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"Ce moteur diesel tiendra 1 million de kilomètres"

Theo Huet et Riet Van Deun et leur Mercedes-Benz Ponton 220 S Cabriolet (1959). ©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: Theo Huet, Riet Van Deun et le club des oldtimers.

"J’avais dix ans. Mon père m’avait donné de l’argent pour aller en train au Salon de l’auto de Bruxelles – et je devais me débrouiller pour ne pas me perdre!", se souvient Theo Huet (84 ans). Au domaine Diepte, à Merksplas, une longue allée mène à son garage. "Après l’achat de cette propriété, en 1974, nous n’avions plus d’argent!", s’exclame-t-il.

Un logo en dit plus que mille mots. ©Thomas Vanhaute

"En mars 1975, un Néerlandais s’est présenté chez nous avec une Mercedes-Benz 200 Lang (1935). Il en demandait 4.000 euros; je ne les avais pas, mais nous l’avons achetée grâce à Riet, une amie de ma sœur, qui a fourni les fonds. Nous étions fans de la première heure et collectionnons ensemble, en amis, depuis quarante-quatre ans, sans disputes! Mon frère et ma sœur étaient aussi de la partie.

À l’époque, j’étais fonctionnaire en semaine et je tenais un café le week-end. Parallèlement, on faisait un peu de commerce de voitures et nous avons aussi organisé les premières foires d’oldtimers."

Theo Huet
fonctionnaire à la retraite.
Riet Van Deun
professeur à la retraite. 

Voiture de tous les jours: Mercedes-Benz 200D (1987).

La première: Coccinelle Volkswagen (1952). 

La plus belle: Buick Super (1947). 

La pire: Mercedes-Benz 170 Heck (1938). 

Vendue avec regret: "Aucune: je ne m’attache pas aux voitures."

Il nous montre une photo de 1981: la première réunion de l’Oldtimerclub De Diepte, dans son jardin. "Nous en avons eu plus de dix, le garage était plein. Ma première classique était une Oldsmobile de 1949, achetée 1.000 euros. Ensuite, il y a eu des Buick, des Pontiac, des Chevrolet et une Mercury large comme un bateau: quand je conduisais ma fille à Louvain, je ne passais pas la rue..."

Finalement, Mercedes-Benz a pris le haut du pavé. "C’étaient les meilleures, et les plus chères. Mon amie Riet est membre du club Mercedes des Pays-Bas depuis 40 ans et, moi, de Belgique, depuis 39 ans. J’ai des goûts éclectiques, mais je ne veux pas entendre parler de voitures anglaises et italiennes. Une Jaguar, c’est magnifique, mais on ne peut pas appeler ça une voiture!"

"Les voitures d’avant-guerre sont rares. C’est ainsi que des cinéastes sont venus frapper à notre porte (du garage). Ils avaient demandé une 200 Lang limousine au collectionneur Ghislain Mahy, qui les a orientés chez nous." Il nous montre un épisode de ‘Histories’, diffusé sur Canvas où l’on voit Theo Huet conduire le photographe de presse flamand Michiel Hendryckx dans les rues de Bruxelles.

D’après Theo Huet, son moteur diesel a une durée de vie d’un million de kilomètres. ©Thomas Vanhaute

"La première mission a été pour le film ‘Ciske le Filou’, en 1984. Willem Nijholt jouait le rôle du chauffeur de Willeke van Ammelrooy, sauf qu’il n’avait jamais conduit de voiture. C’est moi qui lui ai servi d’auto-école. Il y a aussi une de nos voitures dans ‘Black Book’ de Paul Verhoeven et dans le clip de ‘This is the new shit’ de Marilyn Manson. J’ai même fait de la figuration dans ‘L’Orchestre rouge’ de Jacques Rouffio. J’ai aussi travaillé pour Barbra Streisand, pour la série télévisée ‘Rescuers II’. Et j’ai été invité au Canada pendant deux mois. On mettait une villa avec tout ce qu’il fallait à ma disposition, mais je ne pouvais pas en sortir. Les missions de tournage rapportent facilement 2.500 euros par jour. Streisand payait bien elle aussi, mais, hélas, je ne l’ai jamais rencontrée."

L’habitacle de la Mercedes-Benz 170 Da OTP (1951). ©Thomas Vanhaute

En raison de son âge, il a un peu réduit sa collection au cours de ces dernières années. Dans son garage, nous découvrons une E220 CDI Avantgarde (2004) et une 200D (1987), ainsi que deux Mercedes-Benz classiques très rares. "J’ai acheté la Ponton 220 S Cabriolet (1959) en 2011, à un Néerlandais de quatre-vingts ans qui emménageait dans un appartement."

La Mercedes-Benz 170 Da OTP (1951) qu’utilisaient le police et la douane allemande après la guerre. ©Thomas Vanhaute

"Cette voiture a une ligne superbe. Elle a été construite à 2.811 exemplaires seulement. Il n’existe que 530 exemplaires de la 170 Da OTP (1951), qui était destinée à la douane et à la police allemandes. Après la Seconde guerre mondiale, on roulait dans des modèles d’avant-guerre: pendant dix ans, les constructeurs allemands n’ont pas eu l’autorisation d’en développer de nouveaux. Son moteur diesel tiendra 1 million de kilomètres et il consomme moins de 5 litres. Riet a conduit cette voiture à l’occasion d’un circuit dans les Ardennes. Quand son réservoir a enfin été vide, j’avais fait six fois le plein de ma Plymouth!"

"Nous avons racheté cette voiture à un homme très fortuné qui, suite à un décès à New York, avait racheté une collection complète de voitures. Comme il ne s’intéressait qu’aux Gullwing et autres, il s’en fichait de ces “petits diesel”. Notre affection pour ce modèle remonte au début des années 60, quand mon frère en avait acheté une à la ferraille, pour aller à l’université. Et que toute la famille a adopté."

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