Publicité
sabato

Les couacs de Google Earth

Golden Gate Bridge (USA). Latitude 37°49'31.28"N. Longitude 122°28'45.73"W. ©Clement Valla

Google Earth n'est pas infaillible. L'artiste Clement Valla présente les erreurs surréalistes de la plus grande carte numérique, des routes molles aux ponts dégoulinants en passant par des rubans d'asphalte.

Bons baisers de Google Earth. Ou devrions-nous dire de Google Absurd? Le projet artistique 'Postcards from Google Earth' montre les endroits les plus étranges de la plus célèbre carte numérique du monde. Depuis des années, l'artiste américain Clement Valla traque les erreurs dans la célèbre application gratuite et les compile sur son site, Postcards from Google Earth. Les images sont un croisement entre les photos aériennes du français Yann Arthus-Bertrand et les dessins surréalistes de M.C. Escher. Tout comme ce dernier présentait des versions impossibles de figures mathématiques, Clement Valla montre des paysages 'impossibles' avec des ponts serpentant dans les airs comme des spaghettis et des routes plongeant à la verticale pour se redresser tout aussi abruptement un peu plus loin.

Chutes du Niagara (USA). Latitude 43° 5'22.09"N. Longitude 79° 4'5.97"W. ©Clement Valla

Made in China
Depuis 2010, Valla a recueilli une centaine d'images ratées, principalement en Amérique, mais aussi en Suisse, en Norvège et à Rome. Le spectateur attentif reconnaîtra même certains lieux célèbres, quoique dans une version 'ivre': le Golden Gate Bridge à San Francisco et les Chutes du Niagara à la frontière entre le Canada et les États-Unis.

"La première fois que je ai découvert ce genre d'erreur, j'ai été scié. J'avais commandé des peintures à Xiamen, en Chine, pour un autre projet artistique. Par curiosité, j'ai cherché cette ville sur Google Earth et j'ai vu une image d'un tas de bâtiments à l'envers ou même totalement déformés. J'ai réalisé que cela était dû à une inadéquation entre le modèle 3D du terrain et les photos satellite en 2D. Ce n'est pas une erreur à proprement parler: c'est une conséquence de la programmation du système. Alors, je me suis mis en quête d'autres exemples. J'ai trouvé les plus spectaculaires près des routes et des ponts. C'est là que le risque d'incompatibilité entre le modèle 3D et la photo satellite est le plus grand. Il m'arrivait de rester assis pendant des heures devant mon écran à suivre des routes, sachant que je finirais par trouver un tronçon vallonné avec une forme loufoque", explique Valla.

"Mais ces cartes postales ont aussi un côté autobiographique: pour mon travail, je voyage énormément, notamment pour me rendre à des expositions ou donner des conférences. Chaque fois que je croisais une route ou un pont particuliers, je les cherchais sur Google Earth. Voilà comment j'ai trouvé quelques beaux spécimens pour mon site."

Appalachia (USA). Latitude 33°32'41.98"N. Longitude 86°38'35.28"W. ©Clement Valla

Problème résolu
La mauvaise publicité n'existe pas, affirment certains. Pourtant, on peut se demander si Google est vraiment satisfait du site de Valla. "Ils connaissent mon projet, mais leur seule réponse officielle a été de demander que le logo et les informations de copyright soient mentionnés sur mes images", commente Valla.

"Officieusement, j'ai également reçu un coup de fil d'un ingénieur qui travaillait aussi pour Google: il voulait savoir s'il pouvait utiliser mes photos dans une présentation au sujet de la façon dont Google pouvait résoudre ces problèmes." Parce que Google y parvient, lentement mais sûrement.

Cinq ans après la première photo de Valla, certaines déformations ont disparu ou se sont atténuées. Google améliore continuellement ses modèles 3D et les photos sont également automatiquement mises à jour. Les images avec beaucoup d'ombres donnent les résultats les plus frappants, comme les photos prises de biais. Si celles-ci sont remplacées par des photos sans ombres prises à angle droit, l'effet surréaliste s'atténue. Mes cartes postales font donc en partie aussi du patrimoine."

Lac Powell (USA). Latitude 36°56'12.02"N. Longitude 111°29'3.54"W ©Clement Valla

State of the Earth
Clement Valla, qui vit et travaille à Brooklyn, New York, est représenté par la galerie parisienne XPO. C'est là que vous trouverez les éditions des Google errors. Mais le New-Yorkais a aussi réalisé de véritables cartes postales à partir de sa série, distribuées gratuitement lors d'expositions dans des musées aux États-Unis. Les captures d'écran de Valla sont généralement des ready-made ou des objets trouvés. "Les cartes de Google Earth sont des objets usuels. Je fais du même objet une chose purement esthétique. Pour moi, la beauté réside dans le hasard. Les photos satellites ne sont pas faites pour être belles; elles le sont accidentellement", explique Valla.

"Nous vivons dans une culture visuelle où de plus en plus d'images sont générées automatiquement. Google Earth, par exemple, ressemble à une grande photo, mais, en réalité, c'est une base de données mise continuellement et automatiquement à jour par une infinité d'images aériennes et satellitaires. C'est un ensemble très complexe. Mes cartes postales montrent les lieux où l'illusion de Google Earth en tant que représentation sans coutures de la terre est momentanément interrompue. C'est alors que l'on réalise que c'est une oeuvre humaine et que l'on se demande "Comment c'est fait? Et par qui? Et pour qui?" Les images de Google Earth sont produites par une longue chaîne d'exécutants: caméras satellites, cartographes, arpenteurs, ingénieurs, logiciels, ordinateurs etc. La paternité de ces images est donc une donnée très complexe, tout le contraire d'une photo classique shootée par un seul photographe. Je trouve que c'est ça qui est intéressant. Et qui élève mes captures d'écran au rang d'art."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité