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Les meilleures oeuvres de Henry Van de Velde

©ENSAV La Cambre Bruxelles

L’exposition la plus marquante de l’été à Knokke? Les dessins et peintures de Henry van de Velde chez Ronny Van de Velde. C’est dans les dunes de Knokke qu’Henry a rencontré l’amour de sa vie Et qu’une deuxième carrière d’architecte et de designer s’est ouverte à lui.

Non, Ronny Van de Velde n’est pas un parent d’Henry van de Velde (1863-1957). "Mes grands-parents s’appelaient Henri et Maria. Henry van de Velde était également marié à une Maria, mais le parallèle s’arrête là!", s’exclame le marchand d’art en riant. Pourtant, l’artiste-architecte-designer Henry van de Velde fait partie de la vie de Ronny, et depuis 40 ans déjà. "Je collectionne ses premiers dessins et peintures depuis très longtemps. Parce qu’ils sont sous-évalués, parce qu’il n’y en a pas beaucoup sur le marché et parce qu’il n’en a pas fait beaucoup en dix ans -tout au plus 60 peintures et 250 dessins, dont la plupart se trouvent dans des musées."

©Galerie Ronny van de Velde

Le Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale de Bruxelles en possède 20, tandis que le musée néerlandais Kröller-Müller, conçu par Henry van de Velde, en a 15. Le fait que, cet été, Ronny Van de Velde soit en mesure d’en exposer 25 dans sa galerie de Knokke peut donc être qualifié d’exploit. "Pour l’occasion, je vends également des œuvres de ma collection privée, que j’ai souvent prêtées pour des expositions", explique-t-il. "Pour être honnête, ne les proposer à la vente qu’aujourd’hui, 40 ans plus tard, ça ne me fait ni chaud ni froid: c’est le destin de tout marchand d’art."

Pointillage abrutissant

L’intérêt de l’exposition est d’autant plus grand que le galeriste anversois publie également un catalogue de ses peintures et dessins, réalisé par l’historien de l’art Xavier Tricot. "Il existe déjà des catalogues raisonnés de son mobilier, de son travail de reliure, de ferronnerie, de textile et de céramique. Nous comblons donc un vide", commente Ronny. "Henry Van de Velde a été diplômé de l’Académie d’Anvers en 1883. L’œuvre la plus ancienne que je présenterai à l’exposition date de 1885. Ma pièce maîtresse est une œuvre pointilliste de 1890."

"Un style pictural extrêmement rare dans sa peinture, puisqu’il n’en a réalisées que quelques-unes entre 1888 et 1890. Par la suite, il a trouvé ce "pointillage intensif trop abrutissant", précise Lisette Pelsers, directrice du musée Kröller-Müller.

"Dunes et mer sous le soleil avec un village au loin", 1891, Knokke. "Ferme et meules de foin", 1887-1888. Wechelderzande. ©Galerie Ronny van de Velde

Comme on peut le voir dans l’exposition et le catalogue, Henry van de Velde aimait la côte belge et zélandaise. Il a peint et dessiné des dizaines de paysages de dunes, de plages et de polders à Blankenberge, Knokke et Cadzand. Il était obsédé par les ondulations de sable sur la plage mouillée et les traces du vent dans les dunes, des motifs fluides qu’il a intégrés dans son travail ultérieur en tant qu’architecte (d’intérieur) et designer. "Je me promenais dans les dunes de Knokke-Heist à la recherche des motifs fugaces, abstraits et imprévisibles que le vent avait laissés dans le sable. Quand j’ai tourné le dos à la peinture (en 1893, NDLR), j’ai créé mes premiers ornements en me basant sur ce jeu d’éléments naturels", écrit-il dans ses mémoires. En d’autres termes, les germes de sa future carrière se trouvent dans les dunes de Knokke.

Villa Ten Anker

À Knokke, on n’a pas encore oublié Henry van de Velde. Une rue près du nouveau projet immobilier Duinenwater, derrière la gare de Knokke, porte son nom. Et la villa Noordhinder-Westhinder qu’il a conçue a été classée monument historique en 1994. Cependant, il n’y a pas vécu: en 1931, il y a construit la villa jumelée moderniste pour l’artiste Albert Saverys et le courtier en café Maurice Colman. Avec son toit plat et ses détails style paquebot, elle sort du lot parmi les immeubles à appartement du Zoute. Inutile de chercher la maison où Henry van de Velde a vécu à partir de 1890: la Villa Ten Anker,  sur la digue, a été démolie en 1925 en vue de l’extension du Grand Hôtel de Knokke.

"Paysan penché avec un chapeau de paille", 1890: une œuvre dans laquelle l’influence de Millet et de Van Gogh est clairement visible. ©Galerie Ronny van de Velde

La Villa Ten Anker était la maison de son oncle Guillaume et de sa tante Marie Elisabeth. Henry put y séjourner après le décès de sa mère. Mentalement, le jeune artiste avait touché le fond et prendre l’air de la mer lui fit clairement du bien. "Nous étions assis à la grande table, dans l’atelier de la maison à Knokke, en face de la baie vitrée qui donne sur cette mer immense. Ma tante et moi nous imaginions sur un bateau voguant vers de lointaines contrées", écrit-il encore dans ses mémoires. Pour surmonter son chagrin, il faisait de longues promenades sur la plage. Il se mit également à travailler avec sa tante à "La veillée des anges", son unique tapisserie monumentale. "Cela m’aide à surmonter mon impuissance et ma faiblesse", déclarait-il. Cette pièce coûtait 2.500 francs en 1893, mais il ne parvint jamais à vendre cette "maudite tapisserie" et la conserva toute sa vie.

Multitalentueux

C’est également à Knokke qu’Henry Van de Velde rencontre l’amour de sa vie, Maria Sèthe, une amie du peintre Théo Van Rysselberghe qui, le 1er avril 1893, l’avait invité à faire une excursion à L’Écluse avec quelques connaissances. Ce jour-là, Henry est séduit par Maria, fille d’un entrepreneur textile qui avait des contacts avec le mouvement anglais Arts & Crafts, fondé par William Morris. Cette rencontre ne fait qu’accroître l’intérêt d’Henry pour les papiers peints, les textiles et les arts appliqués. "Van de Velde voulait débarrasser le monde industrialisé de sa laideur. La peinture était trop limitée pour cela", écrit Lisette Pelsers dans le catalogue. "Animé par un pur idéalisme, Van de Velde se révèle véritablement multitalentueux et devient alors architecte, décorateur d’intérieur, ébéniste et orfèvre." C’est sans doute dû à la qualité de l’air de la mer de Knokke.

Peintures et dessins de Henry Van de Velde, à partir du 31 juillet à la Galerie Ronny Van de Velde, Zeedijk 759 à Knokke. www.ronnyvandevelde.com

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