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Cinq ancêtres pour un seul millésime

De gauche à droite: Crestline Country Squire, Crestline Victoria et Customline. Toutes de 1954. ©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: les cinq Ford, toutes de 1954 de Paul Michielsen

Le garage de Paul Michielsen (79 ans) abrite cinq Ford, toutes de 1954. "Cette année-là, mon père avait troqué son Oldsmobile de 1948 contre une Ford Customline neuve", explique-t-il. "Je trouvais dommage de la voir partir jusqu’à ce que mon père, mon frère aîné et moi allions chercher la nouvelle. À peine monté à bord, j’avais oublié l’ancienne!"

"À mes yeux, la Ford était hyper moderne. J’avais treize ans et c’est resté gravé dans ma mémoire. Quand mon père est décédé, un an plus tard, mon frère a repris l’affaire. Je l’accompagnais souvent en visite chez les clients, dans la Ford. À l’occasion, je pouvais aussi la conduire."

En 1955, avec sa mère et la Ford Customline (1954). ©rv

Pourtant, l’importateur n’a pas toujours été un fan de voitures. "Il y a trente ans, je trouvais qu’une voiture servait à se rendre chez les clients et les fournisseurs, point. Un jour, je lis un article sur quelqu’un qui avait acheté la même Dodge que celle de son père. Ça m’a rappelé notre Ford, dont j’avais retrouvé une vieille photo."

"Résultat: 35 ans plus tard, je me suis mis à la recherche de modèles de la même année. J’ai rencontré quelqu’un qui importait des ancêtres des États-Unis. Il ne pouvait rien gagner sur une Customline embarquant un moteur six cylindres, avait-il déclaré, mais il avait trouvé une Ford Crestline Skyliner blanche avec moteur V8, qui avait été restaurée aux États-Unis. La voiture est arrivée ici en mars 1991. J’avais mis des photos dans ma poche, pour les regarder!" (rires)

"En fait, je voulais une Customline. Quand j’en ai enfin trouvé une, mon carrossier m’a recommandé de la faire sabler: erreur fatale! La voiture était ruinée, j’étais mal, mais j’en ai déniché une autre chez un médecin à Nivelles -il devait avoir facilement 70 modèles."

De gauche à droite: Crestline Country Squire, Crestline Victoria et Customline. Toutes de 1954. ©Thomas Vanhaute

"Quand je suis arrivé chez lui, j’ai reconnu la voiture, cachée sous une épaisse couche de poussière. Quand je l’ai époussetée, j’ai vu que les baguettes enjoliveuses étaient comme neuves. Tout était d’origine et le compteur affichait 60.300 kilomètres -aujourd’hui, 26 ans plus tard, il est à 86.000. Elle n’a pas encore été restaurée, seul le tapis a été remplacé. Le reste a été nettoyé et poli, et la carrosserie a été repeinte. C’est ce qui la rend spéciale, même si c’est la plus simple de mes voitures."

"J’ai trouvé la Ford Crestline Sunliner dans la région des chutes du Niagara. Quand la voiture est arrivée à Anvers, je n’avais plus qu’à la faire briller."

La passion était née. Il s’est pris à rêver d’une Ford Crestline Sunliner, le modèle décapotable. "Je l’ai trouvée dans la région des chutes du Niagara. Quand la voiture est arrivée à Anvers, je n’avais plus qu’à la faire briller. L’hiver suivant, nous l’avons complètement démontée. À 57 ans, mon frère a pris sa retraite. Il vivait chez notre mère, qui est décédée un an plus tard et c’est alors, il est venu travailler sur les voitures tous les après-midi, pendant 15 ans."

Paul Michielsen
Importateur de mode à la retraite.
Voiture de tous les jours: 
Ford Mondeo 1.6 TDCi Clipper (2015) et Ford Fiesta (2011). 
La première: 
Peugeot 404 Diesel (1973).
La meilleure: 
Les Mercedes. 
La pire: 
Les Renault.

"Aucun de nous n’a suivi de formation technique. Il nous fallait parfois des mois pour démonter une suspension, mais ça nous a permis d’apprendre à connaître les voitures: moi, la théorie; lui, la pratique. Après deux ans de recherche, nous avons acheté la Ford Country Squire que nous avons complètement restaurée."

"Nous ne savions pas dans quoi nous nous lancions, car elle était couverte de mousse! Un processus de longue haleine, mais qui fut, pour moi, une véritable découverte. Cinq ans de travail plus tard, nous sommes arrivés au résultat souhaité. Ensuite, ça a été le parcours du combattant pour obtenir une plaque d’immatriculation. La Ford Motor Company m’a beaucoup aidé. Le soir où j’ai enfin reçu ma plaque, j’étais ivre de joie!"

"Quand j’ai mis fin à mon business, en 2006, ça m’a fait un coup. Lors d’une foire à Rosmalen, j’ai repéré, garée sur le parking, une Ford Crestline Victoria. J’ai laissé un petit mot sous l’essuie-glace et son propriétaire a été d’accord de me la vendre, pour une bouchée de pain. J’ai dû la restaurer entièrement, un travail qu a duré deux ans."

Il a aussi démonté la Crestline Sunliner (1954). ©Thomas Vanhaute

Hormis la Customline bleue, elles ont toutes un moteur V8. "La rouge et la blanche sont full option", détaille Michielsen. "Autrement dit: ce sont des ‘Fordomatic’ avec vitres teintées et à commande électrique, sièges à commande électrique, servodirection et servofrein. Depuis que mon frère a arrêté, il y a dix ans, c’est moi qui fais toutes les réparations. Avant, dans les salons, je ne regardais que les voitures; maintenant, je soulève aussi leur capot."

"Je lui répondais parfois: on travaille sur des voitures, pas sur des montres! Sauf que, ce sont quand même des montres: si quelque chose se casse, les conséquences parfois sévères. Tous les dimanches d’été, j’en sors une du garage et je roule en écoutant de la musique des années 50 et 60. C’est super, mais, par réflexe, je me demande toujours si tout est en ordre, s’il n’y a pas un drôle de bruit … Ça peut être très pénible finalement."

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