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Opération 'mains sales': Axel Vervoordt devient céramiste

La céramique, une philosophie selon Axel Vervoordt. ©Laziz Hamani

La céramique d'art, ancienne et contemporaine, connaît un formidable essor et les céramistes sortent enfin de leur statut limité d'artisans. Les amateurs achètent des pièces uniques, plus abordables que la plupart des oeuvres d'art contemporain. Même le marchand d'art Axel Vervoordt a tenu celà sous silence. "Celui qui fait de la céramique est certainement humble. Nous ne sommes alors que l'intermédiaire entre les éléments naturels'.

Depuis toujours, je suis très attaché à cette énergie primitive qu'est la Terre", souligne Axel Vervoordt. "Quand mon épouse, May, et moi avons acheté le château de 's Gravenwezel, il y a trente ans, nous l'avons restauré avec des matériaux locaux. Nous avons peint les murs avec un mélange de chaux naturelle et de terre que nous avons prise dans le jardin. Déjà à l'époque, "c'était penser global, agir local". Nous avons couvert les murs du hall de sable jaune vif et le motif en faux marbre a été peint en terre franche brune. Sur les murs de notre salon wabi, il y a un mélange de terre et de colle sans ajout de pigments de couleur. Un quart de siècle plus tard, les murs sont toujours une toile de fond simple et sans prétention pour mettre en valeur nos objets d'art."

La céramique est peut-être le plus beau produit réunissant les quatre éléments: la terre et le feu, bien sûr, mais aussi l'eau et l'air - pendant le processus de refroidissement. "La céramique est une donnée philosophique intéressante. C'est l'union la plus pure de la terre et du feu, avec l'homme dans le rôle de l'intermédiaire. Le céramiste utilise l'énergie de la Terre pour créer quelque chose de puissant."

Axel Vervoordt fait de la céramique raku depuis cinq ans. "Je me sens comme un débutant qui a encore beaucoup à apprendre. Le processus créatif est presque plus important que le résultat final." ©Laziz Hamani

Choc thermique
Axel Vervoordt ne se limite pas à philosopher sur la terre. Depuis de nombreuses années, il achète, vend et expose de la céramique japonaise, civilisation qui la considère comme la plus haute forme d'art. Le raku est la céramique traditionnelle réservée à la cérémonie du thé. Au Japon, les pièces raku façonnées à la main sortent du four à 1.200 degrés et refroidissent à l'air libre. Ce choc thermique brutal crée des couleurs profondes et de subtiles craquelures. Après la Seconde guerre mondiale, de nombreux céramistes occidentaux ont également recouru à cette technique traditionnelle, soit en faisant refroidir la poterie à l'air libre, soit dans de l'eau, soit dans un baril semi-fermé contenant des matières combustibles comme de la sciure ou du papier. La fumée produite par la combustion pénètre dans les parties non émaillées et dans le craquelé de la pièce. Ce processus demande beaucoup d'expérience, une excellente connaissance des matériaux et un timing parfait. "Raku vient du nom de la famille Raku, une lignée qui fait de la céramique depuis quinze générations, soit depuis le XVIème siècle", explique Vervoordt. "Kichizaemon Raku XV, maître et chef de la dynastie Raku, est un ami. J'ai pu le rencontrer au Japon et je l'ai reçu chez nous, au château, grâce à mon architecte japonais Tatsuro Miki."

Faire de la céramique est un travail physique. Mais en se concentrant sur ses gestes, on entre dans une sorte de transe méditative. Une heure peut durer une éternité.
Axel Vervoordt

Transe méditative
Depuis cinq ans, Axel Vervoordt réalise de la céramique raku, en toute discrétion, dans deux ateliers: un dans son jardin et un dans les dépendances de son château. "J'aime prendre mon temps. Je fais de la céramique avec mes collaborateurs, Kosi Hidema ou Kris Roosenfeld et, parfois, avec Tatsuro Miki, l'architecte japonais avec qui je réalise des projets 'East meets West' style wabi, comme le penthouse 'terrestre' de Robert De Niro, pour lequel nous avons utilisé de la terre de New York pour la couleur des murs."

"Le matériau dicte le moment: quand on fait un bol, il faut être dans l'instant. En se concentrant sur ses gestes, on entre dans une sorte de transe méditative. C'est vraiment une pratique du corps et de l'esprit. Le temps devient intemporel."

Axel Vervoordt a aussi déjà eu l'occasion de faire des céramiques raku avec Kichizaemon Raku XV. Il suit également le travail de Shiro Tsujimura, l'artiste céramiste japonais mondialement célèbre pour ses pots 'imparfaits'. "Par rapport à ces artistes, mon travail ne vaut rien. Je me sens comme un débutant qui a encore beaucoup à apprendre. Le processus créatif est presque plus important que le résultat final."

©Laziz Hamani

"Beaucoup de gens trouvent que la terre est sale. Nous faisons quelque chose avec l'énergie qui émane de ce matériau", explique le marchant d'art. "Pour la céramique, c'est pareil: vous prenez quelque chose de la terre, vous lui donnez une forme et vous la rendez au feu. On ne peut pas prédire comment sera la forme finale. Le processus de cuisson est un moment unique que l'on ne peut pas corriger. Avec la terre, on ne fait jamais deux fois la même chose. L'argile que l'on façonne est unique. Chaque geste se reflète dans le travail. L'énergie de la terre devient très brièvement humaine. Pendant le séchage, le bol en argile peut se déformer ou s'effondrer. Cela peut aussi arriver dans le four. Après la première cuisson, je mélange des matériaux locaux pour l'émaillage, comme la cendre de bois que nous couvrons dans le jardin. La cuisson de l'émail est une leçon de lâcher prise: le résultat est toujours une surprise. Celui qui fait de la céramique devient humble: il se rend compte qu'il n'est qu'un intermédiaire entre les éléments naturels."
Les bols raku d'Axel Vervoordt sont réservés à son usage personnel. "J'en offre juste un de temps en temps", conclut-il.

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