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"Dans mes micro-cars, je suis un dikkenek sympathique"

Jean Werner et sa collection de mini-voitures. ©Thomas Vanhaute

"Les voitures sont comme les chiens: il faut les promener." Bienvenue dans le garage du collectionneur Jean Werner qui conduit chacune de ses mini-voitures au moins une fois par mois.

Jean Werner, rédacteur indépendant

Voiture de tous les jours: Audi A1 (2018).

La première: Renault R4 (1968).

La meilleure: Porsche 911 Targa Soft Window (1967).

La pire: Vespa 400 (1959).

Le rêve: «Aucun, mais je ne suis pas à l’abri d’un coup de foudre, pour une Honda N600 par exemple.»

 

Le garage de Jean Werner est une ancienne blanchisserie. "Quand cet endroit a été mis en vente, il y a quatre ans, je me suis précipité. Je l’ai rénové, mais l’esprit de la blanchisserie est resté. Il m’arrive parfois de travailler dans le bureau du patron, au milieu de mes voitures."

Le soleil d’hiver entre par les hautes fenêtres, éclairant le sol clair et les micro-cars. "Je ne sais pas ce qu’un psychiatre penserait de ma collection, mais, pour moi, c’est une conviction et un plaisir! Les micro-cars font sourire les gens. Ici, à Bruxelles, on qualifie ceux qui ont des grosses voitures de ‘dikkenek’. Et avec une micro-car, vous êtes un ‘dikkenek’ sympathique!"

Lightburn Zeta Sports (1962). ©Thomas Vanhaute


La Lightburn Zeta Sports (1962), une marque australienne, est pratiquement introuvable. "Il y en a 28 en tout. Elle n’a pas de portes: quand la capote est fermée, on ne peut ni entrer, ni sortir. Elle me fait penser aux BD de Spirou. Avec son moteur de 500 cc, cette petite voiture de moins de 400 kilos est assez rapide. Je pense qu’elle monte à 120 km/h."

"Celle-ci vient de Bruce Weiner, un Américain qui a vendu son musée de 200 micro-cars aux enchères, sans prix de réserve, car cela ne l’amusait plus de les chercher. Je l’ai achetée en ligne, tout comme la Frisky Family Three. Son prix était peut-être un peu élevé, mais je ne pouvais pas laisser passer cette occasion. Et il n’y a pas de prix de référence."

Frisky Family Three (1959). ©Thomas Vanhaute


Je les collectionne depuis que j’ai 25 ans. J’ai déjà eu une quinzaine de micro-cars

"Cette Frisky est du même designer, Gordon Bedson. Et elle est de mon année de naissance, 1959. Elle est en plastique, mais quelle beauté! Les roues, les découpes pour les clignotants, le tableau de bord... Par contre, elle est bruyante et pénible.

Les Anglais ont une riche tradition de voitures à trois roues parce qu’ils bénéficiaient d’un avantage fiscal à l’époque: même la BMW Isetta avait trois roues! La Vespa 400, également de 1959, a été construite en France, probablement sous licence. J’en avais déjà eu une, et celle-ci appartenait à un ami."

Piaggio Vespa 400 (1959). ©Thomas Vanhaute


"Je dois me modérer!", ajoute le collectionneur en souriant. "Autrefois, on cherchait des voitures dans des magazines. Aujourd’hui, on les présente sur un plateau. Si je me laissais aller, je n’arrêterais pas d’en acheter! Mais il ne faut pas qu’il y en ait trop: ce serait plus un fardeau qu’un plaisir. Fidèle à mon habitude, j’ai acheté la Fiat 850 Spider (1967) en raison d’une combinaison de caractéristiques.

"En soi, c’est une voiture banale, mais celle-ci a une carrosserie de Vignale, ce qui est assez rare, et une finition de voiture de luxe. Regardez, la garniture au-dessus des roues, le chrome, le petit volant en bois, le tableau de bord, le pommeau de vitesse! Et elle a été restaurée comme une Ferrari."

"La 850 Shellette (1972) avec intérieur en osier est une ‘spiaggina’, une voiture de plage: elle était utilisée sur la côte amalfitaine. Son designer, Phillip Schell, était surtout designer de yachts et avait travaillé avec Michelotti. Je l’ai achetée à un Sicilien."

Fiat 850 Shellette (1972). ©Thomas Vanhaute

Les cylindres et la puissance, ce n’est pas mon truc non plus. Pour moi, ce sont des objets de design

"Je les collectionne depuis que j’ai 25 ans. J’ai déjà eu une quinzaine de micro-cars, que j’ai revendues à la naissance de mes enfants. J’ai recommencé plus tard, mais je me suis tourné vers les petites voitures des années 70, le patrimoine populaire. Il n’y a pas que la haute couture!"

"L’Autobianchi A112 (1972) est belle dans sa simplicité, et plus spacieuse que la nouvelle Fiat 500 que conduisait ma femme. La couleur moutarde est d’origine." Sa Renault R5 TL (1978) n’affiche que 18.090 kilomètres au compteur.

"Elle vient d’Espagne et elle est plus haute que la version standard. D’après le marchand néerlandais Alphons Ruyl, elle n’est pas restaurée. C’est un as: il trouve plein de voitures banales avec peu de kilométrage. Ne me demandez pas où… Oui, je les conduis. Ces quelques centaines de kilomètres par an ne font aucune différence."

Porsche 912 (1968). ©Thomas Vanhaute


Je ne sais pas ce qu’un psychiatre penserait de ma collection. Mais, pour moi, c’est une conviction et un plaisir!

"Je ne suis pas mécanicien. Les cylindres et la puissance, ce n’est pas mon truc non plus. Pour moi, ce sont des objets de design, un peu comme des meubles. J’essaie de conduire chaque voiture une fois par mois et de tout noter dans un carnet. Je tiens à ce qu’elles vivent. Avec plus de voitures, ce ne serait pas possible. C’est comme avec les chiens: il y a aussi une limite pour les emmener en promenade!"

Il possède aussi quelques voitures ‘normales’. "J’ai toujours aimé la Porsche 912 (1968), surtout dans ce ‘Goldgrün’. J’ai acheté la Volkswagen Golf I GLI Cabriolet (1981) avec moteur GTI pour sa combinaison de noir et blanc.

Cette voiture classique à quatre places pratique est toujours fiable: je la prends le week-end. Quand j’étais jeune, je partais dans le Midi en R4 ou en Panda. Mais aujourd’hui, il y a des gens qui paniquent rien qu’à l’idée de se rendre à Louvain en Smart."


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