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L'artiste CharlotteChab met Knokke sous cloche

Les globes de Knokke sont aussi chic et classe que la station balnéaire. ©Fred De Bailliencourt

Théâtres en papier: c’est ainsi que CharlotteChab définit ses collages, qui représentent des continents, des pays et des villes. La ‘paper artist’ française joue cartes sur table.

Les parents de jeunes enfants connaissent plutôt bien ce scénario: plus le vol est long, plus les petits deviennent pénibles. Les parents de Charlotte Bourrus n’avaient pas ce problème. Se rendre à l’aéroport, rester assise dans l’avion: dès son plus jeune âge, elle adorait ça. "Visiter d’autres pays, c’était pour moi le luxe ultime", explique-t-elle. "Surtout quand ils étaient éloignés et que le vol durait longtemps."

Chaque élément des globes est collecté sans hiérarchie particulière, mais l’ensemble des éléments d’un monde recréé par CharlotteChab fait naître un nouveau monde inédit, fait de papier. ©Fred De Bailliencourt

Aujourd’hui, elle a quelques dizaines d’années de plus et s’est installée dans la ville côtière de Biarritz, et elle voyage moins. Du moins, physiquement. Devenue artiste, CharlotteChab parcourt aujourd’hui le monde à travers ses collages de papier (cartes, dioramas sous globe et vitrines) dans lesquels elle imagine des continents, des pays et des villes. Ainsi, des pigeons en carton piqués sur des épingles et des bureaux de tabac représentent Paris, tandis que les cyclistes de son globe ‘Copenhague’ semblent s’élancer vers le ciel.

Les cartes de l’Afrique et de la Chine sont des patchworks multicolores bidimensionnels, remplis de motifs, de personnages, de masques, d’animaux et de musique. ©Julien Chatelin

Ses cartes de l’Afrique et de la Chine, notamment, sont quant à eux de réels patchworks multicolores bidimensionnels remplis de motifs, personnages, masques, animaux et musique.

Ses cartes et ses collages ne sont ni très précis, ni exhaustifs. Telle n’est pas son intention. CharlotteChab qualifie plutôt son travail de “retranscription émotionnelle” des lieux qu’elle a visités et qu’elle reconstitue de manière onirique au fil de nombreuses heures et journées de recherche en ligne, dans des livres, des podcasts et des films.

Cabines sexy

©Fred De Bailliencourt

Knokke est la dernière destination en date de l’artiste française. Pour Sabato, elle a imaginé quatre globes inspirés de la station balnéaire. "À la plage, j’ai complètement craqué sur ces petites cabines en bois, elles sont super sexy", sourit-elle.

Quant à la plage de la mer du Nord, elle la trouve charmante, elle qui a plutôt l’habitude de la côte basque, battue par les vents. "Le paysage est beaucoup plus doux. Mes globes sont très blancs, comme l’atmosphère chromatique de la station balnéaire. Pastel, chic et sobre aussi", conclut-elle. Son projet le plus minutieux à ce jour? Une carte du monde complète, qui trône actuellement dans le bureau de l’agence de voyage française Voyageurs du Monde, à Paris.

Antarctique

©ArChing for Milk magazine

Rien d’étonnant à ce que les cartes de l’artiste se retrouvent dans le monde de la mode, du voyage et du luxe: pendant une dizaine d’années, Charlotte Bourrus a travaillé comme graphiste pour des magazines, des agences de voyages, le label de mode Volcom et la marque de bijoux Hipanema. "Mais j’en avais assez d’être graphiste", explique-t-elle. L’atlas géant du Times, un cadeau de sa sœur, lui a soudain offert une nouvelle perspective - ainsi qu’un contexte idéal pour ses collages.

Son premier projet est un collage personnalisé réalisé pour l’anniversaire d’une amie, pour lequel elle avait collé ses photos personnelles sur une carte de l’Antarctique. Pourtant, l’amie en question n’avait rien à voir avec l’Antarctique. Aucune des deux n’y avait jamais mis les pieds: c’est juste parce qu’elle adorait la forme et les couleurs.

"Les frontières nous définissent. Il vaudrait peut-être mieux qu’il n’y en ait pas."
CharlotteChab

Le projet ‘The Map’ était né. Depuis, en une petite dizaine d’années, Charlotte Bourrus devient une artiste à plein temps. Elle attire les commandes des belles marques et des boutiques de luxe, mais les particuliers aussi peuvent, via son site web, s’offrir une carte ou un globe. Parmi eux notamment, Salma Hayek.

Aujourd’hui, CharlotteChab réalise d’ailleurs toujours des cartes à partir de son atlas du Times ou de ses archives de livres et magazines, qu’elle scanne pour les imprimer avant de les découper à l’aide d’un cutter et de les coller.

L’artiste a aussi ajouté une dimension supplémentaire à son travail avec ‘The Globes’, des collages tridimensionnels piqués sur des épingles et présentés sous des globes de verre, ainsi que de gigantesques collages trônant dans des vitrines de boutiques, notamment pour la marque de bijoux espagnole Tous (et sa boutique de Barcelone) ou la boutique de lingerie et de beachwear Albertine à Biarritz.

Pour les grands magasins Bergdorf Goodman et Neiman Marcus à New York, elle a réalisé des globes exclusifs et, pour Noël, elle présentera d’autres créations pour ABC carpet and home (NY) les concept stores Kapok à Hong Kong et Singapour et, tout récemment, le salon du design Maison & Objet à Paris.

CharlotteChab pourrait bien ajouter Bruxelles à cette liste en réalisant un projet pour l’agence de voyage Voyageurs du Monde, pour laquelle elle réalise une vitrine de Noël à Paris. Ensuite, elle continuera à traverser (et rêver) les frontières, surtout dans sa tête. "Le Graal, ce serait une vitrine pour Hermès", rêve-t-elle.

Et un travail un peu plus politique? "En fait, il l’est un peu. Les pays que je représente ont des frontières et ces frontières sont politiques. Elles nous définissent. Ce serait peut-être plus simple s’il n’y en avait pas."

Globe personnalisé à partir de 400 euros. 

©rv

Cet article paraît dans notre Spécial Knokke de 150 pages, le samedi 22 juin avec L'Echo.

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