Quand l'artiste devient collectionneur

Dans l’appartement de Jean-Luc Moerman on trouve du mobilier vintage, des travaux personnels, des estampes japonaises et de la photo contemporaine. Visite guidée.

- Est un artiste contemporain bruxellois connu pour ses oeuvres tatouées sur des bâtiments, des vélos, des oeuvres d'art existantes et des photographies emblématiques.
- Présente jusqu'au 18 octobre une spectaculaire installation chez la marchande d'art Marie-Christine Gennart, à Ixelles.
- Vient de peindre l'asphalte au Carré des Arts de Mons, dans le cadre de Mons Capitale de la Culture 2015.
- Collectionne l'art contemporain, la photographie contemporaine et les estampes japonaises anciennes.

"Ma collection est liée à des amitiés, des rencontres et des périodes de ma vie. Comme la photo de Mitch Epstein dans le couloir : c’est la West Side Highway à New York dans les années 70, avec les Twin Towers en arrière-plan. C’est le quartier de Greenwich, où j'ai vécu quand j'étais coursier à vélo à New York. Comme je n'avais pas de green card, je ne pouvais pas avoir d’emploi mais, quand j'ai montré une photo de moi à côté d’Eddy Merckx, on m’a tout de suite embauché ! Plus tard, j’expliquerai à mes enfants pourquoi cette photo est importante pour moi. Et que New York a énormément changé depuis 9-11, qui a été un moment-clé de l'histoire contemporaine. J'ai aussi une photo historique de Boris Mikhailov. Je ne peux pas la mettre au mur chez moi parce qu'elle est trop choquante : on voit des enfants des rues sniffer de la colle. La composition et les couleurs sont aussi belles que du Goya, mais la scène en dit long sur l'esprit du temps en Russie."

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"Ma collection n’est pas encore très étendue. J’ai aussi des photographies de Hiroshi Watanabe et des dessins de Devendra Banhart et Alkis Boutlis. Il m’arrive d’échanger une petite œuvre avec un artiste avec lequel j’ai des affinités. Mes pièces maîtresses absolues sont mes quelques estampes japonaises. Chaque fois que je suis au Japon, j’en cherche. Lors de l'un de mes derniers voyages, j'ai acheté une estampe érotique de Hokusai (1760-1849), l'artiste qui a réalisé La Grande Vague. Le prix demandé était très élevé, mais comme je suis allé la voir plusieurs fois, nous avons réussi à négocier. Normalement, je serais incapable de me l’offrir, mais comme j'avais bien vendu au Japon, je me suis un peu laisser aller... D'autant plus que cette estampe érotique m’obsédait depuis des jours."

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"Regardez ces mains et ces pieds : on dirait du Picasso avant l’heure. La ligne claire me fait  penser aux bandes dessinées de Tintin ou de Bob et Bobette. Je recherche aussi des estampes avec des personnes tatouées. Au Japon, les tatouages sont les œuvres d’art les plus intimes qui soient. On pourrait aller jusqu’à dire que vous avez l’art dans la peau. J’aime ce lien étroit avec l'art : c'est quelque chose qui peut vous aider dans la vie." "Actuellement, collectionner est devenu un passe-temps si mondain qu’il ne s’agit parfois plus que de name dropping pour dîners en ville. Pour moi, ce n’est pas tant la possession des œuvres qui compte, mais ce qu'elles signifient dans ma vie. Quand on meurt, on part les mains vides, on n’emmène que son bagage de vie, les œuvres d'art restent."

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©Guy Kokken

"Je suis choqué par le fait que le monde de l'art contemporain déraille en termes de prix. En tant qu'artiste, vous choisissez d’entrer dans la danse ou non. Comme les peintures ou les dessins finissent souvent dans le dépôt d'un collectionneur, j'aime faire des interventions sur un mur entier car, en tant que collectionneur, vous devrez vivre avec tous les jours. Et vous ne pourrez pas le vendre. Chez la marchande d'art bruxelloise Marie-Christine Gennart, j’ai habillé une pièce de plexi brillant. Quand les rayons du soleil l’éclairent, cela ressemble à une aurore boréale."
"Une autre facette de mon travail, sont des tatouages sur des représentations existantes de maîtres anciens comme Lucas Cranach par exemple. C'est ma façon d’avoir à la maison des chefs-d'œuvre inaccessibles sans pour autant les posséder réellement. Si j’avais un budget illimité, je choisirais une ou deux œuvres seulement. Un dessin de Goya ou d’Honoré Daumier, par exemple. Ou La Chute des anges rebelles de Pieter Bruegel, une œuvre de 1562 qui est exposée au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est la peinture que j’ai le plus regardée dans ma vie !"

Jean-Luc Moerman, jusqu'au 18 octobre, chez Marie-Christine Gennart, rue Vilain XIIII 2 à 1050 Ixelles. http://mcgennart.be

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