sabato

"Aujourd'hui, cette Opel Kadett est pratiquement introuvable"

Richard et Isabelle Swinnen avec leur Kadett C 2.0 GT/E (1978).

Pendant 37 ans, Richard Swinnen participait aux courses de sprint avec sa Kadett. Au lieu de la vendre à profit, il a transmis cette pièce de collection à sa fille, Isabelle.

Isabelle Swinnen, orthopédagogue

Voiture de tous les jours: Abarth 595 Pista (2018)

La première: Opel Corsa (1988).
 

La meilleure: Volkswagen New Beetle Convertible 1.9 TDI (2006).

La pire: Kia Picanto (2010).

Vendue à regret: Volkswagen New Beetle Convertible 1.9 TDI (2006).

Le rêve: Porsche 911 cabriolet.

 

Le 1er avril, Richard Swinnen a appelé sa fille, Isabelle (41 ans), pour lui dire que le magazine AutoGids l’avait contacté pour un reportage sur son Opel Kadett GT/E (1978), un modèle rare. Elle a tout de suite compris la blague et quand Sabato lui a demandé de jeter un œil dans son garage, il y a eu un léger flottement…

"En 1977, j’ai acheté une Kadett 1900 GT/E neuve", raconte Richard. "Elle coûtait plus de 170.000 francs, quasi le double du prix d’une Kadett de base. Deux ans plus tard, j’ai eu un accident avec, ça m’a brisé le cœur. J’ai racheté l'identique en 1982, à un garagiste du quartier. Elle avait 70.000 kilomètres au compteur. Elle fait partie de la série 1.000, soit les mille premiers exemplaires de la deuxième série, construite comme modèle d’homologation pour Groupe 1B en rallye. Aux Pays-Bas, il fallait présenter une licence de pilote pour en acheter une. Elle a eu tellement de succès qu’Opel en a construit plus de 1.200."

La GT/E de la série 1000 dans sa livrée standard jaune et blanc.

"Aux Pays-Bas, il fallait présenter une licence de pilote pour acheter cette Opel Kadett GT/E."
Richard Swinnen

Aujourd’hui, la GT/E d’origine est pratiquement introuvable, car elle est difficile à conduire. "Moi, j’avais la course dans le sang", poursuit-il. "J’étais allé à une course de sprint à Zutendaal avec un ami qui avait aussi une GT/E. Comme sa voiture n’avait pas de cage de sécurité, elle n’a pas pu y participer. Moi si et j’ai gagné!"

Il dépose un album photo sur la table. On voit Isabelle, bébé, sur le siège avant de sa première GT/E. Et sa seconde au printemps 1984, à la Course de Côte de Sy et au sprint d’Overpelt. Les coupures de presse afférentes louent le sens du show de Richard, "le spécialiste du frein à main." "J’ai fait du sprint, de la course de côte et du slalom", sourit-il. "J’ai plein de coupes! À l’époque, le rallye était un sport populaire."

Une mini combinaison qu’Isabelle portait à l’époque où son père faisait de la compétition.

Les versions sport d’Opel ont eu de nombreux adeptes. La Kadett GT/E était la concurrente de la Ford Escort RS 2000, de la Renault GT Turbo et de la première Golf GTI – qu’elle battait niveau chiffres. "Le wonderboy Patrick Snijers en avait aussi une," poursuit Richard. "Et Guy Colsoul a couru avec la mienne. J’ai arrêté la compétition en 1990: je sentais dans ma nuque le souffle de la Renault R5 GT Turbo et de la Golf GTI 16v. Et je ne voulais pas crasher ma voiture. Elle n’a jamais été accidentée, même si j’étais rapide, car je suis restés prudent."

L’habitacle est aussi en mode rallye.

"En 1991, j’ai tout de même eu un léger accident. Cela m’a rendu fou: j’ai dû partir à la recherche de pièces de carrosserie dans toute la Belgique et aux Pays-Bas. Au cours des deux années suivantes, elle a été démontée jusqu’a son dernier boulon. Le moteur 2.0 EH de 115 ch a été révisé, ainsi que la boîte de vitesses de compétition ZF, qu’on trouve également sur la Maserati Biturbo. Elle avait les accessoires Irmscher. J’ai aussi restauré sa livrée d’origine."

Il montre le carnet d’entretien et des reportages consacrés à sa voiture dans des magazines internationaux. "J’ai continué à la conduire de temps en temps, sur route. Elle a 272.000 kilomètres au compteur. Il y a quinze ans, elle n’intéressait personne, mais, l’année dernière, j’ai eu une offre à 32.000 euros."

Le moteur d’origine de 115 ch a tenu 272.000 kilomètres.

"Isabelle en a pleuré pendant des semaines", témoigne son époux, Christopher Otten. Finalement elle n’a pas été vendue: Isabelle l’a reçue en décembre 2019. "Papa et moi sommes allés au contrôle technique ensemble: un sans faute!", s’exclame-t-elle.

"Elle est de mon année de naissance, je l’ai toujours connue. Quand nous allions voir les courses, mon frère et moi étions sur la banquette arrière, séparés par une frigobox. De chez nous, j’entendais mon père arriver de loin: cette voiture fait partie de lui. J’ai déjà lu que des gens cherchaient parfois en vain la voiture de leur père disparu et je ne voulais pas que ce soit mon cas. J’ai aussi racheté la part de mon frère."

"La plaque d’immatriculation est un cadeau de son cher mari!", sourit Christopher. "Isabelle adore cette voiture. Quand elle a un coup de blues, elle lui remonte le moral. Le soir, elle regarde des vidéos sur la GT/E."

Isabelle Swinnen avec sa Kadett C 2.0 GT/E (1978), une voiture très chère à son cœur.

"J’aime bien me promener dans le garage – j’aime son odeur, aussi!", ajoute-t-elle. "L’Abarth, ma voiture de tous les jours, se trouve à l’extérieur. Ce n’est que depuis qu’elle est à moi que j’ose la conduire. La semaine dernière, j’ai fait 200 kilomètres avec ma fille Adeline qui a 15 ans. Dans une zone industrielle, j’ai fait un dérapage au frein à main... mais je fais attention, je ne veux pas la crasher. Je la gare toujours bien en vue. Et je n’aime pas aller à des meetings, je ne supporte pas qu’on s’en approche. Pour les rallyes de régularité, il faut parfois prendre de mauvaises routes: ça aussi, j’évite."

Richard nous fait vrombir le moteur. "Quand j’ai envie de faire un tour, je viens la chercher," confie-t-il. "Et quand je la redépose, j’embrasse son volant, comme je le faisais autrefois après une course."

Lire également

Publicité
Publicité