d’un étalage qui s’ouvrait", explique-t-elle.

"L’objectif est de surprendre et d’émerveiller. Je ne fais jamais deux fois la même chose. ma clientèle souhaite que chaque projet soit unique." Fêtes d’anniversaire et mariages Florine Asch compte aussi parmi sa clientèle des particuliers qui lui commandent une carte de vœux chaque année. Ou qui lui demandent de créer une invitation originale.

Même si Florine Asch travaille pour les happy fews, son univers n'est pas peuplé de sacs à main de luxe ni de voitures de collection, mais plutôt de manèges en miniature du XIXe siècle, d'arlequins et de châteaux de contes de fées. ©Alexander D'Hiet

"Un prince qui organise tous les ans une grande fête me confie systématiquement la création des invitations. La dernière fois, elle avait lieu dans un château au Portugal, pendant une éclipse lunaire. Cette éclipse est devenue le thème du carton d’invitation. La plupart du temps, on me donne carte blanche, mais certains clients choisissent un thème que je suis libre de traiter comme je l’entends."

"Une personnalité mexicaine a organisé sa fête d’anniversaire de 50 ans à Venise. Pour cela, elle a loué un avion qui est décollé du Mexique pour aller chercher ses amis à New York avant de se poser à Venise. Le premier soir, une fête était organisée à la Punta della Dogana - Elton John est venu chanter. Ce concert était suivi par un bal au Palazzo Grassi. Deux mois avant l’évènement, les dames ont été priées de communiquer la couleur de leur robe afin que l’on puisse choisir la couleur des masques vénitiens. Le lendemain, un lunch était organisé au Danieli. On m’a demandé de réaliser les invitations pour tout le week-end. Sans limite de budget et avec Venise comme thème central."

©Alexander D'Hiet

Bouche-à-oreille 

La demande la plus folle fut celle du mariage de Vanisha Mittal, fille du magnat de l’acier, Lakshmi Mittal. La fête, qui a duré cinq jours, aurait coûté, selon certaines rumeurs, 52 millions d’euros. Ce serait Lakshmi Mittal himself, et non sa fille, qui aurait décidé de tout et dans les moindres détails. Y compris l’invitation.

"L’invitation se présentait sous la forme d’un livre avec 30 aquarelles, offert en mains propres à chaque invité sur un plateau d’argent", explique Asch. "J’ai eu la chance de faire partie des 1.200 invités aux fêtes qui ont notamment eu lieu au Palais de Versailles et au Château de Vaux-le-Vicomte. Toutes les femmes portaient un sari et les hommes étaient habillés comme des maharadjahs. Ce fut la fête la plus magique à laquelle j’ai participé!"

©Alexander D'Hiet

Comment ce client arrive-t-il chez elle? Mystère. L’artiste pense que le bouche-à-oreille est sa meilleure carte de visite. "J’ai un jour été contactée par des Américains qui avaient reçu 15 ans plus tôt une de mes invitations pour un mariage. Ils l’avaient conservée pour le jour où leur fille se marierait. J’ai donc pu réaliser l’invitation pour son mariage."

La méthode de travail de l’artiste est relativement traditionnelle. Son atelier se situe au premier étage de sa maison, où elle crée sur papier. "C’est mon usine", explique-t-elle. "Je ne travaille pas sur ordinateur. D’ailleurs, je ne suis pas douée en informatique." Livres pour enfants anciens, table à dessin, pinceaux, myriade de stylos, crayons et matériel d’aquarelle: cela lui suffit pour travailler.

©Alexander D'Hiet

"Chaque idée, que ce soit pour une invitation ou une carte de vœux, part d’un croquis ou d’une aquarelle. Je dessine ou peins l’original et je vais présenter à mon ingénieur en papier une idée de ‘pop-up’. Il sait exactement ce qui est possible avec une découpe laser. Il arrive à transformer mes rêves en papier."

Même si la créatrice travaille pour les grandes maisons de luxe et les happy fews, son univers n’est pas peuplé de sacs à main de luxe, de voitures de collection ni de bijoux scintillants. Il se compose plutôt de manèges miniature du XIXe siècle, d’Arlequins, de jouets anciens, de châteaux de contes de fées romantiques et d’objets de cabinets de curiosité. Son imagination lui permet de créer des compositions pleines de fantaisie avec une touche de poésie et de magie. 

"Tout cela a un prix", explique-t-elle. "Une carte ‘pop-up’ réalisée en 300 exemplaires peut facilement coûter 5.000 euros - cela dépend de la complexité et de la qualité du papier. La production peut prendre entre un et deux mois. Chaque carte est collée à lamain. Il n’existe pas de machines pour faire ce travail."

Florine Asch a grandi à Strasbourg. Elle a 20 ans quand elle déménage à Paris après avoir obtenu son diplôme de l’Ecole supérieure des arts décoratifs. "Je viens d’une famille de créatifs, d’artistes et d’amateurs d’art. Ma mère connaissait les frères Diego et Alberto Giacometti et avait une maison de couture à Paris qui vendait des modèles à de grandes marques. J’ai grandi au milieu des beaux objets d’art", confie-t-elle.

©Alexander D'Hiet

Palazzi et palais

"J’ai commencé ma carrière chez Drouot, une maison de vente aux enchères à Paris. Je voyais passer de magnifiques objets et j’ai commencé à les dessiner dans mon carnet de croquis. En 1991, Patrick Perrin, un célèbre antiquaire, est venu chez Drouot, a vu mes dessins et m’a proposé de faire une exposition dans sa galerie. Elle était idéalement située, Faubourg Saint-Honoré, derrière l’Elysée."

"Perrin a proposé comme thème ‘Les objets de collection’. Et il m’a présentée à une vingtaine de collectionneurs parisiens d’antiquités et d’objets d’art, et j’allais dessiner sur place. L’exposition fut un succès: tout a été vendu. J’avais 23 ans: ma carrière était lancée. Alors que j’étais une parfaite inconnue dans le monde de l’art, des antiquités et du luxe, j’ai eu la chance de lui être présentée et l’exposition chez Perrin m’a apporté de nombreuses commandes d’aquarelles."

©Alexander D'Hiet

Un autre moment décisif dans la carrière de l’artiste fut sa confrontation avec l’œuvre d’Eugène Delacroix au Louvre. En 1832, ce grand peintre français, très représentatif du XIXe siècle, passe six mois au Maroc pour remplir une mission diplomatique. C’est pendant ce séjour qu’il réalise une série de gouaches qui feront l’effet d’une bombe sur Florine.

"Lorsque j’ai découvert cette série, j’ai tout de suite compris que je voulais réaliser des croquis de voyage. J’ai rempli des centaines de petits carnets. J’ai représenté des palazzi en Italie, des palais de maharajahs en Inde, des scènes de flamenco à Séville, des animaux sauvages en Afrique."

"La maison d’édition Flammarion a publié plusieurs de mes carnets de voyage. Si vous les feuilletez, vous découvrirez que je préfère par-dessus tout voyager, observer et faire des aquarelles prises sur le vif. Grâce au succès de ces carnets, Louis Vuitton m’a contactée pour réaliser les carnets de voyage."

"Grâce à mon travail, j’ai pu accéder à des endroits magnifiques. Mais le lieu que je préfère entre tous est mon atelier à Bruxelles. C’est là que naît la magie. Dans ma tête."

Florine Asch a dessiné 17 vitrines de Noël pour le boutiques de Maasmechelen Village. www.florineasch.com

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