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Le galeriste belge Guy Pieters aide à réaliser l'ultime rêve de Christo

©André Grossmann / 2020 Christo and Jeanne-Claude Foundation

Avec l’Arc de Triomphe empaqueté, le dernier rêve de Christo se réalise enfin, notamment, grâce à l'appui financier du marchand d'art belge Guy Pieters.

Le marchand d’art belge Guy Pieters est à Paris pour l’inauguration de l’Arc de Triomphe emballé. Trois-cents collectionneurs et curateurs du monde entier ont été invités à l’événement et au dîner de gala organisés en mémoire du couple d’artistes Christo et Jeanne-Claude.

'Arc de Triomphe, Wrapped' ©AFP

“Un de leurs plus anciens projets est réalisé: c’est comme s’ils étaient toujours là, avec nous”, déclare Guy Pieters, qui représente les deux artistes depuis 1986. Ces dernières semaines, on a suivi en temps réel la réalisation de "L’Arc de Triomphe empaqueté" sur le site web des artistes. “C’est triste que les artistes ne puissent être présents aujourd’hui”, déclare Guy Pieters. Nous rencontrons Guy Pieters à Saint-Tropez, où, il y a deux ans, il a créé, avec son épouse Linda, la Fondation Linda et Guy Pieters.

À Paris, Christo et Jeanne-Claude posent devant 'le Pont Neuf' en 1985. ©Wolfgang Volz / 1985 Christo and Jeanne-Claude Foundation

Quelle a été votre contribution à la réalisation de "L’Arc de Triomphe empaqueté"?

Guy Pieters: “Tous les projets de Christo et Jeanne-Claude sont financés exclusivement par la vente de leurs dessins, études, collages et maquettes. Je suis l’un des trois galeristes au monde - les deux autres étant Pace Gallery à New York et Annely Juda Fine Art à Londres - à travailler avec leurs héritiers pour organiser ces ventes. Au cours de l’été 2019, nous avions organisé une exposition à Knokke lors de laquelle, à huis clos, nous avons pu placer 25 œuvres de la série ‘Arc de Triomphe’ dans des collections internationales, ce qui nous a permis de contribuer au projet à hauteur de 7 à 8 millions d’euros.” (Le prix de cet empaquetage est d’environ 14 millions d’euros, NDLR).

"C’est comme si Christo et Jeanne-Claude étaient toujours là, avec nous."
Guy Pieters
Un marchand d'art

Reprenons l’histoire au début: Christo et Jeanne-Claude se sont rencontrés à Paris à la fin des années 50 et ont esquissé leurs premiers projets d’empaquetage de bâtiments publics, dont l’Arc de Triomphe, en 1961. C’est dans ses environs que Christo avait loué un petit appartement, après avoir fui la Bulgarie communiste à la fin des années 50. Le fait que, soixante ans plus tard, l’Arc de Triomphe soit empaqueté dans 25.000m² de polypropylène recyclé et trois km de corde rouge est un cadeau, hélas posthume: Christo est décédé en 2020 et Jeanne-Claude, en 2009.

©Wolfgang Volz / 2021 Christo and Jeanne-Claude Foundation

Ils ont notamment réalisé l'empaquetage du Pont Neuf (1985) à Paris et du Reichstag à Berlin (1995). Ils ont également encerclé des îles ("Surrounded Islands", Miami, 1983) et posé des quais flottants ("Floating Piers", lac d’Iseo, Italie, 2016). Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils rêvaient déjà de l’Arc de Triomphe au début de leur carrière.

Comment avez-vous vécu le making of de ce paquetage?

GP: “Mon épouse et moi avons vu Christo pour la dernière fois en octobre 2019, à Bagneux, où nous avons visité son atelier où se trouvait une énorme maquette de l’Arc de Triomphe. Rien ne laissait présager qu’il allait décéder moins d’un an plus tard: il était plein d’énergie et travaillait activement sur le projet. Il avait tout testé en détail avec son équipe, des ingénieurs et des spécialistes de la sécurité incendie et de la stabilité. En cas de fortes pluies, par exemple, le tissu de polypropylène ne doit pas retenir l’eau, sans quoi les poches d’eau exerceraient une pression trop forte sur le bâtiment."

La demeure du couple de belges à Saint-Tropez regorge d’œuvres d’art. ©Cafeine

"Une fois tout approuvé, la date de réalisation a été reportée à plusieurs reprises: d’abord parce que des faucons y nichaient et, ensuite, parce qu’il avait été décidé de faire coïncider ‘L’Arc de Triomphe empaqueté’ avec la rétrospective au Centre Pompidou, prévue pour le 1er juillet 2020, mais qui avait été reportée au 19 octobre pour cause de pandémie. Hélas, Christo est décédé à la fin du mois de mai.” 

Comment avez-vous rencontré Christo et Jeanne-Claude?

GP: “C’est une connaissance commune bruxelloise qui nous avait présentés au couple d’artistes en 1986. Le courant est passé et nous sommes devenus amis. Pendant ces 35 années, nous n’avons jamais signé le moindre contrat: tout reposait sur la confiance, ce qui m’a valu le privilège de pouvoir organiser 14 expositions-ventes. Nous avons ainsi pu aider financièrement Christo et Jeanne-Claude, notamment pour la réalisation de ‘The Gates’ à Central Park à New York (2005), de ‘London Mastaba’ (2018) et surtout, de ‘Floating Piers’, des jetées flottantes sur le lac d’Iseo en Italie (2016).”  

Christo et Jeanne-Claude ont-ils modifié votre regard sur l’art?

GP: “Ils m’ont énormément influencé. Le fait que Christo ait patienté de 1961 à 2021 pour réaliser ‘L’Arc de Triomphe’, c’est fascinant! Pour le ‘Pont Neuf’, il avait fallu 10 ans et pour ‘The Gates’ à New York, 26 ans! Et l’empaquetage du ‘Reichstag’ a été refusé à trois reprises. Leur enthousiasme était d’autant plus admirable qu’ils se heurtaient souvent à des refus. Christo m’a appris à ne jamais renoncer, malgré les revers.”

Le jardin de Guy Pieters est accessible aux visiteurs qui pourront y admirer des sculptures de Wim Delvoye, Jim Dine et Jean-Michel Folon. ©Cafeine

Une de leurs philosophies était de partager l’art avec le plus grand nombre. Est-ce également l’intention de la Fondation Linda & Guy Pieters à Saint-Tropez?

GP: “La Fondation, ouverte durant l’été 2018, est avant tout destinée à maintenir l’unité d’une partie de notre collection une fois que nous ne serons plus là, mais elle a aussi une fonction publique. Nous avons un espace d’exposition dans la station balnéaire même, mais ouvrons également notre jardin privé aux groupes de visiteurs en dehors des mois d’hiver, le vendredi et sur rendez-vous."

Dans le salon de Guy Pieters, à Saint-Tropez, se trouve un croquis préparatoire des artistes pour "Running Fence". ©Cafeine

"Nous distribuons gratuitement nos catalogues aux visiteurs de notre jardin de sculptures, et offrons aux groupes un drink près de la piscine. Dans le jardin se trouvent uniquement des œuvres d’artistes avec lesquels nous avons collaboré - Arman, César et Jan Fabre. J’assure généralement la visite guidée.”

Les visiteurs peuvent-ils aussi voir chez vous des œuvres de Christo et Jeanne-Claude?

GP: “S’ils ont réalisé une série de sculptures, nous n’en possédons aucune. Dans notre maison privée de Saint-Tropez, nous avons quelques œuvres de Christo et Jeanne-Claude, comme un dessin préparatoire pour ‘Running Fence’ (1976). Une œuvre de la série ‘L’Arc de Triomphe’ se trouve également dans notre collection, mais notre maison n’est pas ouverte aux visiteurs.” 

S’agira-t-il de la dernière œuvre de Christo et Jeanne-Claude, trente-six ans après ‘Le Pont Neuf’?

GP: “Pour l’instant oui, mais tout dépend des fonds nécessaires. Il a été convenu avec les héritiers que des projets pourraient être réalisés à titre posthume en collaboration avec Vladimir, leur neveu, qui en suivra le déroulement de A à Z. Il m’a expliqué que, quelques jours avant sa mort, Christo avait fait un vibrant plaidoyer pour ‘L’Arc de Triomphe’ au téléphone. Il voulait que Paris et le monde entier viennent profiter de cette œuvre.”

"L’Arc de Triomphe empaqueté": du 18/9 au 3/10 à Paris. Fondation Linda & Guy Pieters, 28 boulevard Vasserot (Place des Lices), Saint-Tropez, www.fondationlgp.com

Taschen ouvre une librairie pop-up consacrée aux publications sur Christo: 144, av. des Champs-Élysées, jusqu’au 3 octobre.

Sotheby’s Paris (76, rue du Faubourg Saint-Honoré) organise l’exposition "The Final Christo: original works for the Arc de Triomphe" du 18/9 au 3/10. 

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