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Qui sont les money monsters, ces obsédés de la richesse?

Christina, 21 ans, se rend à son mariage, Walt Disney World, Orlando, 2013. ©Lauren Greenfield / Phaidon

Une ado dont le nez bandé laisse supposer qu'elle vient de se le faire refaire. Un garçon de treize ans qui profite de sa bar-mitsva pour reluquer les nichons d'une danseuse. Certaines images de 'Generation Wealth', l'ouvrage de la photographe Lauren Greenfield, sont déconcertantes. Le fric, c'est... chic?

Le gros plan d'une main sur laquelle des bagues en or et une montre pavée de diamants brillent plein pot. Un dressing grand comme une salle de bal déborde d'accessoires de labels de luxe. Ce ne sont là que quelques unes des pages de 'Generation Wealth', le recueil d'images tragi-comique de la photographe américaine Lauren Greenfield. Cet opus est le résultat de trois décennies passées chez les méga-super-ultra-riches, dont elle dévoile sans pitié les sorties de route. Résultat: environ un demi-million de photos et cinq cents interviews dont sont tirés les 650 clichés et 150 entretiens rassemblés dans ce livre.

"Generation Wealth" ou quand le bling devient la valeur suprême. ©Lauren Greenfield / Phaidon

"Je suis obsédée par les riches", reconnaît-elle. "Mon père a grandi dans la misère et, du côté de ma mère, ils ne roulaient pas sur l'or non plus. Quand j'étais jeune, mes parents ne semblaient pas vraiment se soucier du confort, alors que j'en rêvais. Je considérais l'argent comme une sécurité et un moyen d'avoir une identité." Photographier la richesse ostentatoire de ses compatriotes s'est révélé être son passeport pour entrer dans un monde qui, sans cela, lui serait resté fermé.

Limo Bob, 49 ans, se présente comme le 'king de la limo', Chicago, 2008. ©Lauren Greenfield / Phaidon

Un de ses premiers clichés, deux ados qui mangent une pizza dans une limousine, a été publié il y a 25 ans dans le Los Angeles Times Magazine. La photo a suscité une onde de choc dans une ville que l'on pense relativement accoutumée à tous les excès. Le succès de cette photo l'a incitée à continuer à explorer les dessous du culte de la célébrité, du consumérisme, du pouvoir du sexe, de l'addiction... tout en gardant un regard neutre. Aussi inconcevable que soit parfois la teneur de ses photos (on ne peut s'empêcher de froncer les sourcils à la vue d'une jeune femme sniffer de la cocaïne dans la toilette ou d'un jeune homme, cigare au bec, regarder ostensiblement depuis le toit d'une limousine), l'Américaine ne porte pas aucun jugement sur ses sujets. What you see is what you get.

"Ce livre ne parle ni des Kardashian ni de sacs en croco, mais de la culture qui a permis que tout cela existe", explique-t-elle Et c'est justement cette culture du 'too much is not enough' qu'elle immortalise avec talent et un grand sens du détail.

'Generation Wealth' en anglais, aux éditions Phaidon. 69,95 euros.

Xue Qiwen, 43 ans, dans son appartement de Shanghai, décorée avec du mobilier Versace, 2005. Elle dirige une entreprise qui vend des labels industriels. ©Lauren Greenfield / Phaidon

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