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"Ce n'est pas la voiture idéale pour juste faire un petit tour"

Martin Van den Heede préfère conduire la Fiat 500 alors son fils Iben penche plutôt pour la Ford. ©Alexander D.Hiet

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: l’ascension du Koppenberg avec Iben (23 ans) et Martin (64 ans) Van den Heede. Reportage: Bert Voet Photo: Thomas Vanhaute

Que peut bien faire un jeune de 23 ans d’une voiture de 91 ans? "La conduire!", rétorque Iben Van den Heede en riant. "Le sponsor, c’est mon père: c’est lui qui a acheté la Ford Model A Tudor Sedan (1928) il y a vingt ans." "Elle a été prête en 2004", poursuit Martin. "À l’époque, je travaillais à l’Athénée d’Audenarde.Les enseignants comme les élèves du département carrosserie y ont travaillé à la perfection! Et ça n’a pas coûté cher."

Ce modèle, qui a succédé à la Ford T, est rutilant, les sièges sont en tissu beige et certains éléments, en bois. "Celle-ci a sans doute appartenu à un indépendant: le hayon et l’espace de chargement avaient été adaptés. Nous les avons remplacés par une banquette arrière. La voiture a l’âge de ma mère: le jour de ses 90 ans, nous l’avons prise pour la conduire à la fête. Et je la conduis pour lui rendre visite."

Les pneus Whitewall sont indispensables. ©Alexander D.Hiet

Malgré tout, c’est le fils de la maison qui la conduit le plus souvent. "C’est une combinaison unique de frustration et de plaisir. Je me souviens très bien de ma première leçon de conduite: on démarre avec le pied, on accélère avec un levier à main et une boule sur le plancher. Et ce craquement!"

Martin Van den Heede
Peintre indépendant

Voiture de tous les jours: 
Opel Vivaro (2017). 

La première: 
Opel Kadett (1970). 

La meilleure: 
Opel Vivaro (2017). 

La pire: 
Mercedes-Benz Vito (2001). 

Le rêve: 
Range Rover Evoque

"Le double embrayage demande un peu de pratique: pour changer de vitesse, il faut l’amener au bon nombre de tours. Il y a trois vitesses, dont la première qu’on utilise à peine car on monte à 5 km/h à tout casser. Au feu, juste avant de s’arrêter, il faut passer en deuxième, pour être prêt à repartir. Il arrive que les soupapes se bloquent un instant et, alors, on entend une explosion dans l’échappement. Je vois parfois d’autres automobilistes sursauter et s’arrêter pour vérifier si leur voiture n’a pas un pneu crevé!"

"Pour faire l’ascension du Koppenberg, il faut prendre de l’élan", s’amuse Martin. "Changer de vitesse pendant la montée est presque impossible et, comme cela prend un certain temps, on perd beaucoup de vitesse. Une fois que j’avais commencé l’ascension, une autre voiture s’est arrêtée tout à coup, juste avant le sommet. Je m’en suis bien tiré, mais redémarrer sur cette pente est une prouesse!"

Le capot de la Ford Model A Tudor Sedan (1928). ©Alexander D.Hiet

"Ce n’est pas la voiture idéale pour juste faire un petit tour", ajoute Iben. "En fait, nous ne l’utilisons que si nous avons la journée devant nous, parce qu’il faut vérifier les pneus et les niveaux de liquide de refroidissement et d’huile avant le départ. Avec des copains, nous participons à des circuits organisés, c’est super! En fin de journée, nous avons avalé plus de 200 kilomètres et, dans cette voiture, ce n’est pas rien! Si nous ne sommes pas rentrés avant la tombée de la nuit, on ne peut compter que sur un éclairage très limité. Je rêve de la prendre pour partir en voyage. La conduire est une combinaison unique de renoncement et de plaisir."

Iben est mécanicien automobile de formation, mais il travaille comme agent de sécurité. "Brancher des voitures sur un ordinateur portable dans un garage super moderne, ce n’est pas trop mon truc. J’aimerais beaucoup travailler pour un spécialiste des ancêtres, mais les places sont rares!"

L’emblème de la dolce vita. ©Alexander D.Hiet

"Les voitures contemporaines ne m’intéressent que modérément. C’est vrai, j’aimerais bien conduire une Ferrari ou une Lamborghini, mais, finalement, je préfère une voiture ancienne car elles dégagent énormément de sympathie, et ça, c’est mieux que le luxe. Le moteur est simple et c’est tout ce que vous avez à surveiller. Celui-ci est la version deux litres européenne - aux États-Unis, il y avait un 3,2 litres. Il vibre et il vit, il faut l’écouter attentivement car c’est lui qui vous dit ce qu’il faut faire."

La Fiat 500 (1972), cinq cents kilos de plaisir de conduire. ©Alexander D.Hiet

Dans une petite remise se trouve une autre voiture, une toute petite chose adorable. "Cinq cents kilos de pur plaisir de conduire!", s’exclame Martin en indiquant sa Fiat 500 (1972). "Les parents de mon premier amour en avaient une comme ça. J’adore la conduire! Elle est petite et maniable, elle a un toit ouvrant et elle fait un beau son."

"Cette Fiat est agréable, mais un peu trop féminine", déclare Iben, qui, lui, raffole de la Ford. "Un de mes amis a une Renault de 1935 qui a des caractéristiques françaises très évidentes: plus étroite, plus compacte, plus élégante. En ce qui me concerne, je préfère une américaine. Mon rêve? Une Mustang!"

"Conduire la Ford Tudor Berline Modèle A (1928) est une combinaison unique de renoncement et de plaisir."

Aujourd’hui encore, il se souvient dans quelles circonstances il a découvert que les voitures étaient sa vocation. "Quand nous étions encore des enfants, nous pouvions parfois nous asseoir sur les genoux de notre père et prendre le volant et rouler dans la rue. Ma sœur et moi, on se disputait pour savoir à qui c’était le tour! Ma première voiture était une Opel Astra (2002) que j’ai héritée de mon grand-père. Aujourd’hui, c’est ma sœur qui la conduit. Elle restera dans la famille."

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