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"Cette Bugatti est très recherchée"

©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: la merveille rétro dont a hérité Albert Lemaire.

Comme il y a des investisseurs à long terme sur le plan financier, il existe un 'long term ownership' chez les amateurs de voitures de collection. Un magnifique exemple en est la Bugatti type 57C Aravis avec la carrosserie de Letourneur & Marchand que possède Albert Lemaire (81 ans). "Mon oncle et parrain Albert Henet l'a achetée neuve chez Albert D'Ieteren à Bruxelles en juillet 1939", explique-t-il. "Pendant la Seconde Guerre mondiale, pour que le moteur et le châssis ne soient pas réquisitionnés, on les a séparés pour les cacher dans deux endroits différents. Il me l'a offerte en 1955, pour mes 18 ans. Je devais seulement lui promettre de la garder et de ne jamais l'utiliser pour des courses de vitesse. Dans les années 30-40, c'était une voiture de prestige, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Bon, ce n'est pas une Ford T non plus!"

©Thomas Vanhaute

"Mon oncle était célibataire et dirigeait une usine de margarine. Il possédait plusieurs belles voitures, dont une Minerva dans laquelle j'ai joué, enfant. À l'époque déjà, il ne conduisait quasi plus la Bugatti. Il l'a faite réviser de A à Z avant de me l'offrir, elle était donc en bon état. Je l'ai fait restaurer à mon tout en 1988. Le moteur huit cylindres en ligne a été révisé il y a quatre ans: il délivre 160 chevaux - oui, c'est une voiture assez rapide. Ce n'est pas facile de trouver des mécaniciens qui s'y connaissent, alors je vais en France."

Le moteur huit cylindres 3357cc avec compresseur délivre 160 cv. ©Thomas Vanhaute

Ici, la "petite histoire" n'est pas si petite. Lemaire nous montre un de ses nombreux dossiers de documentation et de souvenirs, comme sa participation au Concorso d'Eleganza Villa d'Este en 2009. "Je n'ai pas gagné, mais être accepté, c'est déjà une victoire! Nous avons fait les trajets avec la Bugatti: je ne l'ai pas chargée sur un camion comme beaucoup le font avec leurs voitures de compétition. Elle présente des traces d'utilisation." La même année, sa Bugatti remporte le prix 'Best of Show' lors du concours d'élégance 'Jewels in the Park' au Schloss Dyck, en Rhénanie Nord-Westphalie. "Je l'ai aussi emmenée vingt fois au festival Bugatti à Molsheim, en France. Aujourd'hui, vu mon âge, je la conduis un peu moins. Mais je fais encore 2.000 kilomètres par an." Le compteur indique 83.245 kilomètres. "Ce n'est pas exact: ce compteur ne fonctionnait pas toujours", explique Lemaire.

Albert Lemaire
Agent immobilier à la retraite.
Voiture de tous les jours: Jaguar XJ8 Sovereign (2007).
La première: Bugatti 57 C Cabriolet Aravis Carrosserie Letourneur & Marchand (1939).
La meilleure: Jaguar XJ8 Sovereign (2007).
Voiture à problèmes: Lancia Beta Coupé 2000 (1975).

Sur les 57 Aravis Cabriolet deux places, seulement sept, dont deux avec moteur compresseur, ont été construites chez Letourneur & Marchand. Et c'est la seule qui reste. C'est une voiture de renommée internationale, très recherchée et qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Lemaire refuse de parler de sa valeur. "Je n'en suis que le gardien", déclare-t-il. "Elle est là, je la montre et, plus tard, elle sera pour ma fille, Sophie."

Cette idée de voiture qui se transmet d'une génération à la suivante plaît beaucoup à son fils. "Je n'ai pas d'enfants alors que ma soeur a un fils; elle pourra lui léguer la voiture une fois son tour venu", remarque Patrick Lemaire (49 ans). D'ailleurs, il possède lui aussi un héritage sur roues: la Ferrari 308 GTS (1978) qui avait appartenus à sa grand-mère. Oui, la famille a la passion des belles voitures! "Vous savez que Juan Manuel Fangio l'a conduite!", m'avoue-t-il en riant, en nous montrant une photo de sa grand-mère embrassant la légende de la Formule 1 d'un air malicieux. "C'était il y a environ 35 ans, à Spa-Francorchamps."

Cette fabuleuse Bugatti lui a été offerte par son parrain il y a 63 ans. ©Thomas Vanhaute

Il y a un peu de poussière sur ce pur-sang italien, une merveille qui n'a toujours pas été restaurée. "Depuis la mort de ma grand-mère, il y a 25 ans, j'ai fait 5.000 kilomètres, pas plus. Aujourd'hui, le compteur affiche 59.000", détaille Lemaire. "Je vais au contrôle technique chaque année, et c'est à peu près tout. Je conduis aussi ma Smart de onze ans et ma Citroën Mehari de 1982. Ma Ferrari, je l'aime surtout à cause de son histoire familiale. C'est aussi pour cela qu'il serait impensable de la vendre. Pour moi, elle n'a aucune valeur marchande. Un beau jour, elle se retrouvera peut-être aussi chez mon neveu, à côté de la Bugatti."

La Ferrari 308 GTS (1978) de Patrick Lemaire est un cadeau de sa grand-mère. ©Thomas Vanhaute

"Ma grand-mère avait 55 ans quand elle a acheté la Ferrari. Je me souviens m'être installé sur la banquette quand j'avais une dizaine d'années. Quand j'ai eu 18 ans, j'ai demandé si je pouvais la conduire, à quoi elle m'a répondu "Jamais tant que je vivrai!" Et c'est ce exactement ce qui s'est passé. Le jour de ses funérailles, je me suis assis au volant pour la première fois, pour aller au cimetière."

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