Publicité
sabato

Robert Devriendt: "Lire ses écrits est aussi confrontant que regarder ses propres peintures"

L’artiste peintre vient de publier son premier roman, 'Maximes obsessie'. ©Hannes Vandenbroucke

L’artiste Robert Devriendt nous parle de ce qui le fait vaciller ou lever de sa chaise: de la beauté d'un regard aux rencontres du "hasard", en passant par les sonorités enivrantes d'une mélodie arabe ... ou l'absence d'esthétique architecturale.

Quelle est votre chaise préférée?

Il y a quelques mois, je suis passé chez un brocanteur et j’ai acheté deux chaises en velours rouge au dossier arrondi: probablement kitsch et d’imitation, mais je m’en fiche. Ce ne sont pas des meubles de famille: ils sont le fruit d’une rencontre fortuite, ce que je pratique volontiers.

Qu’est-ce qui vous fait lever de votre chaise?

La musique arabe: chants religieux, transe ou pop. Quand j’entends ces sonorités glissantes, le sol se dérobe sous mes pieds.

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

Je ne me sens pas à l’aise dans les dîners, car il faut se comporter d’une manière bien définie. Faire connaissance avec ses voisins, tenir correctement son verre, bien doser la conversation: il y a tant de règles tacites, surtout dans le monde de l’art! Le dîner de mes rêves, c’est un déjeuner sur l’herbe avec mon épouse et mes enfants. Et avec un passant, éventuellement. Le hasard n’existe pas: il y a toujours une raison pour laquelle on se trouve quelque part.

Qu’est-ce qui vous a récemment fait tomber de votre chaise?

La série turque Bir Baskadır sur Netflix, la meilleure depuis des années. Elle met à nu la société turque. Ce n’est pas le scénario qui me touche, mais le jeu des acteurs. Rien que la façon de marcher dans la rue du personnage principal est fascinante. J’ai souvent envie de faire un arrêt sur image pour savoir ce qui me touche exactement: le génie se cache dans une fraction de seconde.

Vous arrive-t-il de faire une pause?

Je m’assieds  sur cette chaise pour peindre, mais il faut que je sorte de l’atelier toutes les heures, sinon je ne tiens pas. À la maison, j’ai aménagé une terrasse bucolique qui donne sur les champs et les bois, mais je ne tiens jamais bien longtemps en place. Il y a cinq ans, quand j’ai commencé à écrire mon livre, je pensais que je pourrais m’asseoir tranquillement sur cette terrasse et lire mon roman, mais lire ses écrits est aussi confrontant que regarder ses propres peintures.

Quand avez-vous été sur le point de tomber de votre chaise?

J’ai des hauts et des bas. Un éclat de lumière ou un regard peuvent me mettre de bonne humeur. Inversement, une maison moche peut me rendre triste. Parfois, je fais un détour juste pour éviter de passer devant un horrible lotissement. Récemment, un architecte m’a dit qu’il avait conçu uniquement des vilaines habitations. Et il a ajouté que s’il ne l’avait pas fait, quelqu’un d’autre l’aurait fait à sa place. Le cynisme dans toute sa splendeur.

"Maximes obsessie", de Robert Devriendt, chez Borgerhoff & Lamberigts.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité