Sur la chaise du célèbre galeriste bruxellois Albert Baronian

Le galeriste Albert Baronian nous parle de ce qui le fait se lever de sa Panton Chair: les lettres de Che Guevara, les chansons françaises et l’esprit civique.

Albert Baronian

  • Galeriste depuis 50 ans.
  • Il a participé à la fondation de Art Brussels.
  • Il présente une exposition à la Fondation CAB.

Quelle est la chaise de votre vie?

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"Cette Panton Chair rouge, ma première pièce de design, achetée à la fin des années 60, quand j’étudiais les sciences politiques et sociales à Louvain. J’en avais une pour mon kot, et celle de ma future épouse. Quand nous nous sommes mariés, nous en avons acheté quatre de plus. J’aime beaucoup le rouge, c’était la couleur de la cuisine de ma mère. Ces Panton Chairs rouges m’ont accompagné toute ma vie. À Art Luxembourg, elles ont été sur notre stand quand nous avons présenté uniquement des œuvres d’art rouges."

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Le célèbre galeriste bruxellois Albert baronian et sa chaise préférée, la "S-chair".
©Alexander D'Hiet

Qu’est-ce qui vous fait vous lever de votre chaise?

"Je suis en train de lire 'I Embrace You With All My Revolutionary Fervor: Letters 1947-1967', un recueil de lettres intimes de Che Guevara. On apprend à le connaître en tant que révolutionnaire, fils, poète, penseur politique, philosophe et ami."

"Si je n’étais pas galeriste, je serais peut-être devenu clown, cycliste ou chansonnier. Mais certainement pas politicien ni diplomate!"
Albert Baronian

Qu’est-ce qui vous fait tomber de votre chaise?

"Le fait que les politiciens ne considèrent pas la culture comme rentable sur le plan électoral. Que retient-on du président François Mitterrand? Ses grandes réalisations culturelles comme la Bibliothèque nationale de France et la pyramide du Louvre. Que reste-t-il du règne de Louis XIV? Pas sa politique, mais le château de Versailles et ses collaborations avec les meilleurs artistes, artisans, écrivains, architectes (paysagers) et compositeurs de son temps. Aujourd’hui, les politiciens ne s’intéressent qu’à leur réélection. Ce sont de petits potentats qui ne voient pas au-delà de leur horizon. J’ai récemment lu une série d’entretiens avec des femmes qui avaient quitté la politique. Le fil rouge de ces témoignages était la frustration, car les propositions intéressantes si elles étaient venues d’autres partis étaient systématiquement rejetées, même si elles servaient l’intérêt général."

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L'artiste derrière la nouvelle fondation Blan à Bruxelles
©Alexander D'Hiet

Sur la chaise de qui aimeriez-vous vous asseoir le temps d’une journée?

"Certainement pas celle d’un politicien ou d’un diplomate, même si ma mère l’aurait souhaité. Peut-être celle d’un clown, d’un cycliste ou d’un chansonnier? Neuf chansons françaises sur dix me semblent banales, mais les grands chansonniers -Barbara, Georges Brassens, Leonard Cohen, Brel ou même Stromae - sont des poètes qui expriment leur message en trois minutes. 'Göttingen' de Barbara m’émeut chaque fois que je l’entends. La chanteuse française d’origine juive a dû fuir l’occupation allemande, mais elle s’est tout de même produite à l’université de Göttingen en 1964. Comme le piano fourni n’était pas suffisamment bon à son goût, les étudiants en ont trouvé un autre toutes affaires cessantes. Cela l’a tellement émue qu’elle a écrit cette chanson le lendemain, dont les paroles 'Mais les enfants, ce sont les mêmes. À Paris ou à Göttingen', dénoncent l’absurdité de la guerre."

"Même si j’ai été naturalisé belge, je réalise que je resterai toujours à la fois oriental et occidental."
Albert Baronian

Qui inviteriez-vous au dîner de vos rêves?

"Dans mon panthéon, il y a beaucoup de personnalités que j’aimerais inviter. Ce ne sont pas nécessairement des artistes, mais des personnes engagées qui sont pour moi des modèles. Je pense à Nelson Mandela ou à l’autrice-compositrice-interprète Joan Baez. Mais aussi à Jean Moulin, le héros de la résistance française. L’ex-joueur de foot français Lilian Thuram pourrait également se joindre aux invités. J’inviterais Stéphane Hessel, survivant des camps de concentration et auteur de l’essai 'Indignez-vous' paru en 2011. Même si je travaille dans un milieu artistique élitiste, je reste indigné et engagé. L’esprit civique est important."

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La "S-Chair"

©Alexander D'Hiet

La "S Chair" du designer danois Verner Panton (1926-1998) a été la première chaise en plastique faite d’une seule pièce à être produite en série. Panton s’est inspiré d’une pile de seaux en plastique vus dans une usine qui en produisait.

À partir de la fin des années 50, Panton a travaillé sur des dizaines de prototypes. Le design de la chaise était si révolutionnaire que "15 à 20 fabricants" s’y sont cassé les dents. C’est finalement Vitra qui, grâce à Rolf Fehlbaum, a accepté de travailler avec Panton pour mettre la production au point. Depuis la redécouverte de ce modèle dans les années 90, c’est un best-seller.

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La "S Chair" a partagé la couverture du Vogue avec Kate Moss en 1995.

Trouvez-vous difficile de rester assis?

"On m’a demandé quelle qualité j’enviais aux autres. Je n’ai pas su quoi répondre, mais mon épouse m’a suggéré le calme et la sérénité."

Vous arrive-t-il d’être assis entre deux chaises?

"Je trouve que c’est une belle expression et une position intéressante. La première fois que j’ai eu l’impression d’être assis entre deux chaises, c’était lors d’un voyage à Rome, à la fin de mes humanités. Notre bateau a été retardé parce que je n’avais pas de passeport normal: suite au génocide arménien, j’étais apatride et je voyageais avec un laissez-passer bleu des Nations Unies. Même si j’ai été naturalisé belge, je réalise que je resterai toujours à la fois oriental et occidental."

La Fondation CAB à Bruxelles accueille jusqu’au 25 novembre l’exposition 'Quinquagesimum', qui présente des œuvres d’artistes avec lesquels Albert Baronian a collaboré au cours des 50 dernières années. | www.fondationcab.com

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