sabato

"Cette voiture se trouvait depuis des décennies dans un musée avant de reprendre du service"

Le Lancia Belna (1934) appartenait à un couple qui vivait dans un petit village près d'ici. Ils l'avaient rachetée à un musée en faillite et c'est madame qui la conduisait tous les jours. ©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: la "Lanciamanie" de Jef Koolen.

Jef Koolen. ©Thomas Vanhaute

Le terrain autour de ses bureaux est jonché d'épaves de Lancia: une Thema, des Delta, des pièces de Fulvia... Car c'est à l'intérieur que se trouvent les plus belles. "Les parents d'un copain de jeunesse avaient des Lancia", explique Jef Koolen (60 ans). "Son père faisait Liège-Rome-Liège. C'est là que j'ai appris à bricoler.

Ils avaient aussi une Ferrari 250 qui ne roulait plus et nous avions insisté pour la réparer. Son père nous a dit "OK, mais le moteur doit être révisé". Nous avons répondu alors "C'est ce que nous allons faire!" Il connaissait un mécanicien Ferrari qui nous a fourni des pièces et nous avons démonté le V12. J'avais quinze ans et j'apprenais vite. Nous sommes aussi allés jusqu'à l'usine Ferrari, à Maranello, pour la peindre. À l'époque, on pouvait y entrer sans problème."

Jef Koolen
Architecte

Voiture de tous les jours: Lancia Delta Diesel (2012).

La première: "Une coccinelle pour faire du cross, à 14 ans."

La pire: Lancia Fulvia Coupé (1971).

Le rêve: Flaminia Touring Cabriolet.

"Les anciennes Lancia sont incroyablement sexy, techniques et esthétiques. Il y a énormément de similitudes avec l'architecture. Le moteur d'une Alfa Romeo ne changeait pratiquement, plusieurs décennies durant, alors que Lancia construisait des blocs entièrement nouveaux: un V4, un V6, des moteurs boxer... C'était de la folie! Et la faillite assurée."

"Quand j'étais à l'athénée de Kapellen, j'avais un cyclomoteur Flandria qu'une fille de ma classe voulait m'acheter. Un beau jour, j'ai vu une Lancia Flaminia Coupé (1966) en panne sur le parking du supermarché. Je voulais laisser un mot sous l'essuie-glace, mais il y en avait déjà un... de mon frère aîné!

Le propriétaire en voulait 5.000 francs. Rendez-vous pris, devinez qui a ouvert la porte? La fille de ma classe! La voiture appartenait à son père: nous avons troqué la Lancia contre la Flandria. Et je l'ai toujours. Et la Flaminia Coupé (1970) qui a été utilisée pour le mariage de mon frère en 1976 est toujours là elle aussi."

"Je n'avais pas dix-huit ans que j'avais déjà acheté une Fulvia Coupé (1971). J'y ai travaillé pendant un an, dans l'entrepôt de mon père. Quand elle a été terminée, je l'ai prise pour aller à Gand, où elle est restée pendant une semaine dans la rue. Comme elle rouillait à vue d'oeil, je l'ai revendue pour acheter une 2CV. Elle a rouillé elle aussi, mais c'était moins gênant. J'ai aussi acheté une Flavia Cabriolet Vignale (1966) quand j'étais étudiant, à un antiquaire.

À l'époque, je savais déjà que j'allais collectionner des voitures, comme les bandes dessinées de Gaston Lagaffe. Elle est toujours immatriculée, mais elle doit encore être restaurée. C'est avec cette voiture que je suis allé au festival Lancia à Turin, en 2006, un super trajet en voiture, c'était à l'époque où la marque commençait à décliner.

Le regretté Sergio Marchionne, CEO de Fiat, groupe dont faisait partie Lancia, a annoncé qu'on allait la relancer. Hélas, avec Fiat et Alfa Romeo, il n'y avait pas vraiment de place pour Lancia au sein du groupe. Après la fusion, je suis sûr que Vincenzo s'est retourné dans sa tombe quand ils ont vendu des Chrysler avec un logo Lancia. C'était tout à fait inapproprié!"

La Fulvia Coupé 1.3 S (1975) fraîchement repeinte. ©Thomas Vanhaute

Sa Fulvia Coupé 1.3 S (1975) vient d'être peinte en 'Giallo Maya'. "Je l'ai achetée il y a vingt ans, à Imola, dans le nord de l'Italie. Il avait été convenu avec le vendeur que je puisse la ramener jusqu'à la maison avec sa plaque d'immatriculation, mais quelqu'un l'en a dissuadé. Il l'a donc amenée lui-même jusqu'en Belgique - je pense qu'il ne connaissait pas la distance réelle.

Rare, la Lancia Fulvia Sport 1600 Zagato (1972). ©Thomas Vanhaute

La Fulvia Sport 1600 (1972) avec carrosserie Zagato a été produite à 800 exemplaires seulement. Le système électrique a été simplifié, mais la voiture a encore besoin d'un travail de carrosserie et d'une révision du moteur. Et les pièces sont rares et chères."

"Afin d'éviter les droits d'importation, dans les années 1930, Lancia a bâti une usine près de Paris, où l'on construisait l'Augusta sous le nom de Belna. J'en ai trouvé un exemplaire datant de 1934 il y a dix ans: elle appartenait à un couple qui vivait dans un petit village près d'ici. Ils l'avaient rachetée à un musée en faillite et c'est madame qui la conduisait tous les jours. C'était la toute première voiture avec une carrosserie autoportante."

La Delta HF Turbo (1990) est une icône plus récente. "Elle a eu moins de succès que l'Integrale, mais elle est plutôt rapide avec ses 140 ch. Malgré ses 317.000 kilomètres au compteur, elle roule encore très bien."

La Flaminia Touring Cabriolet (1968) est la voiture la plus précieuse de sa collection. ©Thomas Vanhaute

Sous une bâche se trouve une autre Flaminia Touring Cabriolet (1968), la voiture la plus précieuse de sa collection. "J'aimerais terminer ce projet. La carrosserie complète en aluminium demande un peu de travail, mais je ne peux pas m'en charger moi-même. Par contre, je travaille actuellement sur le moteur.

À l'époque, elles étaient beaucoup trop chères. Du coup, personne n'en voulait et il fallait les vendre à perte. Il y a trois ans, un exemplaire restauré coûtait 200.000 euros et, une voiture à l'état de projet, 70.000 euros au minimum. Je n'ai pas ce budget.

Dans l'intervalle, les prix ont chuté d'un bon 40 % et c'est heureux car cela veut dire que la "Lanciamanie" s'est un peu calmée. Mais, en ce qui me concerne, cette passion ne m'a jamais quitté. Celle-ci, je ne la vendrai probablement jamais!"



Lire également

Publicité
Publicité